Une pièce amazigh au théâtre Mohammed V

C’est dans une salle archi-comble que se sont produits avant-hier les acteurs de la troupe de théâtre Izourane. Cette troupe s’exprime en amazigh. La musique ahouache a fait patienter le public jusqu’au lever du rideau à 21 heures exactement, conformément à ce qui a été annoncé dans le programme. Cette ponctualité mérite d’être soulignée, d’autant plus qu’elle est rare dans les salles de théâtre. Le lever du rideau fait apparaître un décor très dépouillé où une toile représentant un village au pied d’une montagne va servir à un jeu de lumières très allégorique. Un projecteur dessine une lune dans le ciel du village. Cette lune va s’éteindre ; nous imaginons que le rayonnement d’une culture s’éteint en même temps que la lune. Cette première scène renvoie au titre de la pièce : «la lune obscure». Pourtant cette note allégorique est peu représentative de l’esprit de la pièce. Il ne s’agit en aucun cas d’un théâtre plongé dans le noir. «Tilasne wayour» est une pièce comique où son auteur (Ahmed Amal) a introduit, par moments, des revendications en faveur de l’enseignement de l’amazigh et de la liberté de la femme. Le metteur en scène Mohamed Dasser tient à préciser que «le questionnement du nouveau sens de l’autorité est à la hauteur des espoirs qui y sont fondés». Le décor de la pièce est très dépouillé, sommaire. L’entrée d’un fournil, des paniers, la toile de fond et quelques objets rustiques déposés par-ci par-là fournissent toute la scénographie de la pièce. Pourtant les acteurs réussissent à remplir le vide de l’espace par la seule grâce de leur jeu. Une mention très particulière à l’acteur Brahim Bencheikh qui a été la révélation de la soirée. Pas besoin de comprendre l’amazigh pour se laisser saisir par son jeu. Il exploite un type de comique rare dans notre pays, un comique de geste et de corps très personnel. Il aime de surcroît jouer, et cela se voit. Il a établi pendant le spectacle d’avant-hier plus d’une complicité avec les spectateurs. Brahim Bencheikh est un acteur qui a de la présence sur scène. Retenons son nom parce qu’il désigne un acteur qui a tout pour devenir une star du théâtre. On aurait pensé que «Tilasne wayour » constitue un événement trop important pour que l’on s’attarde sur sa qualité théâtrale. Rien de tel pourtant. En 1h 50 mn, cette représentation n’a pas ennuyé un seul instant les spectateurs. Il y avait évidemment au début le chant amazigh, l’ivresse de la langue, mais passé le moment de surprise, c’est à un moment de théâtre et de bon théâtre que les spectateurs ont été conviés.

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