Zèle patriotique

Alors que le conflit palestinien-israélien s’enfonce davantage vers l’impasse, le Syndicat des journalistes palestiniens de la bande de Gaza vient de prendre une initiative controversée. Tout en dénonçant la participation d’enfants à des parades militaires, le syndicat a en effet interdit à tous les journalistes de photographier des enfants armés.
Dans un communiqué parvenu à l’AFP, le Syndicat affirme « qu’il est strictement interdit de photographier ou filmer des enfants portant des armes, car cela représente une violation flagrante des droits de l’enfant, et ces images nuisent à l’image de la Palestine ». Le syndicat argumente cette décision par le fait que certains photographes sont manipulés et font le jeu d’Israël.
« Nous avons des preuves que certains photographes ou cameramen continuent de manière suspecte et sans précédent » à faire le jeu d’Israël, « en faisant passer la lutte du peuple palestinien pour du terrorisme », ajoute le communiqué. Cette interdiction s’applique aussi bien aux journalistes locaux qu’étrangers, précise le texte, ajoutant que les contrevenants auront à répondre à des interrogatoires du syndicat, ou des autorités, s’ils n’en sont pas membres. D’un autre coté, le Syndicat mène une lutte acharnée pour éradiquer l’implication des enfants dans les opérations militaires. « Nous appelons les différentes organisations » palestiniennes « ainsi leurs branches armées ne pas utiliser des enfants, à ne pas leur faire porter des armes et à ne pas les entraîner au maniement d’armes » ajoute le texte. « Les factions politiques et leurs branches armées ne doivent pas se servir d’enfants, les revêtir d’uniformes militaires, et les faire parader », souligne le Syndicat. Il avertit en outre que tout journaliste palestinien ayant recours à des mises en scènes ou « fabriquant de toute pièce des photos ou des films montrant des enfants armés (…) ou des personnes encagoulées sera interrogé par le Syndicat et les autorités ». Dans la même envolée, le Syndicat menace aussi d' »imposer un boycott médiatique » à tout mouvement palestinien « qui utilise des enfants dans des activités à caractère militaire, ou des hommes encagoulés qui apparaissent en toute occasion. »
Ce dispositif de censure sans précédant émanant d’un organe syndical de presse à soulevé de vives critiques chez les autres acteurs médiatiques exercent en territoires palestiniens. Ainsi, l’association des journalistes de la presse étrangère en Israël et dans les territoires palestiniens s’est dite « extrêmement préoccupée » par le contenu de ce communiqué. Elle a demandé en outre au syndicat des journalistes palestiniens de la bande de Gaza de se rétracter. « Le rôle de la presse étrangère n’est pas de protéger ou diffamer tel ou tel régime, mais de rapporter des informations » a indiqué dans un communiqué l’Association de la presse étrangère en Israël. Ce qui relève du bon sens, puisque le métier de journaliste consiste en premier lieu à relater d’abord les faits.
L’association a par ailleurs soutenu, par principe, toute action visant à protéger les droits de l’enfance. Rappelons enfin que la plupart des photographes travaillant dans les territoires palestiniens, même pour les médias étrangers, sont Palestiniens. Affaire à suivre.

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