Une sacrée Hajja, bien de chez nous…

«Mnin Ana, Wamnin N’ta, Aalkhawa Ma goult ‘ib». La voix est chaude, aiguë, va en s’ouvrant, ample et porte très loin. C’est la voix de Hajja Lhamdaouia, qui depuis des décennies, a bercé des générations d’amateurs de son style de chant et que la deuxième chaîne de télévision nationale a eu la sympathique idée de programmer, lundi soir, à l’antenne, dans un petit documentaire intitulé sobrement « Moments avec Hajja Lhamdaouia », réalisé par Karima Lahlou du courant du cette année. On ne sait toujours pas si le titre Hajja, elle l’a eu en se soumettant, très précoce, aux obligations rituelles qui y sont afférentes, ou que ce fut simplement un sobriquet respectueux qu’elle a su mériter tout au long d’une carrière riche, variée, exaltante, un peu amère aussi du fait qu’elle arrive au soir de sa vie, bon pied bon oeil Dieu merci, et qu’elle se trouve presque seule, dans un modeste appartement de Casablanca ne recevant que très peu des marques de reconnaissance de tous ceux, nombreux, qui lui doivent beaucoup. Pourtant, elle n’en veut à personne en particulier. A peine si elle écrase une petite larme au coin de l’oeil lorsqu’elle évoque le souvenir de toutes ces « filles » qu’elle avait accueillies, chéries, initiées à la chanson populaire, qui ont fait carrière et qui ne daignent même pas lui envoyer un mot gentil. Sinon, elle garde en elle une joie de vivre une prédisposition au bonheur qu’elle partage sans compter avec tous ceux qui, l’espace d’un soir, d’une tranche de vie, d’une tournée, d’un voyage, d’une émission, d’une fête, ont eu à respirer cette sérénité et cette joie de vivre qui se dégagent d’elle. Le grand luthiste et directeur du conservatoire de Casablanca, Haj Younès (entre Haj et Hajja, la complicité est normale, diront certains!) va rappeler, lors de cette émission, la valeur artistique de notre Hajja nationale, qui a su très tôt trouver un ton et un style médian entre, d’une part, le populaire ancestral des plaines de l’Atlantique, notamment les fameuses Aïta-s dont «Mnin Ana…» est un exemple d’adaptation (elle est issue d’une chanson traditionnelle intitulée Kharboucha), et, d’autre part, le contemporain marocain initié par des noms du milieu du siècle dernier tels Fouiteh, Mazgaldi et autres Slaoui. Le musicologue fit aussi l’amère remarque que rien n’est fait hélas au niveau institutionnel pour conserver ce patrimoine très populaire et lui donner des chances de continuité et de survie. Venue d’abord du théâtre, Hajja Lhamdaouia va se consacrer à la chanson pendant près de cinq décennies, se produisant dans des cadres de spectacles formels et informels à travers l’ensemble du territoire national et dans de nombreux pays étrangers, notamment ceux qui accueillent de fortes communautés marocaines immigrées et parmi lesquelles la chanteuse compte des dizaines de milliers de fans. Elle n’est pas peu fière d’énumérer tous les grands noms de la chanson, qu’elle a côtoyés : Moh-amed Wahbi, Laânqa, Warda, Cheb Khaled, Bouchaïb et Ahmed Bidaoui et tant d’autres encore. Elle sait aussi se montrer affectueuse et maternelle avec son fils unique qui la vénère et nourrit un grand respect à son endroit mais qui lui a surtout donné de charmants petits fils avec lesquels elle pratique le subtil art d’être grand-mère. Rôle qu’elle aime tant à remplir entre deux tournées. Sacrée Hajja !

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