Un bunker nazi devient musée d’art à Berlin

Un bunker nazi devient musée d’art à Berlin

Un collectionneur a transformé un bunker de la Deuxième Guerre mondiale en musée privé, une métamorphose bien berlinoise qui confirme l’attractivité de la capitale pour le monde de l’art contemporain.
Le symbole est puissant: extraire du laid le beau, comme Berlin sait le faire, elle qui fait battre le coeur des artistes après avoir été le poumon de deux sinistres dictatures. Le bunker de la Reinhardtstrasse (ex Berlin-Est), affreux cube de béton strié de meurtrières lugubres? Et bien non, le collectionneur Christian Boros, 43 ans, en a décidé autrement en l’achetant en 2003. Ce sera un havre d’art et de liberté. Cinq ans de travaux au lieu d’un comme prévu, des coûts «bien plus élevés qu’attendus», beaucoup de sueur versée, les rêves ont un prix. Aujourd’hui Boros a son musée -ouvert dès juin chaque samedi au public-, sur le toit duquel ce fan de James Bond trône dans un palais de verre, avec piscine bien sûr.
Depuis 1990, Christian Boros, enfant de Pologne qui a fait fortune en Allemagne avec une agence de publicité, a réuni avec sa femme Karen quelque 500 pièces, achetées par «énervement», car pour lui, «l’art plaisant ne fait que confirmer ce que l’on sait déjà». Cinquante-sept noms de l’art contemporain comme Damian Hirst, Olafur Eliasson, Wolfgang Tillmans, Anselm Reyle, Tobias Rehberger ou Cosima von Bonin, mais aucun Français, ont laissé leur marque dans les 80 pièces du bunker de 3.000 m².
Boros leur a demandé d’exposer leurs oeuvres, voire même de les changer ou les compléter pour les adapter à l’espace complexe qui atteint par endroits une hauteur de 13 mètres. Pour la naissance du lieu, le collectionneur a surtout choisi des sculptures et des installations, en privilégiant les jeux de lumière, particulièrement bienvenus dans ce labyrinthe privé de rayons du jour. L’idée est de faire vivre le musée, en variant les oeuvres exposées afin que l’ensemble de la collection, trop grande pour le bunker, puissent tour à tour être révélée.
Mais le musée vit encore du passé de ce bâtiment «qui réunit à lui seul toute l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle», selon Boros. Construit en 1942 sur des plans d’Albert Speer, architecte attitré du dictateur nazi Adolf Hitler, le «Reichsbunker» permettait pendant les bombardements aériens d’abriter deux milliers de civils.
Après la capitulation allemande en mai 1945, l’Armée Rouge qui occupe l’est de Berlin utilise le bunker comme prison. Sous la RDA, il devient le dépôt d’une entreprise collectivisée de fruits et légumes.
Dans l’Allemagne réunifiée, la scène techno de Berlin découvre l’aubaine: un dédale d’espaces vides à l’indiscutable cachet nocturne. S’y mêle un milieu sadomaschiste séduit par le mystère glacial de cette simili prison. La réputation de leurs fêtes décadentes, telle la «Sexperimenta», dépasse les limites de la ville. Puis le blockhaus est abandonné.
Miroir de Berlin et de son évolution mouvementée, il est naturel que le destin l’ait choisi pour participer au nouveau rayonnement de la cité, élue par des artistes internationaux et collectionneurs qui y destinent leur trésors comme le milliardaire Christian Flick, le photographe Helmut Newton…

• Géraldine SCHWARZ (AFP)

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