Un souffleur surdoué à Casablanca

Il a joué à l’Olympia à Paris. Il se produira dans un petit restaurant à Casablanca. Le trompettiste italien Flavio Boltro, l’un des souffleurs les plus talentueux du moment, accepte volontiers le passage d’une immense salle de spectacle à l’espace, certes à forte personnalité, mais petit et intime de l’Aéropostale. L’artiste ne s’en formalisera pas. Car les bistrots et le jazz, c’est une longue histoire d’amour. Cette forme musicale n’aurait pu se développer si elle n’avait pas trouvé un terrain propice à son épanouissement. Les restaurants, cafés, pubs ont été les premiers à initier une programmation soutenue de concerts de jazz. Les amateurs venaient autant pour écouter des jazzmen que pour manger ou boire. Les petites formations, trio, quartet ou quintette, n’occupaient pas beaucoup d’espace. Ils pouvaient trouver une place dans n’importe quel lieu de restauration. Le nom de certains établissements est devenu légendaire grâce au jazz. Il suffit de citer certains cafés-bars à Saint-Germain des Près pour s’en convaincre. L’Aéropostale s’inscrit dans la lignée des bistrots, fréquentés par les amateurs de jazz. Il les convie cette fois-ci à un grand moment. Flavio Boltro est un trompettiste, puissant, inventif, vigoureux. Son jeu développe une grande maîtrise de l’harmonie et une technique irréprochable. Souffleur d’une extrême sensibilité, il impose de la densité sans que la richesse du phrasé ne réduise la clarté de l’expression. Le but ardemment poursuivi par tout trompettiste consiste sans doute à avoir une sonorité qui le distingue du jeu de ses pairs, tout en l’identifiant. Flavio Boltro peut s’enorgueillir de souffler des phrases qui ne permettent pas de douter de l’identité de leur auteur. Elles sont à la fois lyriques et voluptueuses. Elles captent l’attention de l’auditeur, conquis par un jazz moderne, jouissif et nostalgique. Elles ont fait de Flavio Boltro l’un de ces musiciens italiens, excellents, que l’on accueille partout dans le monde avec piété. Cette virtuosité, l’intéressé n’aurait pu y arriver sans un long apprentissage. Flavio Boltro est né à Turin en 1961, d’un père musicien, trompettiste, fan de jazz et d’une mère institutrice. « Le jazz, je suis tombé dedans tout petit, j’avais trois ans. Mon père me prenait sur ses genoux avant d’aller dormir et me faisait écouter Amstrong et tous les disques de cette époque », se souvient-il. « À neuf ans et demi, j’ai dit à mon père que je voulais apprendre la trompette ». Il s’inscrit dans un conservatoire. Très jeune, il a joué dans les clubs de Milan, jusqu’à ce qu’un producteur le remarque et lui propose de rejoindre une formation. C’est le début d’un fameux quintette composé de Roberto Gatto à la batterie, Furio Di Castri à la contrebasse, Giammarco au sax, Umberto Furantino à la guitare et Flavio Boltro à la trompette. Ce dernier s’est produit aussi avec d’autres musiciens, dont le célèbre Chet Baker. Il a également intégré le sextet de Michel Petrucciani, avant de sortir son premier album solo en 1999 chez Blue note : « Road runner ». Il vient d’en publier un autre « 40°», où il montre ses talents de compositeur. Flavio Boltro jouera en duo à l’Aéropostale avec le virtuose de la guitare, Farid Bouziani. Les deux hommes se connaissent bien, puisqu’ils se produisent ensemble depuis janvier 2000. Ils promettent de donner un souffle enchanteur au vent des premières nuits d’automne à Casablanca.

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