Un festival et des sites à couper le souffle

Un festival et des sites à couper le souffle

Cette partie du Maroc était célèbre. Tristement célèbre. Elle abritait des bagnes. La réputation de certains d’entre eux a fait le tour du monde. Les noms de Tazmarart et Kelaât Mgouna, entre autres, donnaient la chair de poule. Le sud-est du Maroc mérite mieux que la réputation d’un lieu d’exil. C’était un pôle culturel important. Le pays entier puisait sa vigueur et son sens de la raison, lors des moments difficiles, dans la région de Sijilmassa et du Tafilalet. Pour ne pas perdre le nord, le Royaume regardait vers le sud-est. Aujourd’hui, cette région est délaissée. Elle attire certes des cinéastes étrangers et une poignée d’amoureux du désert, mais aucun événement ne la signale au public. Le Festival des musiques du désert a été réfléchi pour remédier à cela. Ses organisateurs sont déterminés à en faire un vecteur de développement important. Les propos de Hassan Aourid, porte-parole du Palais Royal et initiateur de la manifestation, sont sans équivoques. « La région agonisait en raison de la sécheresse. Il fallait un événement-phare pour attiter l’attention des promoteurs économiques sur elle », déclare-t-il à ALM. Le deuxième aspect qui tient à coeur de Hassan Aourid est d’ordre écologique. La palmeraie est très sérieusement menacée par la désertification. Il faut sensibiliser le plus grand nombre de personnes pour la sauver. Ces facteurs, consubtantiels à la réflexion qui sous-tend l’organisation du Festival des musiques du désert, n’altèrent en rien la qualité des prestations des artistes invités. Bien au contraire, un événement culturel convainc mieux lorsque sa qualité artistique n’est pas sacrifiée aux nobles fins économiques et écologiques qui lui sont assignées. Les assistants l’ont compris dès la première soirée. Dans le cadre magnifique de Ksar El Fida, une scène, sobrement décorée, a été dressée. La cour du Ksar, où se déroulent les concerts, n’a pas été non plus décoré avec excès. Les matériaux de la composition des murs en pisé du batiment, ont imposé une frugalité dans la scénographie. Comment faire, autrement, lorsque l’événement se base sur des artistes, habitués à la magnificence sans accessoires du désert ? Le premier soir, le public a pu appérécier la formation guedra Bab Sahara. Les voix, à la fois âpres et puissantes, des chanteurs étaient à l’unisson avec la rudesse du climat où ils évoluent. A l’aspect brisé, peu harmonieux du chant, s’opposait la danse d’une extreme aisance et majesté. Deux femmes et un homme glissaient plus qu’ils ne marchaient sur la scène. Le plus gracieux des trois, était assurément l’homme. Le groupe Mamar Kassey du Niger a succédé à la formation marocaine. Ses membres étaient dans leur élément natuurel. Le rythme qui caractérise leur prestation a communiqué une grande émotion à toutes les personnes présentes. Autre soirée, autre grand moment. Le public l’a partagée d’abord avec un groupe de Touaregs, venus d’Algérie. Bali Othmani est un poète du désert. Ses mots et rythmes rendent constamment grace à son élément naturel. « Et la danse du vent qui jaillit, comparée aux plus belles mélodies », chante-t-il. Ensuite, l’une des têtes d’affiche du festival a fait son entrée. Le Malien Cheikh Tidiane Seck a joué des musiques, inspirées du désert, mais qui ne refusent pas les métissages avec d’autres formes, et particulièrement le jazz. Le luthiste marocain Saïd Chraïbi a pour sa part déçu. Avec son orchestre, il a interprété des morceaux qui n’évoquent ni de près, ni de loin les musiques du désert. Son luth ne pouvait pas sortir vainqueur de la comparaison avec des koras, calebasses et autres instruments à percussion qui volent très haut dans le ciel sans toit de Ksar El Fida. A signaler quelques bafouillements dans l’organisation. Le festival en est à sa première édition, et Leila Layachi, sa présidente, a beau se dévouer avec passion à sa tâche, elle n’a pas pu éviter de petits contretemps, incontournables dans les manifestations qui démarrent. Ainsi l’écran géant qui était installé dans une place à Rissani, pouvant accueillir jusqu’à 10 000 personnes, a été démonté à la dernière minute. Raison évoquée : sa proximité avec le mausolée de Moulay Cherif est jugée peu édifiante. Cet écran a été toutefois très vite déplacé à la grande place d’Erfoud. Et vendredi soir, un très large public a pu suivre en léger différé les concerts de Ksar El Fida. Au vrai, le Festival des musqiues du désert est bien parti pour s’imposer parmi les grandes manifestations culturelles dans le pays. La cohérence de son concept et la qualité des artistes qui s’y produisent ont surpris plus d’une personne venue à Rissani, surtout pour apprécier la beauté des dunes de Merzouga.

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