Un fou du théâtre à Casablanca

Un fou du théâtre à Casablanca

Il a conquis le public casablancais l’année dernière. Ceux qui ont vu « L’Avare » de Molière ne sont pas prêts de l’oublier. Avec ses yeux noirs et malicieux qui le font ressembler à un diablotin, toujours prêt à jouer quelques mauvais tours à certaines personnes et à en sortir d’autres d’un pétrin inextricable, Abder Ouldhaddi a interprété d’une façon imparable le rôle d’Harpagon. Il revient cette fois-ci à Casablanca pour présenter, en première mondiale, une création de sa compagnie Hors Case. Il a choisi de jouer un texte qui « l’accompagne depuis longtemps, et qui est aujourd’hui d’une actualité criante », nous confie l’intéressé. L’adaptation de « Moha le fou, Moha le sage », roman de Tahar Ben Jelloun, n’est pas pourtant une entreprise facile. « Je ne parlerai pas d’adaptation, mais de montage », corrige Abder Ouldhaddi. Il ajoute qu’il existe, certes, une dramaturgie et un fil conducteur pour que le spectacle présente un début et une fin, mais le texte reste toutefois très difficile à théâtraliser. Le terme “risque” revient souvent dans la conversation d’Abder Ouldhaddi pour qualifier sa création. « J’ai pris beaucoup de risque avec ce texte, mais tout compte fait, je préfère me mesurer à une difficulté insurmontable, plutôt que de renoncer à un livre qui me touche infiniment sur le plan humain et répond à des questions urgentes aujourd’hui ». Deux complices accompagnent Abder Ouldhaddi. Le premier, David Ayala, est metteur en scène. Le second, Jean-Yves Courcoux, est régisseur. Ensemble, ils sont déterminés à communiquer au public l’émotion ressentie à la lecture du texte. Ce public pourra d’ailleurs mesurer l’extrême gentillesse et la politesse du principal acteur du spectacle. Abder, diminutif d’Abderrahman, doit ce prénom à ses copains maghrébins et français, pays où il vit depuis qu’il a dix ans. Celui qui a choisi de présenter son spectacle, en première à Casablanca, est Casablancais. Il y est né en 1962 dans une famille qui l’a comblé d’affection, mais qui n’avait jamais pris le chemin d’une salle de théâtre. « Mon métier, c’est un don du ciel, un merveilleux cadeau. C’est le maktoub comme on dit ». Il a immigré, en France, où il a suivi une formation en électrotechnique qui lui a permis de trouver facilement de l’emploi dans une entreprise qui n’a pas tardé à fermer ses portes. Abder s’est retrouvé au chômage. C’est alors qu’une amie l’a entretenu d’un stage de théâtre. « Tu vas t’y amuser ! » lui dit-elle. Abder s’est présenté, et a réussi à son grand étonnement à l’audition l’ayant conduit vers une aventure qui n’en finit pas d’émerveiller. Il a fait partie des comédiens de l’un des plus grands théâtres de l’ÃŽle-de-France : la Cartoucherie de Vincennes. En plus de « L’Avare » de Molière, il a tenu des rôles principaux dans des pièces comme « Le Roi se meurt », « Ubu Roi », « Le Malade imaginaire » ou « Dom Juan ». Aujourd’hui, il propose aux Casablancais « un bébé qui va naître ce jeudi à 20h 30 ». Gageons que le bébé sera beau !

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