Traduire, c’est s’approprier

Mohamed El Amaraoui travaille sur un projet de traduction de poésies. Il a choisi de traduire en français une vingtaine de poètes marocains contemporains. La traduction de la poésie pose des problèmes.
C’est une aventure, parce que les poètes ne respectent généralement pas la syntaxe, ce qui oblige le traducteur à des acrobaties pour rendre dans une autre langue leur non-conformisme aux règles grammaticales. Le résultat présente des modifications notables. En passant d’une langue à une autre, le poème change de statut. Il obéit aux rythmes d’une autre musicalité, puise ses effets dans la langue de l’autre.
Par ailleurs, Mohamed El Amraoui préfère traduire «l’univers d’un poète plutôt que ses mots». Il estime qu’une traduction littérale appauvrit le poème, ne permet pas au lecteur étranger d’en saisir toutes les subtilités. De telle sorte que sa traduction finit par ressembler à une création à partir d’un poème-prétexte. Le traducteur réclame dans ce sens un statut particulier, puisqu’il devient auteur du poème tout autant que celui qu’il l’a écrit. Cette appropriation est d’autant plus manifeste que Mohamed El Amraoui est aussi poète. Il opère des choix dans les poèmes qu’il traduit. « Je ne mets en français que les poèmes avec lesquels je me sens en affinité » dit-il. Il a présenté au public dans ce sens des poèmes en arabe et leur traduction en français. Le résultat donne à chaque fois deux oeuvres différentes. Il n’y a guère que l’esprit, le noyau du poème originel qui est scrupuleusement respecté. Ce travail de récréation a quelque peu irrité un poète traduit par El Amraoui, et qui était présent dans la salle. Le jeune poète Mohamed Bachkar voulait retrouver ses mots dans le français. Le public a ainsi assisté à une joute instructive entre le poète désarçonné par une recréation de son poème et le traducteur qui s’évertuait à lui expliquer qui ne l’a dépossédé de ses mots que pour les rendre intelligibles dans la langue de l’autre.

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