Un compositeur aux doigts d’or !

Un compositeur aux doigts d’or !

Reconnu à l’étranger, mais très peu connu des siens. Adulé par son pays d’accueil, la France, il passait inaperçu chez lui. Un talent marocain d’ailleurs, mais il a su rester un vrai enfant du «bled». Sa double culture, à la fois arabo-berbère (Conservatoire de Rabat) et occidentale (Conservatoire national supérieur de musique de Paris), il l’assume dans la symbiose. Né à Salé en 1938, il a vécu sa tendre enfance sur les rivages ensorceleurs de l’Oued Bouregreg. Plus tard, détour par Rabat où il cultive une grande passion pour la musique berbère dont il est un connaisseur éminent. Après avoir acquis sa formation musicale dans la capitale du Royaume, il met le cap en 1962 sur Paris. Objectif : poursuivre ses études en musique au Conservatoire de Paris. L’étape parisienne sera décisive à la formation d’Ahmed Essyad, sachant que le compositeur y fera la connaissance de l’une des sommités de la musique classique contemporaine, en l’occurrence Max Deutsch.
Ce dernier a le mérite de lui avoir transmis la grande leçon de Schonberg : sens de la rigueur, respect de l’artisanat, de l’intégrité artistique et intellectuelle. C’est cette rigueur qui expliquerait, à côté de problèmes matériels, la raréfaction d’une production pourtant de haute facture. De Max Deutsch, dont il fut le disciple privilégié, il acquiert la maîtrise de la composition et de l’analyse musicale. De ce célèbre enseignant, il apprit également comment faire la synthèse de la musique arabo-berbère et la musique européenne marquée par la grande tradition classico-romantique viennoise.
S’agissant de son style de composition, Essyad a retenu là encore une grande leçon de Max Deutsch: «La musique est vocale, sinon elle n’existe pas». On comprend en effet pourquoi l’écriture pour la voix représente les trois-quarts de la production d’Essyad.
De ce fait, sa musique se présente comme un cri. Cri qui sourd des hauteurs du Moyen-Atlas, l’artiste, en dépit de l’éloignement géographique, est resté habité par la mémoire des origines. De cet attachement aux racines, il a tiré son originalité, mettant sa formation en Occident au service du mode musical traditionnel marocain.
Si les rythmes d’inspiration arabo-berbère sont fort présents dans les compositions d’Ahmed Essyad, le virtuose n’est pas resté indifférent à la culture de l’Occident adoptif. Ainsi a-t-il décroché en 1991 une résidence d’artiste à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon pour laquelle il compose un Opéra-lumière d’après un livret de Bernard Noël, intitulé «L’exercice de l’amour». Un parcours atypique à méditer… Le Printemps musical des alizés, qui rendra hommage le 7 mai 2005 à Ahmed Essyad, sera l’occasion d’en savoir plus. Le programme prévoit d’ailleurs la projection d’un film réalisé par Mustapha Hasnaoui autour de l’œuvre et la vie du compositeur.

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