Un sujet intéressant, un traîtement décevant

Tout le monde attendait le seul long-métrage marocain en compétition officielle. Vendredi après-midi, la salle Colisée était archi-comble pour faire un accueil triomphal au film de Mohamed Ismaïl : «Et après».
Toute l’équipe du film est venue pour augmenter ses chances. L’air de fête portait tout le monde à l’enthousiasme. L’on croyait aux chances de ce film, on voulait y croire. La lumière s’éteint et les premières images donnent le ton de ce film. Les événements se déroulent dans une ville au Nord du Maroc. Une ville qui sert de passage aux candidats à la traversée du détroit.
Le sujet est d’actualité. Il intéresse la société marocaine. Les haragas sont une réalité. Et il revient à Mohamed Ismaïl le mérite d’aborder ce sujet sans maquillage, en traduisant la réalité dans ce qu’elle a de plus cinglant. Mustapha (Rachid El Ouali) est un trafiquant de drogue. Il a deux soeurs, dont l’une (Siham Assif) danse dans un cabaret en Espagne. Il est lié au propriétaire d’un café (Mohamed Miftah) qui sert d’intermédiaire aux candidats à une vie meilleure.
La mère de Mustapha (Naïma Lamcharki) se fait beaucoup de soucis pour sa petite fille Ibtissam (Saïda Baadi). Non sans raison, puisque le personnage interprété par Mohamed Miftah la séduit et abuse d’elle. Morte de honte, celle-ci n’a d’autres choix que d’augmenter le rang des haragas. Au moment d’embraquer dans la patera, elle est surprise de rencontrer son frère tout essoufflé, également acculé à jouer sa vie pile ou face.
Il a accepté de fournir en cannabis le couple d’Espagnols pour lesquels travaille son autre soeur qui danse dans un cabaret. La gendarmerie intervient et intercepte les trafiquants. La petite barque prend le large la même nuit. Elle n’atteint pas la terre promise. Elle coule ! Telle est en somme l’histoire de ce film. On peut d’emblée se féliciter du jeu des acteurs. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Une mention particulière à Naïma Lamcharki qui a été imparable dans le rôle de la mère dépassée par ses enfants.
Cependant, du point de vue cinématographique, ce film présente beaucoup de carences. D’abord, le défaut de lumière. Les images sont sombres. Mohamed Ismaïl a réussi ce pari rare : rendre des images ternes même quand elles sont filmées sous la lumière du jour. Les plans sont de surcroît statiques. Il y a très peu de dynamisme dans ce film. Le souci de musique est inexistant.
Le son défectueux. Le réalisateur dit à l’orée de son film qu’il le dédie à tous les désespérés de ce pays. Mais désespoir ne signifie pas négligence des exigences cinématographiques.
Un film désespéré n’est pas désespérant. Il peut être beau même quand il repose sur une vision noire. Le réalisateur aurait pu tirer parti des paysages montagneux du Nord, il aurait pu aussi jouer sur les couleurs des maisons en blanc et bleu. Ce manque d’esthétisme porte préjudice au film. Il réduit ses chances d’obtenir un prix au festival. Il donne aussi une piètre idée de notre cinéma. Car l’autre film en compétition officielle où il existe une présence de Marocains, «sAu-delà de Gibraltar», associe trois pays : Belgique, Maroc et Turquie. Mohamed Ismaïl avait donc la lourde responsabilité de représenter le cinéma national, mais il semble avoir précipité les choses pour participer à la manifestation…
La consolation dans ce film, on la doit à la présence de l’actrice fétiche de Pedro Almodovar, Victoria Abril. Ses rares apparitions sont à chaque fois un délice cinématographique. Elle attire la caméra. Ses yeux scintillent de malice. Il est curieux de remarquer dans ce sens qu’elle est la seule actrice à dégager de la lumière, même quand la caméra n’en cherche pas. Mais ce ne sont les yeux de Victoria Abril, aussi pétillants qu’ils puissent être, qui font la réussite d’un long-métrage. Les idées qui surprennent, une écriture neuve et nourrie de culture cinématographique et de vrais moments de cinéma, font malheureusement défaut au film de Mohamed Ismail.

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