Tourya Ennadre, par qui le cheveu retrouve toute sa beauté…

Tourya Ennadre, par qui le cheveu retrouve toute sa beauté…

Elle s’est construite une passion à Paris. Elle a accompagné des artistes de renom dans leurs spectacles pour ne citer qu’Isabelle Adjani, Robert Hussein, Alain Delon, Mireille Darc, Emmanuelle Béart et Gad Elmaleh. Sa sensibilité et son doigté ont pu réhabiliter des personnes qui ont perdu leurs cheveux. Aujourd’hui, après tout cet accomplissement, son souhait le plus cher est de revenir au pays et de transmettre son savoir aux femmes qui n’ont pas eu la chance de poursuivre leurs études pour qu’elles acquièrent une indépendance financière.

 

Tourya Ennadre, parlez-nous de votre passion pour la coiffure ?

J’ai pu me consacrer à ma passion grâce à mon frère Touhami qui est photographe. Le déclic a commencé lors d’une soirée dans un grand salon de coiffure à Paris, Marianne Gray. Il faut dire que ma rencontre avec la grande maquilleuse Suzanne Pisteure a été décisive. Celle-ci m’a proposé de l’accompagner au cirque Bougliyonne où se produisait la comédie musicale de Philippe Chatel. Depuis lors j’ai commencé à travailler chez un perruquier et le soir au cirque Bougliyonne pour coiffer les artistes de la comédie Emilie Jolie. J’ai été tellement enchantée par cette première expérience que j’ai travaillé chez le célèbre perruquier Poulain. Tout s’enclencha par la suite. Les portes de l’Opéra Garnier s’ouvrèrent pour moi. J’enchaînais tournages, cinémas et théâtres sans me lasser. La passion pour la coiffure s’est faite donc ainsi. Sur le terrain. La créativité m’a toujours attiré et m’a apporté beaucoup de joie. 

Votre expertise dans ce domaine vous a conduit à créer votre propre atelier de perruques ? Vous avez coiffé des artistes de tout horizon. Vous avez accompagné également des personnes qui ont perdu leurs cheveux… Racontez nous ces expériences.

J’ai coiffé beaucoup de célébrités pour ne citer qu’Isabelle Adjani, Robert Hussein, Alain Delon, Mireille Darc, Emmanuelle Béart. Je me suis aussi occupée de coiffer Gad Elmaleh lors de ses spectacles.

Dans un autre registre, j’ai eu l’opportunité de mettre à contribution mon savoir pour le compte d’un institut de prothèse capillaire. Il faut dire que j’ai eu beaucoup d’hésitation au début mais une amie m’a poussé à le faire.

Pour cette catégorie de personnes (ndlr : pertes de cheveux après des séances de chimiothérapie, grands brûlés …), je suis encore plus obligée de faire preuve de beaucoup de psychologie pour leur faire accepter les vertus d’une prothèse capillaire. Certaines personnes qui venaient accompagnées ne voulaient même pas au début essayer des perruques mais progressivement elles se sentaient mises en confiance et acceptaient la prothèse capillaire et de se faire coiffer.

Que ressentez-vous dans ce challenge quand des personnes qui sont restées pendant des mois et des mois privées de leur première nature et qui se retrouvent enfin devant la glace avec la même qualité de cheveux ?

Je leur apporte une véritable identité car elles n’osaient pas s’afficher. Les personnes dans ce cas se libèrent et se sentent en confiance avec moi. Je leur apporte en quelque sorte cette audace qui n’ont jamais pu réaliser à travers la coiffure, la coupe…

Je suis une femme ouverte et si la colère est présente dans l’une des personnes qui viennent me voir pour une prothèse capillaire, j’essaie de compatir et de me mettre à sa place. Je me dis que si elle est comme cela c’est qu’il y a une offense et avec moi elles savent que les états d’âme ne vont pas sortir. C’est une réelle liberté autant pour elles que pour moi. La coiffure est très importante pour des personnes qui n’ont plus leurs cheveux totalement ou par endroit. Ce n’est pas une question forcément de physique mais de joie et d’être parfaitement libre. 

 

Techniquement comment oeuvrez-vous?

Sur le plan technique, je procède tout d’abord à la prise d’empreinte du manque de cheveux. Ensuite, je prends un cheveu et en fonction du budget de la personne je fabrique un « volumateur ». Il y a plusieurs façons de fixer les cheveux. Je procède à la pause par un tissage ou par un clip. Généralement, les cheveux sont achetés en Italie.

 

Reconnue dans l’Hexagone, c’est à Paris où vous vivez. Mais le Maroc vous parle et vous cligne de l’œil. Qu’est-ce qui vous décidera à rester parmi les vôtres ?

Le plaisir de servir des femmes et les personnes ici. Et par la suite quand j’aurais de vieux os, je transmettrais mon savoir aux femmes qui n’ont pas eu la chance de poursuivre leurs études pour qu’elles acquièrent une indépendance financière. Ce travail merveilleux transcende l’aspect matériel et esthétique car il confère en effet à la personne qui le pratique une certaine liberté. Chaque fois que je venais au Maroc, je vivais cachée dans ma petite maison avec mon petit chien. La mer était mon seul soulagement. Car j’ai été déçue dans mon enfance par des personnes de mon entourage. Aujourd’hui, je me sens réconciliée avec mon pays grâce à mon frère et à deux de mes amies qui m’ont aidé à tisser des liens et à voir le Maroc avec un autre regard. A travers la seconde édition de Art Souk, j’ai pu en effet rencontrer des personnes de qualité. Je me suis sentie réhabilitée chez moi. Et j’ai très envie de vivre au Maroc.   

 

Vous côtoyez le monde des artistes parisiens et d’autres aussi. Vous demeurez toutefois très regardante dans la qualité de vos relations humaines avec vos clients et clientes. Pensez-vous qu’au Maroc le relationnel sera identique.

Je pense que oui dans la mesure où mon rôle est comme celui d’un curé ! Comme le médecin, je ne pourrais jamais parler de mes clientes. Je pense que comme en France, les Marocaines souhaitent un service personnalisé. Se confier également sans se soucier serait également recherché par les femmes marocaines. Les spectacles marocains, certes, manquent un peu d’originalité et de faste mais d’autres types de clients sont là. Et c’est pour elles et pour mes nouveaux amis que je reviendrais au pays, mon pays…

 

 

                                                                                                          Propos recueillis par Dounia Essabban

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