Une passion qui ne vieillit pas

Une passion qui ne vieillit pas

Son nom se confond avec l’histoire du théâtre marocain d’avant et d’après l’Indépendance. Il est maintenant l’un des rares vieux routiers à avoir, -si l’on peut écrire-, survécu aux soubresauts ayant ponctué cette histoire. Il a côtoyé des comédiens ayant gravé à l’encre indélébile leurs noms dans les annales du théâtre marocain, avant de disparaître à tout jamais. Avec les regrettés Farid Ben M’Barek, Mostafa Toumi, Mohamed Al Alaoui, ou encore Boujmi, il a écrit quelques belles pages de cette histoire. Et ce n’est pas tout… Avec son « frère de scène », Taïeb Saddiki, il continue de nous fasciner. Qui est alors cet artiste ? D’où vient-il ?
Né en 1944, dans le quartier « Bousbir l’qdim » (ancienne médina de Casablanca), Mostafa Salamat a été élevé par une famille conservatrice. Fils d’un marchand de blé, rien ne le prédisposait au théâtre. L’enfant avait pourtant montré une passion précoce pour le théâtre. A l’école « Essalam », située dans son quartier natal, il se fit remarquer par une grande fascination pour l’expression corporelle. A l’époque où l’on apprend encore les leçons d’élocution, il se distingua par la maîtrise de l’articulation de l’arabe soutenu, sans oublier le français qu’il avait potassé dans « Requiviller », l’école française où il étudiait avant que le Maroc n’ait acquis son indépendance. A l’âge de 12 ans, il sort du carcan étroit de l’école pour forcer les portes des maisons de culture. Mostafa Salamat dit, avec un brin de nostalgie, avoir beaucoup fréquenté « Dar Attaqafa » qui se trouvait sur le boulevard de l’Horloge, actuel « Allal Ben Abdellah» (à proximité du boulevard Mohammed V). A 17 ans, le collégien s’inscrit au Conservatoire municipal (boulevard de Paris). Là-bas, il côtoyait le regretté Farid Ben M’Barek et Taïeb Laâlaj. Son cursus sera ponctué de plusieurs exploits, aux côtés des défunts Mustapha Toumi et Mohamed Al Alaoui. Avec ces comédiens de renom, il fera le bonheur de la troupe de théâtre « Al Orouba ». Il imprima sa profonde marque avec eux dans la pièce « Le prix de la liberté ». Ses 5 ans de conservatoire seront couronnés d’un succès retentissant au légendaire Théâtre municipal, dirigé alors par Taïeb Saddiki. Son brillant passage dans la pièce « Annaoura » non seulement lui a permis de remporter le concours, mais aussi de gagner l’estime du directeur de ce théâtre.  Marqué par le style de jeu du jeune Salamat, Taïeb Saddiki l’invita à intégrer sa propre troupe. 4 ans avec la troupe «Masrah Ennas » de Sadiki, ponctués de beaux exploits : « Madinat annohas » (La ville du cuivre), « Sidi Abderrahman El Mejdoub », « Sidi Yassine », « Al-Maghrib wahad » (Le Maroc est uni), « Moulay Ismaïl » et autres chefs-d’œuvre qui occupent aujourd’hui une place privilégiée dans le répertoire du théâtre national. Le reste, -une véritable orgie créative-, n’en sera pas moins riche.
En 1968, Mostafa Salamat joindra la célèbre troupe « Maâmora ». Après l’étape-Saddiki, celle de Maâmora confirme le professionnalisme de l’artiste. Les pièces se multiplient, les succès aussi : « Hlib diaf » (Le lait des invités, texte de Taïeb Laâlaj et mise en scène de Mostafa Chtioui), «Othello » (d’après le célèbre texte de Shakespeare, sur une mise en scène d’Abdessamad Dinia)… et «Al Akbach ya tamarranoun » (Les moutons répètent), montée conjointement par Masrah Ennas et la troupe de Maâmora. Le succès de cette pièce fut tel que les deux troupes furent invitées à participer au 1er Festival africain d’Alger. Ce n’était pas là le premier coup d’éclat de Salamat à l’étranger; en 1965, l’artiste s’était déjà illustré par une remarquable participation au Festival de Carthage avec la troupe « Al Orouba », dans la pièce « Le prix de la liberté ». En 1970, détour par le petit écran. Il a marqué, avec le réalisateur Abderrahman El Khayat, un premier passage dans les pièces « La Jarre » de Pirandello et « Médecin malgré lui » (adaptation d’un texte de Molière). En 1978, il sera également sollicité par Mostafa Derkaoui pour tourner dans son  film « Shéhérazade », puis dans «Azzaft » (Le goudron) de Taïeb Saddiki, et « « Anaoura » d’Abdelkrim Derkaoui. Farida Bourkia lui proposera pour sa part un large éventail de rôles dans ses téléfilms et télé-feuilletons : « Al khayl hadi m’rabatha », «Douar chouk », « La grande maison », «Jnane el karma », «Khamsa ô khmis » et « Aoulad lahlal ». Parallèlement, l’acteur incarne une large palette de personnages dans les films de Hakim Nouri (Abiro fi samt) et (Le voleur de rêves), « Akhir hafla » de Nordine Lokhmari, « Nour » du regretté Mohamed Meziane et « Lalla Chafia » de Mohamed Abderrahmane Tazi. Après avoir fait ses preuves de comédien, Salamat envisagera non sans succès une carrière de metteur en scène. Au début des années quatre-vingt, il signe sa première mise en scène de la pièce « Lahbal f’lkochina » (texte du regretté Larbi Batma), puis « Ayyam zaman » (texte de Hassan Sami), « Al baghla hada chharha » (texte du défunt Boujmi)…
Le parcours, retracé ici, n’est pas exhaustif, il est jalonné de plusieurs autres travaux. Mais abrégeons : rodé et érodé par tant d’années de scène, M. Salamat ne fléchit pas. Avec son vieux compagnon de route, Taïeb Saddiki,  il attend la fin de la construction du Théâtre Mogador pour amorcer un nouveau virage théâtral prometteur.

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