Tourya Essaoudi : Une première thèse sur l’histoire des femmes au Maroc

Tourya Essaoudi : Une première thèse sur l’histoire  des femmes au Maroc

ALM : Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs …

Tourya Essaoudi : Je suis enseignante en histoire-géo au lycée Allal El Fassi à Rabat. Comme je suis chercheuse et membre dans des centres de recherche au niveau international et arabe. Je me suis inscrite dans un master sur l’histoire du temps présent appuyé par l’Union européenne. Je suis également féministe et historienne. J’ai eu un prix international en France suite à une recherche sur les femmes et la religion. Pour rappel, la cellule de recherche, dans le cadre de ce prix, rassemblait des chercheurs de par le monde.     

Vous préparez la première thèse autour des femmes dans l’histoire au Maroc, quels en sont les dessous ?

Il s’agit d’une thèse doctorale que j’ai entamée en 2014. Elle rentre dans le cadre des écrits qui sont en train d’être élaborés à la Faculté de lettres et des sciences humaines à Rabat au niveau du centre de recherche sur le temps présent. Pour ma part, je travaille sur la biographie des femmes qui ont joué un rôle très important dans l’histoire du Maroc. Quand même, il y a des volets que je devrai compléter surtout la période du protectorat marquée par de grands vides puisqu’on ne trouve que les écrits des colonialistes. Alors même si je soutiens ma thèse, je reviendrai sur cette ère.

Quelle serait la valeur ajoutée par rapport aux études historiques existantes ?

Déjà, il n’y a pas d’écrits sur l’histoire des femmes du Maroc à part les publications du Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération. Mais ce sont des travaux à revisiter parce qu’il y a beaucoup de contradictions. C’est le cas des déclarations de Malika El Fassi qui indique être la seule femme signataire du Manifeste de l’Indépendance. En général, certains déclarent qu’il y a 65 signataires sur ce document. Cependant, le Manifeste ne comprend que 58 signataires. Et sur les 58, il n’existe pas de nom de femmes. D’ailleurs, Feu SM Hassan II, dans son livre «Le défi», fixe le nombre de 58 dans ce sens. Donc cela donne à réfléchir. Aussi, l’histoire contemporaine n’a pas encore parlé de l’histoire des femmes. Il est vrai que les sociologues comme Fatima Mernissi, Rahma Bourquia, Soumia Nouamane Guessous et Abdessamad Dialmy ont mené des travaux assez intéressants. Cependant ceux-ci ne portent pas sur l’histoire des femmes.   

Vous vous basez sur quel fonds documentaire pour mener vos recherches?

J’ai eu l’occasion d’avoir accès à toutes les archives en France et j’ai essayé de chercher chez les particuliers. Aussi, la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc offre un fonds assez intéressant en la matière.

Est-ce que les particuliers se montrent coopérants ?

Ce n’est pas toujours évident. Cela dépend des personnes que je contacte et des familles que je fréquente. Tantôt, on met  des informations et des documents à ma disposition, tantôt on me donne juste des rendez-vous qui ne sont pas respectés.

Comment expliquez–vous la rareté d’études ayant trait à l’histoire des femmes?

C’est le patriarcat. Il n’y a pas d’autre explication à cela. Par exemple, au 19ème siècle, on ne trouve qu’une seule thèse qui aborde l’histoire des femmes du Maroc. Il s’agit de celle de Fatima El Aissaoui encadrée par Abdellah Laroui.

Avez-vous des projets pour votre thèse?

Je suis en phase de rédaction de ma thèse que je fais en arabe. Après quoi, je compte la traduire en français. Je pense que la version francophone sera importante pour les lecteurs, notamment l’élite, dont l’avis m’importe beaucoup.  Et en même temps, je mène d’autres recherches et traductions.

N’avez-vous pas d’exigences de la part  de vos encadrants?

Je crois avoir eu beaucoup de chance parce que mon encadrant est un grand féministe. Il m’aide beaucoup. C’est lui qui me ramène des ouvrages parce qu’il est tout le temps à l’étranger. D’autant plus que c’est lui qui m’a soufflé l’idée de cette thèse. Il comptait préparer celle-ci, mais quand il a vu que, lorsque j’étais son étudiante, je lui demandais toujours conseil à propos du mouvement syndical au Maroc parce que j’étais adhérente à l’UMT, il m’a proposé de travailler sur cette thèse. Il s’est avéré que c’est un sujet assez passionnant.

Que pensez-vous des matières télévisées dédiées aux femmes dans l’histoire?

Ce sont des émissions très importantes et instructives. Mais il faut toujours avoir un conseiller scientifique parce que parfois s’il y a des erreurs, c’est notre histoire qui sera falsifiée.

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