UNESCO : « la moitié des langues du monde menacée de disparaître »

Cette sixième édition de la Journée de la langue maternelle a été marquée au siège parisien de l’Unesco par une conférence sur la diversité linguistique et les difficultés rencontrées par de nombreuses minorités d’Amérique, d’Afrique ou d’Asie pour préserver leurs langues.

Le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, Koëchiro Matsuura, a souligné que la langue était profondément liée à l’identité d’une personne. Quand une langue meurt, "c’est une vision du monde qui disparaît", a-t-il dit alors qu’une langue s’éteint toutes les deux semaines en moyenne.

"Il ne faut pas que de telles langues disparaissent sous le poids d’autres langues, mais il faut en faire des moyens d’expression qui vivent et agissent aux côtés des grandes langues de cette Terre", a pour sa part déclaré Musa Bin Jaafar Bin Hassan, président de la Conférence générale de l’Unesco.

Mais il a reconnu qu’il était "difficile de faire face à cette marée de la globalisation" qui place l’anglais, lingua franca mondiale notamment portée par la culture de masse anglo-saxonne – films et musiques – dans une position de domination totale.

L’ancienne présidente de l’Islande, Vigdis Finnbogadottir, ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, a cité l’exemple de l’islandais, "dont le vocabulaire mais aussi, beaucoup plus grave, la syntaxe sont contaminés" par l’anglais, en raison notamment d’émissions ou de films anglophones diffusés abondamment en version originale sur les chaînes islandaises.

Sur internet, les sites offrent à 72% un contenu en anglais, la deuxième langue la plus présente étant l’allemand avec… 7%. Suivent le français, le japonais et l’espagnol avec seulement 3%.

Reste que plus de 90% des 6.000 langues du monde ne sont pas représentées sur internet et 20% d’entre elles n’ont pas de transcriptions écrites, a rappelé l’Unesco.

Le continent africain, qui "renferme le tiers des langues du monde", est particulièrement concerné avec 80% de langues uniquement orales, a relevé le président de l’Académie africaine des langues, Adama Samassékou.

L’Union africaine a décrété l’année 2006 celle de la protection des langues sur ce continent où les langues des anciennes puissances coloniales – anglaise, française, portugaise – restent dominantes dans plusieurs pays.

L’Unesco soutient notamment un projet de musée en Italie, "la Cité de la parole", pour préserver la mémoire des peuples sans écriture et éviter qu’"ils ne disparaissent comme s’ils n’avaient jamais existé", selon M. Bin Hassan. Ce musée pourrait voir le jour près de Turin dans un an et demi.

Un documentaire danois, mettant en lumière les problèmes linguistiques de minorités à travers le monde, a enfin été présenté en avant-première.

"Les Voix du monde" raconte comment plus de 90% des langues aborigènes d’Australie ont fini par disparaître et montre les déchirures au sein de la communauté indigène totonac du Mexique, en voie de perdre langue et traditions.

Une grand-mère ne parlant que le totonac s’insurge ainsi contre le fait qu’elle ne peut discuter avec ses petits-enfants qui, eux, ne parlent qu’espagnol, "langue moderne nécessaire" selon eux pour étudier ou trouver un travail convenable.

La honte de parler une langue minoritaire, parfois méprisée, est aussi évoquée, notamment en Chine, en Thaëlande, ou en Lettonie où le livonien, une langue finno-ougrienne, est aujourd’hui pratiquement éteint.

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