Un bel été théâtral à Marrakech

Un bel été théâtral à Marrakech

Le Festival du théâtre de Marrakech se prépare à rééditer l’exploit qu’il a réalisé lors de sa première édition organisée l’an dernier. Pour 2005, la section Marrakech du Syndicat national des professionnels de théâtre parie sur la nouveauté. Les spectacles programmés répondent tous ou presque à ce critère, sachant qu’une grande partie de ces spectacles, qui ont bénéficié du Fonds d’aide à la production et à la diffusion théâtrale au titre de l’année 2005, sont des nouvelles créations. On retient, entre autres, « La Valise du défunt » de la troupe « Masrah Sahat Ennass » (Marrakech), « Un jour de notre époque » de « Théâtre Dimensions » (Casablanca), « H’dith o moghzal » de « Fadae Alliwa pour la création » (Casablanca), « Hammou onamir » de l’Atelier Comédiana (Inezgane), « La Dernière Danse » de « Théâtre des Sept –Nouvelle génération » (Meknès) et, côté international, le programme prévoit deux spectacles « Dar Hajar » et « Desonkonba avec la mort dans les talons» portant la signature respectivement d’une troupe tunisienne et une autre espagnole.
Ces nouveaux spectacles, avec d’autres anciens, ponctueront une manifestation qui s’étalera sur une douzaine de jours. En marge de cette manifestation, les organisateurs prévoient une rencontre-débat d’une importance capitale. Un thème ? Tenez, «Le théâtre marocain et les questions de la création». Un thème d’autant plus opportun qu’il nous épargne une longue phraséologie qui s’est jusqu’ici réduite à sa simple question de moyens matériels. Avec ce thème, la question trop souvent occultée de la crise d’imagination que vit le milieu de théâtre au Maroc sera soulevée.
Cette crise ne saurait être imputée au seul manque de moyens, encore que cet argument légendaire ne tient plus sachant bien que plusieurs troupes bénéficient, depuis déjà six ans, de subventions octroyées par le Fonds d’aide à la production et à la diffusion théâtrales. Compte tenu de cet atout, les troupes sont appelées à honorer leur obligation de résultat. Or, voilà où le bât blesse. Une bonne partie des spectacles subventionnés ne répondent pas à l’exigence de qualité qui doit être la leur. Avec le temps, il s’est avéré que les responsables de troupes sont plus intéressés par les subventions que par le théâtre lui-même (!). Cela nous vaut, à chaque saison, des spectacles de basse volée, pour ne pas dire carrément médiocres, à tous les étages de la construction dramatique : mise en scène, scénographie, interprétation… Évidemment, il se trouve que des voix exceptionnelles tranchent avec le raz-de-marée de médiocrité. On pense particulièrement à cette jeune génération des lauréats de l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (Isadac) qui rivalisent d’imagination pour booster la pratique théâtrale au Maroc, et qui sont plus au fait des nouvelles tendances théâtrales internationales. C’est à ces jeunes que l’on doit cette émergence d’un théâtre plutôt visuel, lequel nous fait grâce d’un certain sacro-saint bavardage.
Formés à l’Isadac, ayant bénéficié de stages encadrés par des professionnels de théâtre internationaux, ces jeunes ont également fait la preuve qu’ils aiment le théâtre et qu’ils sont prêts à consentir d’énormes sacrifices pour le mettre au même niveau que celui enregistré par des pays arabes de grande tradition théâtrale tels que la Tunisie, l’Egypte ou plus encore la Syrie. Simplement, cette jeune génération, qui incarne bel et bien l’espoir du théâtre marocain, reste cernée, pour ne pas dire combattue, par les gardiens du vieux Templier. Les soi-disant « pionniers », en tout cas, une bonne partie d’eux, embarrassés par l’élan qu’ont pris ces jeunes, ne manquent aucune occasion pour sous-estimer leurs travaux en les présentant comme des « exercices scolaires ». Ce travail de sape est d’autant plus dangereux qu’il est savamment piloté par « certains » qui voient d’un mauvais œil cette remarquable percée des jeunes lauréats de théâtre.

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