Tifinagh, la voie de la sagesse

Aujourd’hui le Maroc : Comment réagissez-vous à l’approbation par S.M. le Roi de la recommandation de l’IRCA ?
Ahmed Boukous : C’est une excellente nouvelle ! Elle va nous permettre à l’Institut d’aller de l’avant et de travailler dans la sérénité. Elle est également de nature à faire taire les discordes qui existent entre les tenants des différentes graphies. En optant pour le tifinagh, le Conseil d’administration a choisi la voie de la raison et de la sagesse qui est aussi la voie du juste milieu. Maintenant, les chercheurs peuvent travailler dans la sérénité, loin de toute polémique.
Quel sens donnez-vous à cette décision ?
Il faut qu’on accepte de dire que la langue amazighe a sa graphie et son écriture. Cette graphie a une fonction de valorisation identitaire. C’est à travers cette graphie que la composante amazighe du peuple marocain prendra conscience de son identité. Le tifinagh va contribuer à une meilleure intégration de cette composante dans le tissu socioculturel du pays. Et grâce à la décision royale, cette intégration va se faire dans un esprit de convivialité et d’acceptation de la différence.
On sait que vous faites partie du Conseil d’administration de l’IRCA et que vous avez voté pour le tifinagh. Est-ce que le présupposé identitaire n’a pas pris le dessus sur des considérations techniques ?
J’ai confiance dans le corps des chercheurs chargés de la normalisation de cette graphie. Ils ont fait des recherches documentaires et se sont livrés à une évaluation technique des propositions relatives aux différentes variantes du tifinagh. Ces chercheurs ont, par conséquent, recommandé un système qui me semble le plus adéquat. Ce système, qui comporte des caractères simples au niveau de la manipulation, permet de rendre exactement les sons de la langue.
Est-ce qu’on peut parler du tifinagh comme étant un ensemble de lettres ?
Bien sûr ! Il y a des consonnes, des voyelles et des semi-consonnes. Le tifinagh se compose de 39 lettres. Le problème, c’est de faire en sorte que ces 39 lettres soient intégrées dans un logiciel de traitement de texte.
Cette difficulté est surmontable, parce qu’il existe à l’institut un centre d’informaticiens qui peuvent prendre en charge ce travail-là. Et le cas échéant, nous pouvons faire appel à d’autres spécialistes. Il faut, dès maintenant, penser à un travail en commun entre les chercheurs informaticiens et les chercheurs linguistes.
Les informaticiens ne peuvent pas, à eux seuls, effectuer ce travail, parce qu’il existe des questions d’ordre linguistique qui peuvent être résolues seulement par des linguistes.

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