Une rencontre vivifiante

Il s’agit d’une expérience revigorante sur le plan du travail. Un peintre marocain, Saâd Hassani, et un écrivain français, Bernard Collet, ont initié ensemble un projet qui fera sans doute date à Casablanca. Ils ont invité trois peintres de renom pour réaliser des oeuvres dans le spacieux atelier de Saâd Hassani. Ils les ont invités sans l’aide d’aucune institution, comptant seulement sur l’amitié des artistes et l’hospitalité de quelques Casablancais amoureux de l’art. L’aspect informel de cette rencontre n’a en rien entravé la naissance des formes plastqiues.
Bernard Collet, un natif de Casablanca, s’est occupé pendant 25 ans d’art contemporain à Lyon. Il a exposé les trois peintres invités ici. « J’ai envie de rendre à Casa un peu de ce qu’elle m’a donné » nous confie-t-il. L’homme est avant tout écrivain. Un livre collectif intitulé « Casa central », et s’articulant autour de l’atelier de Hassani, sera présenté au public. Il comprend un beau texte de Bernard Collet où il écrit à propos du foundouk dans lequel se situe l’atelier : « Un morceau du temps s’est figé ici, la ville n’a pas englouti cette cour de résistance à tous les aménagements d’urbanisme, à toutes les spéculations foncières ». Il est vrai que ce foundouk semble se jouer du temps qu’il fait à Casablanca. Des artisans s’y activent quotidiennement. Les personnes qui pourront regarder le fruit du travail de cette rencontre, vendredi 17 mai à 20 h 30 à l’atelier du peintre Hassani, s’en apercevront. Au reste, les peintres invités sont Pierre Buraglio, Bernard Gracier et René Schlosser. Le premier va montrer au public une série d’oeuvres réalisées en 1986. Il s’agit de petites plaques de signalisation du métro parisien récupérées par l’artiste. Il les a intitulées « Métro Delarobia » en référence à des artistes florentins qui travaillent des grès, parfois émaillés en bleu. Ce titre constitue déjà l’une des clefs pour pénétrer dans l’univers de Pierre Buraglio. Le public pourra de surcroît apprécier un exemple des fameuses fenêtres de cet artiste. Au demeurant, le travail de Bernard Gracier est également fondé sur la récupération. Il a recyclé d’une façon ingénieuse des toiles de sacs de voyage, communément appelés Tati, et des sacs en plastique rayés que l’on vend dans les marchés. Ces sacs ont été étirés, et disposés, dans le sens horizontal des rayures, sur de petits châssis en bois.
Le résultat dégage un effet de transparence inouï, tout en renvoyant, d’une façon sans doute humoristique, aux sillons de Buren. En ce qui concerne René Schlosser, il réserve au public un travail d’une grande contemporanéité. De magnifiques tôles de toitures ondulées qu’il a aplaties sur des supports en bois. Les tôles sont en zinc. Elles ont subi l’épreuve du temps. Ont été marquées par mille et un accidents qui rendent leur surface semblable à un manifeste de la naissance de la plasticité.
L’intervention de l’artiste se limite au choix des morceaux de zinc et à leur découpage. Les trois peintres travaillent donc à partir de matériaux quotidiens. Ils transforment le banal en oeuvre d’art. Il est certain qu’après avoir regardé leurs oeuvres, l’on ne verra plus de la même façon une fenêtre, un sac en plastique ou une tôle en zinc.
L’objet le plus usuel est doté de beauté. Tout cela est très beau ! Mais cette fête aurait pu être totale si d’autres peintres marocains y avaient été conviés. Après tout, c’est cela le vrai sens de l’échange!

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