Un film bosniaque brille à Marrakech

Un film bosniaque brille à Marrakech

La tâche du jury n’a pas été facile. L’Etoile d’or, qui correspond au grand prix, peut au moins récompenser quatre longs-métrages en compétition, sans que personne ne trouve à redire. Le choix du jury s’est porté sur un film bosniaque. Les spectateurs sont sortis sonnés de la projection de « Au feu » du réalisateur Pjer Zalica. Ironie, humour, tragédie et cocasse sont brassés dans ce long-métrage d’une façon déroutante, sans que le sens du cinéma ne perde à un seul moment le Nord. Le film s’ouvre sur une belle Bosniaque qui vient de regagner sa maison longtemps abandonnée, en raison de la guerre. Elle y revient deux ans après la déclaration de la fin des hostilités entre les Serbes et les Bosniaques. Un gros plan montre un visage radieux, rayonnant. Une véritable incarnation du bonheur. La luminosité de ce visage s’accentue avec la rencontre d’un jeune pompier à qui la jeune femme donne un rendez-vous le soir. Elle reprend le chemin de la maison, quand le vrombissement du moteur du camion du pompier prend une ampleur explosive. La jeune Bosniaque a marché sur une mine anti-personnelle ! Son drame est vite balayé par l’annonce de la visite du président américain Bill Clinton. Le maire de Tesnaj met les petits plats dans les grands pour l’accueillir. Il nettoie la ville du trafic de prostituées, de whisky, de cigarettes. Il fait mieux. Puisque les émissaires américains étaient présents pour une mission civilisatrice, le simulacre d’une entente avec les voisins serbes devenait nécessaire. Et c’est ainsi que des pompiers musulmans et serbes se sont serrés la main pour affronter ensemble le feu, et éteindre métaphoriquement la poudre qui a embrasé les Balkans. Les personnages jouent la comédie devant les Américains dans un style habituel des écrivains et réalisateurs des Balkans. Au milieu d’une tragédie innommable, le burlesque fait un pied de nez au sérieux de la vie, et renvoie tout au néant. C’est sans doute le sens de ce film, saisissant, poignant, drôle par moments, mais qui se termine avec une scène sincère. Les personnes qui ont vu « Au feu » ont répété plusieurs fois le nom de son réalisateur. Ils savent désormais que l’ex-Yougoslavie n’a pas un seul grand cinéaste, mais deux : Emir Kusturica et Pjer Zalica. «Au feu» a été, au demeurant, récompensé deux fois, puisque le prix d’interprétation masculine a été décerné à Bogdan Diklic. Il a joué d’une façon magnifique le rôle d’un père qui refuse d’oublier. Cet acteur a su montrer par la seule grâce de son jeu que les fantômes de la guerre sont des êtres de chair là-bas. Le prix de la meilleure interprétation féminine est naturellement revenu à la Marocaine Najat Benssallem pour son rôle dans « Raja » du Français Jacques Doillon. Cette comédienne non-professionnelle est l’une des révélations de la manifestation. Elle a déjà fait parler d’elle en remportant le prix Marcello Mastroianni de la meilleure jeune actrice, lors de la dernière édition de la Mostra de Venise. Mais le public était loin de se douter des qualités de cette actrice, qui ne correspond pas à proprement parler aux canons de beauté des premiers rôles féminins, mais dont la présence écume le grand écran. Le Maroc a également été à l’honneur avec « Les yeux secs » de Narjiss qui a remporté le prix du meilleur scénario. Le trophée du prix spécial du jury fera en revanche un long voyage. Il a été attribué à un film américain : « The station agent » de Tom Maccarthy. Ce long-métrage, qui s’inscrit dans la lignée du cinéma américain indépendant, raconte l’histoire d’un nain qui hérite d’une gare désaffectée dans le New Jersey. L’amitié lui permettra de rompre sa solitude et de connaître le bonheur. Et enfin le prix de la mise en scène a récompensé le cinéaste japonais Takeshi Kitano pour son long-métrage «Zatoichi » qui concentre tout ce qui séduit dans le cinéma japonais. L’attrait pour l’Histoire, les Samouraïs et la dextérité dans l’usage du sabre. Dans des paysages magnifiques, des hommes se livrent à des combats dont l’extrême violence n’enlève rien à la beauté des chorégraphies. Avec la récompense de ces longs-métrages, le rideau tombe sur la troisième édition du festival international du film de Marrakech. La qualité des films en compétition officielle est sa meilleure réussite.

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