Une plume libre s’est éteinte

Rarement l’on a assisté à une émotion aussi considérable après la mort d’une personne. Les témoignages pleuvent sur celle qui n’était pas pourtant du genre à concilier tout le monde. Admirée autant que redoutée pour sa plume aiguisée, l’éditorialiste du «Nouvel Observateur» est née en 1916 à Genève d’un père turque et d’une mère russe.
La première épreuve qu’elle a eu à surmonter est le récit de la phrase que son père a prononcée le jour de sa naissance: «Il voulait un fils. En me voyant, il a dit : « Quel malheur ! »», se souvient-elle. Après des études à Paris, Françoise Giroud a gagné sa vie en tant que scripte pour les réalisateurs Marc Allégret et Jean Renoir. Sa familiarité avec le 7ème art l’a naturellement préparée au métier d’assistante-metteur en scène qu’elle a exercé à partir de 1937. Elle a fait preuve de beaucoup de courage pendant la seconde guerre en ralliant très tôt les rangs des résistants. Elle a été arrêtée par la Gestapo et emprisonnée à Fresnes. L’histoire de l’intéressée avec le journalisme a commencé après la libération de Paris. Elle a fait ses preuves dans le magazine «Elle» où elle est très vite devenue directrice de rédaction. Elle a été engagée par Hélène Gordon-Lazareff, fondatrice de ce magazine.
C’est dans ce magazine que Françoise Giroud a développé son don de l’écriture journalistique. Elle a défendu le journalisme : «Ce n’est pas de la sous-littérature, c’est un genre en soi», disait-elle. Elle a aussi établi quelques règles d’or pour exercer le métier : «Inutile d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur vous a lâché à la quatrième», répétait-elle. En 1953, elle a fondé le magazine «L’Express», avec Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elle y a formé de nombreuses femmes journalistes.
Cette politique faisait partie de son engagement en faveur du féminisme, sentiment qui s’est exacerbé après sa séparation avec Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elle s’est sentie en effet trahie lorsque ce dernier a convolé en justes noces avec une autre. Elle s’est sentie poignardée lorsqu’il a vendu «L’Express». «J’aime beaucoup les hommes. Je considérais que c’était des gens très gentils avec des grands pieds et quelque lâchetés », disait-elle. Françoise Giroud est la première secrétaire d’Etat à la Condition féminine de 1974 à 76, avant de passer à la Culture (1976-77).
Durant ces années passées au gouvernement, elle a ouvert «à deux battants la porte de la vie de la France au rôle des femmes», selon les termes de Valéry Giscard D’Estaing, président d’alors. Sa défense de la cause féminine n’est pas toutefois aveugle. Elle a écrit dans ce sens : «La féminité n’est pas une incompétence. Elle n’est pas non plus une compétence».
Elle a soutenu en 1981 son ami François Mitterrand et s’est détournée de la politique pour s’engager dans l’écriture. Elle est l’auteure, comme elle féminise ce nom, d’une vingtaine de livres qui maintiendront vivant ce ton aigu qui caractérisait son écriture.

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