Vingt siècles sous les décombres

Vingt siècles sous les décombres

Citadelle bénite, Bam a résisté à tous les assauts, à toutes les guerres de conquête. Mais, la plus vieille forteresse médiévale de pisé a été détruite vendredi dernier, avec son célèbre donjon qui n’a pas résisté à la secousse tellurique. Le drame est d’abord humain : 50 000 personnes ensevelies sous les décombres devant le regard impuissant des millions de téléspectateurs du monde entier et le jeu macabre politicp-politicien d’une aide humanitaire qui a du mal à surpasser la géopolitique. Derrière cette grande catastrophe humanitaire, la voix de la culture a du mal à se faire entendre. Car de Bam la fière, de la citadelle de 2000 ans, il ne reste plus que poussières et gravats. Détruite, comme ces milliers de cités décrites dans les textes religieux. L’architecte Nematollah Kosh Daman ne peut retenir ses larmes devant un tel spectacle d’une ville de pisé, l’un des joyaux du patrimoine architectural mondial. Il y a en effet 250 années avant l’ère chrétienne, à l’époque de Parthe, que cette cité unique dans son genre fut construite. Cible de nombreux sièges et invasions, la citadelle a souvent été vaincue, mais plusieurs fois elle s’était relevée. La dernière invasion date à l’époque Safavide, entre le 16e et le 18e siècle. Tout le long du 20e siècle et à nos jours, Bam a symbolisé la grandeur de la civilisation perse. C’était l’un des meilleurs exemples des constructions urbaines de l’Iran Préislamique. C’était un carrefour important, en plein désert du Dasht-e-Kevir, une étape importante sur la route sud de la soie . Cette grandeur économique fut graduellement perdue avec le 20 e siècle au profit d’autres villes , plus modernes et plus adaptées au transport mécanique. Mais le prestige perdu de ce côté-ci est récupéré ailleurs dans le tourisme. L’attraction des chasseurs de sensations ne s’est pas fait attendre après la parution du film de Valerio Zurlini, « Le désert des Tartares », une oeuvre qui a contribué à ce rayonnement culturel. La citadelle était située à l’intérieur de la cité historique de Bam, d’une superficie totale de 200 km2, accolée à la ville qui porte le même nom. Longue de 300 mètres et large de 200, la citadelle, hérissée de créneaux et de tours d’angle, attirait en moyenne 300 000 touristes par an, aussi bien iraniens qu’étrangers. L’architecture de la ville témoigne de son passé belliqueux. La muraille est doté de 28 tours de guet, sur un éperon rocheux haut de 600 mètres. Elle n’était pas sans rappeler quelques vieux châteaux du moyen âge européen. La différence venant de ce que, contrairement aux forteresses européennes, ici, toutes les constructions sont en pisé, un mélange de terre argileuse et de paille, et en briques d’argile. Mais dans une zone où la tectonique des plaques confirme le plus sa théorie, de telles constructions étaient-elles viables? Le gouvernement iranien avait engagé un important programme de restauration, une partie de la vieille ville et de la citadelle avaient étaient restaurées. Après le tremblement de terre, il ne reste rien. Mais le président Mohammad Khatami a annoncé mardi qu’un comité d’experts étrangers détermineraient la meilleure façon de rebâtir la cité fortifiée. «Nous reconstruirons la citadelle de Bam en tant que symbole de 3000 ans d’histoire dans cette partie de l’Iran», a déclaré M. Khatami. Les organisations internationales comme l’UNESCO ou l’ONU ont déjà proposé leurs aides. Ce qui est sûr, il sera difficile de revenir au pisé ancien. Pourvu seulement que les normes anti-sismiques si nécessaires à la sécurité des habitants, se réconcilient avec cette dimension architecturale de la grande citadelle, et de ces deux grandes tours distantes de 40 mètres et vieilles de cinq siècle.

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