Youssef Benjelloun: «L’artiste ne doit pas s’emprisonner dans un même style»

Youssef Benjelloun: «L’artiste ne doit pas s’emprisonner dans un même style»

L’un des artistes-peintres pionniers des arts plastiques au Maroc, Youssef Benjelloun fait partie de la première génération d’artistes. Patrimoine, traditions, calligraphie, paysages, bijoux entre autres richesses patrimoniales, sont les sujets qui constituent ses œuvres. Actuellement, il prépare une grande exposition prévue à Casablanca. Il parle à ALM de la thématique de cette exposition, sa démarche artistique ainsi que de son inspiration.

ALM : Tout d’abord, quels sont vos projets ?

Youssef Benjelloun : Je prépare une nouvelle exposition prévue en octobre prochain à Casablanca. Cette exposition est soutenue par le BMCE Bank. À travers cette exposition, je montrerai mes nouvelles créations, fruit d’un travail de longue recherche.
 
Qu’est-ce qui particularise cette exposition ?

Après 50 ans de parcours, de création, de recherches et de lutte dans ce domaine, cette exposition est majeure pour moi. C’est une opportunité exceptionnelle d’exposer à la galerie de BMCE Bank. Ce projet  réunira une dizaine d’œuvres en grandes dimensions abordant l’univers. Je présenterai également une collection de sculpture exceptionnelle (2 mètres de hauteur). Il s’agit d’une collection assez volumineuse. Elle est créée à base de métal et de produits chimiques. Elle évoque le thème de la nature et tout ce qui vient de la terre.

Pourquoi avoir choisi l’univers comme thématique de vos œuvres ?

Je n’ais pas choisi l’univers. Je suis une partie de l’univers. Il existe des particules qui naviguent dans l’univers. Nous faisons partie d’une petite particule parce qu’il existe des milliards de systèmes solaires. Dans ce cas on ne peut pas se situer. Il existe donc un nombre infini d’images d’étoiles et de galaxies pouvant être vues sous différents angles et donc représentées différemment.

Vous avez également peint des zaouias dans vos œuvres, peut-on dire que vous êtes influencé par les zaouias ?

Un petit peu. Je suis né à la zaouia de Ouezzane. Je suis un homme accroché au soufisme et à la spiritualité. Après une longue recherche, je ne me suis pas emprisonné dans un style. Il fallait rentrer dans ce monde de la recherche, le travail de la gestuelle, de la couleur, de l’intérieur de vous-même.

Qu’avez-vous appris après plus de 20 ans de recherche ?

Un artiste ne joue pas avec le temps. L’artiste prend son temps et l’utilise dans la création. On est là positionné par Dieu. Chacun de nous fait quelque chose pour se situer, soit dans la société, soit dans le monde entier. Il y a des gens qui ont brillé, et il y a d’autres qui ont échoué.  

Parlez-nous de votre démarche artistique…

Je suis en train de fouiller encore dans un monde très difficile qui est l’art qui marche moins bien mais qui marche tout de même, qui est la gestuelle. Je peux dire que ma démarche est purement technique. C’est la chromothérapie, une technique qui utilise les ondes de couleur pour agir sur le corps et l’humeur. Ce monde-là m’aide à continuer vers l’inconnu, vers l’absolu.

Comment évaluez-vous la scène artistique marocaine ?

Il existe un lobby d’un certain nombre d’artistes qui monopolisent la scène. Il y a énormément d’artistes-peintres lauréats des beaux arts et sont cachés. Tout ce que je peux dire est que nous ne sommes pas de grands peintres. Les grands peintres ont disparu. L’artiste ne doit pas s’emprisonner dans un même style. Il faut aller vers la recherche et la découverte.

 

Biographie express de Youssef Benjelloun

Natif de la ville d’Ouezzane en 1942, l’artiste-peintre et sculpteur Youssef Benjelloun a fait des études sur les Arts appliqués à l’Ecole de Casablanca, suite auxquelles il expose ses 30 sculptures taillées à la main. Membre de la première association des artistes-peintres marocains, Benjelloun ouvre, en 1966, son cabinet de créations graphiques, puis, quelques années plus tard, s’envole vers l’Europe et les USA afin d’effectuer des stages de perfectionnement.

Depuis, ses prestations plastiques se sont multipliées dans différentes galeries et différents événements plastiques, couronnés en 1985 par une grande exposition individuelle à la galerie Bab Rouah. L’année 2007 marque la carrière de l’artiste avec l’obtention de la médaille d’argent qu’il reçoit de l’Académie des Arts-Sciences-Lettres de Paris. En 2014, il a été honoré par Marina Picasso, la fille du grand peintre Pablo Picasso, lors de sa participation à la rencontre internationale «Artistes du monde Cannes».

 

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