septembre 18, 2018

 

Un coin du Maroc à New york

Un coin du Maroc à New york

En fière représentante du melting pot new-yorkais, «Little Egypt» s’est récemment greffée à la longue liste des enclaves ethniques qui font la diversité culturelle de l’île nord-américaine. Après Chinatown, Little Italy, Little Odessa ou encore Spanish Harlem, le quartier arabe (méditerranéen) s’est naturellement développé, en même temps que s’installaient les communautés maghrébine, libanaise et égyptienne dans le nord du Queens, à Astoria et plus précisemment dans la partie nord de Steinway Street.

«Mon patron a acheté cette épicerie à des Bosniaques il y a dix ans», témoigne Mokhtar, un petit homme rebondi aux dents tordues et au regard joyeux. Il est arrivé de Rabat il y a sept ans, après avoir gagné une carte verte à la loterie américaine.
Pour lui, Astoria a d’abord été un point de chute auprès de ses semblables, puis un point de travail dans cette épicerie où il passe dix à douze heures par jour à servir une clientèle principalement marocaine mais aussi pakistanaise, africaine et même américaine. «Pour les plus curieux d’entre eux ou ceux qui reviennent de voyage du Maroc et qui veulent retrouver des saveurs découvertes chez nous», explique Mokhtar. Et en effet, les étagères de cette épicerie sans prétention font replonger avec délice et nostalgie tout client en manque de confiture Aïcha, de biscuits Henry’s, de sardines de Safi, de couscous Dari, d’huile d’olive Mimouna, de mayonnaise Star, mais aussi de kessras toutes chaudes sortant à peine du four, de m’semen, de sellou fait maison et même de Cerelac !

Au milieu de ce paysage connu et avec tous les clients et collègues avec qui Mokhtar parle en arabe toute la journée, il n’est pas étonnant que le jeune R’bati n’ait pas eu de difficultés à s’adapter à l’Amérique. Il se souvient de ses premiers mois ici, où tout était nouveau, riche, plein de promesses, «parce que tout le monde a le droit de rêver ici», dit-il les yeux brillants. «Ce n’est qu’après que tu vois le revers de la médaille et que tu comprends que tout a un prix et que tu n’auras rien sans travailler très dur». C’est alors qu’il prend aussi pleinement conscience du fameux dicton américain «Time is money» (le temps c’est de l’argent), «parce que si tu crois que tu vas gagner ta vie et arriver à quelque chose en travaillant 6 à 8h par jour comme au Maroc, tu te trompes», prévient-il. Mais ce sacrifice ne semble pas gêner Mokhtar qui, entre deux clients, et dans une scène tout à fait marocaine, présente la chatte de l’épicerie «qui vient de faire ses petits dans la maison du gardien».

Son plus grand regret est de ne pas pouvoir rentrer au Maroc souvent. Voilà cinq ans qu’il n’y a pas mis les pieds, «parce que le billet d’avion coûte si cher que c’est impossible pour moi d’y aller avec ma femme et mes deux enfants», se désole-t-il. «Alors quand ça me manque trop, j’invite ma mère à venir passer 3 ou 6 mois ici». «Elle aime bien New York mais ce n’est pas tellement sa tasse de thé, elle ne comprend pas que je travaille autant», ajoute-t-il en riant.

Mokhtar, comme beaucoup de Marocains installés ici, ne se voit pas rentrer au pays et a aussi du mal à imaginer quelle aurait été sa vie aujourd’hui s’il était resté au Maroc. Il compare son chemin à celui de son père qui a quitté Agadir jeune pour venir trouver du travail et un avenir à Rabat, «il n’est jamais retourné vivre à Agadir, et moi c’est pareil en quelque sorte». D’ailleurs, depuis qu’il est à New York il n’a jamais vu qui que ce soit rentrer définitivement. «Même les Marocains de France commencent à arriver ici pour fuir le racisme grandissant en Europe», assure-t-il «alors qu’à New York, tout le monde arrive de quelque part, alors le racisme… on n’en entend pas parler». «C’est trop difficile de revenir en arrière quand on a goûté à la qualité de vie américaine, au dynamisme, à l’efficacité des administrations, à la diversité culturelle… ça vous prend !», s’exclame-t-il. Par ailleurs, l’Amérique lui a apporté beaucoup d’autres choses : «la langue d’abord, mais surtout la tolérance envers les autres cultures et le respect des différences», affirme-t-il, se souvenant comme «avant, quand je rencontrais un indien avec un point rouge entre les deux yeux ça me faisait rire, aujourd’hui je suis curieux de connaître ses traditions et son histoire. Et même si nos croyances sont différentes, je trouve ça très bien et très intéressant justement».

Comme beaucoup aussi, Mokhtar sent grandir en lui la fibre de l’entreupreneuriat et se verrait bien monter «une épicerie comme celle-là d’ici deux, trois ans». Et s’il croit au rêve américain, pourquoi pas ?

Par EVE Boisanfray

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