Un Musée pour l’unité du Maghreb

«La culture est le meilleur ciment des pays maghrébins», c’est ainsi que Azedine Sedrati défend un projet à la fois ambitieux et passionnant. La création d’un musée du costume traditionnel du Maghreb. Les personnes présentes au défilé du «Caftan 2002» ont pu avoir un avant-goût de la richesse de cette collection. D’anciens costumes d’inspiration berbère, arabe ou ottomane donnent un aperçu des fonds de ce musée.
Ces caftans et autres vêtements proviennent des villes et des campagnes du Maghreb. Il s’agit en fait d’une collection unique dans le monde. Une collection qui valorise « un patrimoine fragile », selon son initiateur. L’histoire de cette collection est aussi curieuse qu’instructive. Dirigeant des sociétés pharmaceutiques, Azedine Sedrati a buté à maintes reprises contre les sensibilités qui enveniment quelque peu les relations entre les trois principaux pays du Maghreb. Convaincu que ce que les politiques peinent à réaliser, la culture peut le faire, il nourrit alors le projet d’offrir une vision synthétique de la société maghrébine par le biais du costume. Ces costumes rendent compte des liens sociaux et culturels qui unissent ces pays, et permettent de se jouer des frontières géographiques en soulignant une Histoire en commun. D’autres personnes ont été sensibles à son projet, et c’est ainsi que la Fondation maghrébine s’est mise à la constitution d’une mémoire vivante des habitants d’une région. La ville qui abritera ce musée a déjà été choisie. Marrakech ! « Marrakech est la capitale des Almohades, dynastie qui avait rassemblé les pays du Maghreb, c’est aussi la ville où a vu le jour l’UMA (Union du Maghreb Arabe), et enfin parce que la ville présente des conditions climatiques optimales pour la conservation du fonds du musée », souligne Sedrati.
Amina Snoussoui, une Algérienne qui vit au Maroc, a réalisé l’architecture du bâtiment. Il s’étend sur une superficie de 13 500m2 et occupe un espace de près de 3 hectares. La collection du musée s’élève actuellement à 900 costumes et 300 parures. Ce fonds est appelé à s’accroître.
L’architecture du musée répond aux critères les plus modernes en matière de muséologie. Elle comprend 25 scènes qui font revivre selon une scénographie qui permet au visiteur de se représenter la vie des vêtements, leur mode de confection et le décor dans lequel les gens qui les portaient évoluaient. La plaquette du Musée du costume traditionnel du Maghreb comprend également une salle d’exposition temporaire, un patio pour accueillir les défilés de mode, un restaurant-café, une salle pour l’exposition de 200 photographies présentant le costume maghrébin dans sa quotidienneté, une salle où sont exposés des peintres orientalistes et une salle de conférence et de projection. Cela dit, faire un musée est une entreprise périlleuse en raison des lourdes charges que le fonctionnement de cet établissement nécessite. Des charges relatives pour l’essentiel à la conservation des collections dans un environnement optimal. En réalité fragiles, les costumes nécessitent un délicat et constant travail de conservation. La prolongation de leur espérance de vie en dépend. Cette conservation est coûteuse : système de dépoussiérage, protection contre les rayons ultra-violets, hygrométrie, sécurité.
Toutes ces opérations relatives à la muséologie ont été réfléchies par les concepteurs du projet du musée de Marrakech. Il reste aux personnes sensibles à l’esprit de ce musée d’augmenter ses collections par des dons. Il reste aussi à ses initiateurs de faire preuve d’une grande opiniâtreté, parce qu’entre la conception d’un projet et sa réalisation, un chemin laborieux reste à parcourir.

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