Un dinosaure exceptionnel

Dans sa famille, c’est le plus vieux dinosaure dans le monde. Son âge, 180 millions d’années, en fait une découverte exceptionnelle et majeure en paléontologie. Il a été d’emblée baptisé du nom du village où il s’est reposé une dernière fois. Tazoudasaurus Naïmi doit en effet son nom à Tazouda, un village situé en Haut-Atlas, près d’Ouarzazate. Il mesure neuf mètres de long et était particulièrement svelte et élancé en raison de la modestie de sa taille. D’où sa qualification de Naïmi qui vient de l’arabe “naïm”. Ses nombreux ossements récoltés comprennent des éléments d’un crâne, des vertèbres cervicales, dorsales et caudales, des os des membres et des ceintures. Najat Akesbi, directrice du Musée national des sciences de la Terre qui dépend du ministère de l’Energie et des Mines, est particulièrement fière de l’état «d’un magnifique appareil dentaire de 40 cm sur lequel se trouvent encore 17 dents». En dépit de la taille de sa mâchoire, Tazoudasaurus Naïmi était un gentil herbivore. Il vivait dans les plaines basses et broutait une végétation luxuriante qui poussait sur les sols volcaniques très fertiles des montagnes de l’Atlas. En ce temps-là, c’est-à-dire le Jurassique inférieur, la mer avait envahi la plupart des continents. Le Maroc présentait, quant à lui, de larges plaines qui s’étaient exondées en raison de leur haute altitude. Elles étaient peuplées par un nombre impressionnant de dinosaures. En ce temps-là, l’ouverture de l’Atlantique ne séparait pas encore l’Amérique du Nord de l’Afrique. Le gisement nouvellement découvert apporte, au demeurant, des informations précieuses sur l’histoire des Sauropodes, avant que ce groupe ne s’épanouisse, au Jurassique moyen, pour donner naissance aux plus grands vertébrés terrestres qui aient existé. Cette découverte exceptionnelle n’aurait pu avoir lieu sans l’aide de la Fondation italienne Ligabue. L’équipe qui a découvert le gisement est composée de chercheurs du Maroc, de France, de Suisse et des Etats-Unis. Côté marocain, il y a Najat Akesbi, ingénieur d’Etat, auteur d’une thèse sur la paléontologie au Maroc. De même que deux techniciens, Mohamed Rochdi et Moha M’ghari, et un chauffeur, Abdellilah Bouigui. Côté étranger, deux paléontologues français, Philippe Taquet et Ronan Allain, se sont associés aux fouilles. Sans compter un éminent spécialiste suisse, Michel Monbaron, et un professeur américain de paléontologie, Dale Russell. Ensemble, ils ont travaillé dans le cadre d’un programme intitulé DinoAtlas. Les missions participant de ce programme visent à découvrir les dinosaures du Jurassique inférieur et moyen, abondants au Maroc. Après la découverte du grand Sauropode Atlasaurus imelakei, dans les couches du Jurassique moyen (160 millions d’années), et dont le squelette est exposé aujourd’hui au musée des Sciences de la Terre à Rabat, Tazoudasaurus Naïmi confirme l’importance capitale du Maroc en matière de paléontologie. Les gisements découverts au Maroc ne sont plus transportés vers d’autres pays. Selon Najat Akesbi, un musée sera construit sur le site de Tazouda. Il permettra aux visiteurs d’assister aux recherches en cours et d’apprécier les ossements de Tazoudasaurus Naïmi. Ce sera le premier musée du genre visant à mettre en valeur le patrimoine paléontologique marocain. Ce projet nécessite toutefois des financements, explique Najat Akesbi, qui lance un appel aux femmes et aux hommes de bonne volonté. Leur aide est d’autant plus urgente que le musée sera abondamment garni, parce que plusieurs spécimens, qui ne sont pas encore rendus publics, ont été découverts au Maroc. Parmi les découvertes exceptionnelles qui rempliront de joie les passionnés du Jurassique, figure un méchant dinosaure carnivore.

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