Toutes les méthodes sont bonnes pour atteindre l’Eldorado européen

Toutes les méthodes sont bonnes pour atteindre l’Eldorado européen

à Tanger, l’ancienne zone portuaire n’est plus fréquentée par un nombre important de candidats à l’immigration clandestine, comme c’était le cas avant le transfert de la majorité des liaisons maritimes vers le port Tanger Med. Avec sa part importante du trafic global, ce nouveau complexe portuaire commence à attirer l’attention de ceux qui rêvent d’atteindre l’Eldorado européen. D’ailleurs, les travaux de reconversion de la zone portuaire de Tanger-ville en port de plaisance et de croisière «ont démarré par la démolition de quelques anciens bâtiments que comptait l’entrée de la zone portuaire. Celle-ci garde encore des liaisons ferry/fast-ferry desservant Tarifa, et à un nombre moindre les ports de Sète et Gènes. Les candidats à l’immigration clandestine ont commencé à déserter le port de Tanger-ville vers celui de Tanger- Med, en quête d’une opportunité pour immigrer cachés sous un camion de transport de marchandises», précise-t-on. Pour la lutte contre ce phénomène de l’immigration clandestine, le Maroc a mis en place une panoplie de mesures, en particulier le renforcement des services de contrôle aux postes-frontières. A titre d’exemple, l’aéroport Ibn Battouta et le port de Tanger-ville sont dotés d’appareils de contrôle et de moyens de fouille plus performants. Sans oublier que le nouveau complexe portuaire fait preuve, depuis son ouverture aux activités maritimes et grâce à ses importantes installations de pointe, d’une grande fluidité et sécurité. Cela n’a pas empêché de faire encore de Tanger une importante ville de transit des clandestins vers l’Europe. Il est à rappeler que le nombre de candidats à l’immigration clandestine baisse à l’approche de l’hiver, et ce en comparaison avec celui enregistré en été. La saison estivale est connue par une grande recrudescence de ce phénomène. Ces candidats à l’immigration sont originaires de plusieurs nationalités notamment du Maroc, des autres pays d’Afrique ainsi qu’un nombre moindre des pays d’Asie et d’Amérique Latine. Ils sont dans l’attente de l’occasion pour traverser le détroit au risque de leur vie. Mais ils ont un rêve commun, atteindre l’Eldorado européen. Rien ne peut arrêter ces jeunes de rêver de faire ce voyage vers l’Europe, même si leurs précédentes tentatives se sont soldées par un échec. «Les affaires liées à l’immigration clandestine sont présentées presque chaque jour devant le tribunal de première instance. Les mis en cause, poursuivis dans le même type d’affaires et interpellés pour falsification de documents, doivent comparaître devant la Cour d’appel. Les infractions liées à des affaires de falsification sont des crimes graves passibles d’une peine d’emprisonnement», explique Abdelmounim Rifai, avocat au barreau de Tanger. Alors que les candidats subsahariens à l’immigration clandestine choisissent généralement la traversée en mer, la majorité des Marocains arrêtés dans ce genre d’affaires sont impliqués pour falsification de documents. «La plupart des cas traités devant la justice démontrent que les Marocains choisissent en général d’usurper l’identité d’autrui pour émigrer vers l’Europe. Nombre d’entre eux sont interpellés pour falsification de visa, de la carte de séjour, etc.», dit M. Rifai. Par ailleurs, le nombre de clandestins qui choisissent de faire la traversée du détroit à bord des embarcations de fortune baisse. «Avec la crise et la forte augmentation du chômage en Europe, les Marocains se désintéressent de plus en plus de ces embarcations de fortune», affirme M. Rifai, faisant remarquer que les dossiers traités devant la justice «démontrent que les candidats subsahariens utilisent pratiquement toutes les petites embarcations pour leur traversée vers l’Europe». A l’exception des clandestins qui tentent d’immigrer cachés dans des véhicules appartenant à des membres de leurs familles ou à autrui, les candidats à l’immigration illégale choisissent souvent les méthodes classiques pour atteindre l’autre rive : soit la falsification des documents ou la traversée par les pateras. Ils recourent ainsi à des passeurs, qui font partie le plus souvent de réseaux d’aide à l’immigration clandestine pour l’Europe. Les grands trafiquant et dirigeants de ces réseaux utilisent de fausses identités. Ce qui rend difficile leur arrestation, à l’exception du cas de Mustapha Dib, arrêté il y a quelques années pour constitution d’un réseau d’immigration illégale, de falsification de documents de voyage et de corruption. L’enquête a révélé, à cette époque, que celui-ci était à la tête d’un important réseau doté de grands moyens logistiques et humains. Certes, la recrudescence de ce fléau à Tanger prend de l’ampleur, surtout parmi les mineurs. Ce qui a poussé les ONG nationales et internationales à se pencher sur ce phénomène. L’une de leurs études menées avec le soutien de plusieurs partenaires nationaux et internationaux fait part que le nombre de mineurs qui tentent de transiter clandestinement par Tanger vers l’Europe s’élève pendant la période estivale à 300. Agés en moyenne entre 15 et 16 ans, ces mineurs, selon la même étude, qui passent la majorité de leur temps à rôder dans le port de Tanger ou dans les endroits avoisinants sont originaires de la région de Tanger- Tétouan ou d’autres régions du Maroc. Ils mènent une vie de SDF et vivent ainsi dans des conditions difficiles. Ce qui amène à conclure que le rêve d’Eldorado européen continue de hanter l’esprit aussi bien des mineurs que des jeunes et moins jeunes. Mais combien de temps il leur faut pour apprendre que cela ne mérite pas autant de sacrifices !

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