Un don irresponsable

La nouvelle intéresse tous les Marocains. L’actrice américaine Angelina Jolie, rendue célèbre par le rôle de Lara Croft dans «Tomb Raider», a fait un don de 100.000 dollars aux populations séquestrées dans les camps de Tindouf. Ces personnes sont considérées comme des «réfugiés» par l’Algérie et les dirigeants du polisario. En sa qualité d’ambassadrice au Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), Lara Craft a remis cette somme au «Programme mondial pour l’alimentation», rapporte l’agence AP.
L’actrice justifie son don en ces termes: «J’ai été très émue quand j’ai appris leur situation désespérée. J’espère encourager d’autres gens à prendre conscience de cette crise des réfugiés du Sahara occidental, et à faire leur possible pour les aider».
Elle a appris ! Par qui ? Comment ? On ne le sait que trop bien. Les termes qu’elle emploie servent les intérêts de personnes qu’il est inutile de citer. Elle a appris par ouï-dire, sans prendre le temps de vérifier, de se renseigner. Pressée comme elle l’est par ses préoccupations d’actrice, ses rendez-vous à honorer, les contraintes du tournage, la quête de nouveaux contrats, elle fait des oeuvres de bienfaisance sans mesurer leur portée politique et l’exploitation dont elles vont faire l’objet. On pourrait jeter la pierre à cette actrice. On pourrait se gausser de ses apparitions nues qui font les délices des sites pornographiques. On peut aussi la plaisanter sur ses rôles de super-héroïne, et dire que Lara Croft est faite pour des personnes en mal d’Amazones sexy. La réalité est autrement complexe et cet acte de l’actrice américaine souligne l’interdépendance entre un don et son exploitation à des fins politiques. L’imbroglio entre l’humanitaire et le politique est une réalité que ne peuvent ignorer les faiseurs de bonnes oeuvres. Un geste humanitaire est immédiatement interprété comme une prise de position politique. On ne donne pas de la même façon aux enfants de l’Irak comme aux sinistrés d’une catastrophe naturelle au Mexique.
On ne peut pas faire fi de cette corrélation. Comme on ne peut pas non plus se désintéresser de l’exploitation qui sera faite du don. Les réfugiés en question sont des séquestrés dans les camps de la honte. L’on sait depuis longtemps que les aides qu’ils reçoivent sont détournées pour l’achat d’armes. L’on sait aussi que leurs geôliers voyagent et mènent un train de vie qui n’a absolument rien à envier à celui des stars hollywoodiennes.
Il devient alors dangereux et irresponsable de les financer sans tenir compte des conséquences qu’entraîne la mise à leur disposition d’une image de marque. Ils s’en servent comme d’un argument politique. Avec ses lèvres pulpeuses, sa moue boudeuse, son corps athlétique, Angelina Jolie est bien loin de la réalité des «réfugiés» pour lesquels elle prend parti. Elle est aussi complètement ignorante de la réalité géopolitique de la région.
Elle représente cette série d’acteurs qui ont tout dans le minois et dont le crâne sonne affreusement creux. Cette actrice s’est plainte une fois dans un entretien du fait que «les gens et les médias focalisent sur des détails qui ne sont que des détails : mes tatouages et ma sexualité.» Ils ont raison, parce que s’ils s’intéressent au reste, autant dire qu’il n’y a rien à voir et à percevoir. Passez !

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