«Tout en elle est généreux»

Je dois l’avouer : grâce à Natacha Atlas j’ai enfin compris ce que c’est la danse du ventre. Il faut dire que cette chanteuse, délicieux mélange d’Orient et d’Occident, n’est pas comme les autres. Apparue sur la scène musicale dans les années 90 en tant que voix du groupe anglais Transglobal Underground, elle conquit définitivement le public en 1998 avec sa belle reprise de la chanson «Mon amie la rose» de Françoise Hardy.
L’autre soir, Natacha Atlas donnait un concert à l’occasion de la sortie de son nouvel album (le 5ème), «Something dangerous», à la Cigale à Paris. C’était la première fois que je la voyais sur scène. Fan absolu de ses chansons depuis «Halim», album qui s’inspirait directement de l’univers musical très romantique d’Abdelhalim Hafez, il me tardait de la voir se produire live. Je ne fus pas déçu, loin de là.
Natacha Atlas est avant tout un corps. Une véritable odalisque tout droit sortie des tableaux du peintre Jean-Dominique Ingres. Tout en elle est généreux. Sa poitrine, sa chevelure, sa voix. Sur scène elle se donne de tout son cœur, elle ne s’économise  pas. Elle est presque en transe. Elle chante en arabe égyptien avec un léger accent, celui de l’Arabe née ailleurs : c’est ce qui fait son charme, c’est ce qui fait sa spécificité.
«Something dangerous» montre et accentue cette générosité. L’album est composé de plusieurs duos (dont un, magnifique, avec Sinead O’Connor). Natacha laisse volontiers l’espace aux autres et ne tire pas la couverture systématiquement sur elle. Son album reflète encore une fois sa curiosité pour les mondes lointains (l’Inde ici) et sa volonté de toujours faire une musique recherchée qui marie admirablement les sons occidentaux avec les rythmes arabes. Ecouter Natacha Atlas chanter, c’est reconnaître et apprécier ce mariage; c’est aussi avoir une envie irrésistible de danser.
Comme elle le fait régulièrement, elle reprend dans cet album une chanson mythique : «Men’s world» de James Brown. Son interprétation est grandiose! Reprendre et s’inspirer des chansons des autres n’est pas une facilité, bien au contraire, chez Natacha Atlas c’est une façon de mêler sa voix à celles des autres, c’est une histoire de fidélité par rapport à ce qui l’a marquée quand elle était adolescente. C’est aussi un retour aux sources (Natacha est d’origine égyptienne du côté de son père) pour se poser des questions et s’abreuver de ce qu’elle a manqué. Sa façon d’incorporer le passé arabe, de le vivre musicalement est très émouvante. On sent que c’est ça qui la fait vibrer: être au milieu des rythmes, s’abandonner complètement aux mots, se laisser porter par les sons et se déhancher comme une diablesse. Chanteuse et danseuse de ventre : c’est ce que Natacha Atlas est, c’est ce qu’elle revendique. Sur scène, elle est les deux à la fois, pour le plus grand bonheur de son public. Elle porte des tenues qui frôlent le kitsch: jaune, rose, rouge… Mais c’est assumé de sa part. De même elle n’hésite pas à exhiber ses courbes – au temps de la dictature de la minceur, il est particulièrement réjouissant de voir un corps vivant et débordant de fraîcheur comme celui de Natacha. Son ventre nu vaut le déplacement à lui seul, quand elle le fait bouger, c’est une leçon magistrale de danse orientale. Tout en Natacha appelle à la rêverie et à la jouissance. On a envie de construire autour d’elle des images, des films. De faire d’elle une icône. Le jeune photographe égyptien Youssef Nabil s’y applique depuis quelques années. Ses photos de Natacha Atlas sont très belles et très colorées, elles jouent avec les clichés sans tomber dans le vulgaire (on peut le voir sur le site, consacré à la chanteuse par deux de ses fans : http://natachaatlas.net).
Natacha Atlas, paraît-il, aime beaucoup le Maroc. Elle y vient régulièrement. Parfois dans ses chansons, on est surpris de l’entendre chanter en marocain («Ya Rzali… Ya Rzali!»). Un autre bonheur. Une autre danse.

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