Un roman cinématographique

Il ne faut pas hésiter à sauter des passages de «L’Aller et le retour», le dernier roman de Hoceïn Faraj. Dès que l’on sent des longueurs, on sabre. Il n’y a d’ailleurs aucun mal à le faire. Qui n’a pas déjà grillé des pages à la lecture de grands romans comme «Illusions perdues» et «Splendeurs et misères des courtisanes» ? Ce qu’il y a de meilleur dans le roman de Faraj, c’est l’action, l’aventure. Et cette action nous entraîne dans un mouvement endiablé, celui de la course vers l’espoir.
Un journaliste anglais vient au Maroc pour jouir en toute paix des bienfaits d’une année sabbatique. Il est décidé à mettre entre parenthèses son métier jusqu’à ce qu’il rencontre Ali. Celui-ci le met au courant d’un voyage risqué qu’il est sur le point d’entreprendre.
Malcolm se lie d’amitié avec Ali. Il le suit partout, il assiste ainsi aux préparatifs pour la grande traversée du détroit de Gibraltar. Combien ça coûte ? Que doit-on prendre comme viatique pour surmonter les épreuves de la traversée ? Quelles précautions doit-on prendre pour que l’eau de la mer ne détériore pas l’argent et la nourriture ? Malcolm apprend tout cela en compagnie de son ami marocain. Celui-ci lui demande de l’accompagner jusqu’au lieu d’embarquement à Sélouan. Au moment de se dire au revoir, les projecteurs de la gendarmerie interrompent les adieux des amis. Malcolm n’a pas d’alternative : il doit s’embarquer à bord du petit bateau de fortune avec les harragas. Commence alors pour l’Anglais une enquête, par vécu, de ce que ressent un clandestin déterminé à trouver un monde meilleur dans le Nord. Course, hélicoptère, train, voiture, constituent le lot du journaliste qui fait, en compagnie du Marocain, l’apprentissage de la peur. Les images défilent rapidement comme dans un film. D’ailleurs le roman entier se ressent d’une écriture cinématographique.
Les phrases sont courtes, hachées, elles ajoutent de la dynamique à la succession dans le temps. Les chapitres trop courts, et qui comportent tous un titre, ressemblent à des plans-séquences. Le livre comprend à cet égard quelques composantes classiques du cinéma : le suspens, la course de voitures, un hélico dont on entend de loin le bruit et qui s’approche petit à petit des fugitifs. Tout cela fait naître des images à la lecture du roman, de telle sorte qu’on le lit comme si on regarde un film. La nature cinématographique de ce livre est probablement ce qui en constitue l’originalité et les limites littéraires. Il ne faut pas chercher la grande littérature dans «L’aller et le retour». L’auteur a focalisé son attention sur Malcolm et Ali, et a accordé très peu d’intérêt à l’étoffe psychologique des personnages qu’ils rencontrent tout au long du roman. L’esthétique a au demeurant peu préoccupé l’auteur qui est davantage enclin à la narration des faits. Les problèmes qui ont poussé Ali à jouer sa vie pile ou face n’ont pas non plus fait l’objet d’un traitement approfondi. L’auteur a de surcroît une manie qui agace quelque peu à la lecture. Il met des mots du parler marocain en italiques et donne leur équivalent en français. Exemple : «Il commençait l’activité (la foire) et la tassa (la boisson)», ou encore «ce n’est pas leur marché (leur affaire)». Cette façon de dire est inutile.
Cela étant, il n’en demeure pas moins que ce roman se lit avec beaucoup de plaisir, et qu’il tient en haleine le lecteur qui se laisse entraîner par le récit des aventures des deux personnages. L’écriture de ce roman en fait une oeuvre très appropriée à une adaptation cinématographique.

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