Une cinéaste en herbe

À Rabat, au théâtre Mohammed V, mercredi à 20 heures, nous avons assisté à la projection en avant-première de deux moyen-métrages d’une jeune réalisatrice marocaine, Narjiss Nejjar. Narjiss s’inscrit dans ce qu’on a tendance à dénommer «la nouvelle vague du cinéma marocain» avec d’autres réalisateurs comme Nour-Eddine Lakhmari, Faouzi Bensaïdi pour ne citer qu’eux. Elle a trente ans, vit à Paris, a commencé par réaliser des documentaires, avant de se lancer dans la fiction. Scénariste, réalisatrice, cette jeune femme diplômée en art plastique, nous a offert un spectacle différent de ce que nous avons l’habitude de voir, un style original, lyrique, des films maîtrisés sur le plan technique. Un regard empreint de sensibilité, des images où le monde des symboles est de tous les instants, une direction d’acteurs volontariste (Naïma Bouanani, la femme du scénariste, fabuleuse dans son rôle), la jeune réalisatrice espère «ne pas décevoir en faisant preuve de professionnalisme et d’un souci constant de maîtriser le détail». «Le septième ciel», son premier film, 42 minutes, relate l’histoire d’une petite bergère qui rêve d’échanger sa liberté contre un bout d’ardoise, synonyme de l’accès au savoir. Son père, instituteur, l’a exclue de son école en plein air sans murs, ouverte à la liberté, où ne sont admis que les garçons. Un jour, arrivent dans son village des parapentistes. Et voilà la petite fille qui rêve de voler rejoindre sa mère au septième ciel. En attendant, elle se livre à une bataille sans pitié avec les écoliers à l’issue de laquelle, bafouée dans sa dignité, elle décide de se lancer dans le vide afin de retrouver sa mère. Elle imagine peut-être que là-haut, les portes de la connaissance sont ouvertes. «Ce film dont la trame est purement symbolique, ne répond à aucune question, il en pose», nous explique Narjiss. Il est inspiré d’un fait réel qui lui, contrairement au film, se termine comme dans un conte de fées. Puisque la petite fille qui a inspiré Narjiss a fini par avoir gain de cause, est aujourd’hui première de sa classe et parfaitement bilingue. Une leçon de volonté et un message d’espoir qui s’inscrivent dans l’action sociale à l’ordre du jour. «Le miroir du fou», le deuxième film de Narjiss, 63 minutes, raconte l’histoire d’une séduction au milieu de nulle part. Un poste frontière désaffecté, une barrière de barbelés, un homme, une femme de chaque côté de cette démarcation symbolique. L’histoire se déroule en trois jours. Lui passe ses journées à coudre des poupées, elle à écouter des disques rayés sur un vieux phonographe. Et chaque jour qui passe apportera un sentiment nouveau. Les attitudes seront d’abord belliqueuses, puis fuyantes, pour enfin devenir aguichantes et libres. Une histoire qui commence par «il était une fois». Une histoire non pas d’amour, mais d’initiation au sentiment amoureux. Tous les ingrédients y sont, la peur de l’Autre, le doute, le dépassement de cette peur, l’approche maladroite, la fusion. Un thème universel, des images poétiques, une vision originale et onirique, un film d’auteur.

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