6ème Forum des Centraliens Supélec : Les enjeux de l’industrialisation de l’Afrique en débat

6ème Forum des Centraliens Supélec : Les enjeux de l’industrialisation de l’Afrique en débat

Le temps de l’Afrique industrielle est arrivé. C’est la conviction exprimée par les participants de la plénière du 6ème Forum des Centraliens Supélec qui s’est déroulée le 19 février à Casablanca.

«Si le 19ème siècle a connu l’industrialisation de l’Europe, la première moitié du 20ème siècle celle de l’Amérique du nord, et la seconde moitié du 20ème siècle celle de l’Asie, le 21ème siècle connaîtra l’émergence industrielle du continent africain», souligne Mustapha Metaich, président de l’Association des Centraliens Supélec Maroc à l’ouverture de ce Forum. Bien que l’Afrique regorge de ressources importantes et bénéficie d’atouts considérables, ce continent fait face à de nombreux défis.

Dans ce sens, cette sixième édition est axée sur trois points fondamentaux. Pour les organisateurs de ce forum, il ne pourrait y avoir de développement soutenu et de croissance durable de l’économie du continent africain sans une industrie locale forte et compétitive tirant partie des atouts du continent. Secundo, le continent est capable d’attirer des capitaux orientés vers l’investissement industriel. Tertio, l’industrie demeure un modèle de développement inclusif capable d’absorber une quantité importante de main-d’œuvre et donc réduire les inégalités sociales et retenir les ressources humaines sur le continent.

En sa qualité de président de l’Association des Centraliens Supélec Maroc, Mustapha Metaich a lancé un appel depuis Casablanca pour une industrialisation inclusive de l’Afrique. Il a également appelé tous les acteurs institutionnels africains à réunir leurs efforts et leur énergie pour engager un large débat sur la place de l’industrie dans le développement social et économique des pays africains. S’exprimant lors de ce forum, Mustapha Bakkoury, président de la Région Casablanca-Settat, a mis l’accent sur le rôle des acteurs locaux et l’importance d’accroître la compétitivité des territoires. A cet égard, il a souligné que le développement passe par le renforcement des infrastructures industrielles, de la logistique, de la formation et aussi le travail en commun avec d’autres territoires.

Abordant le rôle de l’innovation dans le développement des territoires, Mustapha Bakkoury a dévoilé à cette occasion qu’au début du mois de mars, une première initiative en direction des acteurs de l’innovation et du numérique avec l’île-de-France et certaines capitales africaines verra le jour. De son côté, Mohamed El Kettani, président-directeur général du Groupe Attijariwafa bank, a soulevé la question du capital humain. «La meilleure de notre élite aujourd’hui rejoint les pays développés. C’est une problématique cruciale pour le continent», a-t-il fait remarquer. Il a ainsi expliqué que l’Afrique doit trouver son propre modèle de développement et revoir ses politiques de formation et de qualification des ressources humaines. Pour M. El Kettani, l’Afrique fait également face à un manque en infrastructures et il est primordial de résorber ce déficit. Quant à l’ancien chef du gouvernement tunisien Hamadi Jebala, il souligné qu’il faut encourager les PME à créer les richesses et les emplois et investir dans le savoir et la formation pour qualifier les ressources humaines.

Questions à Said El Baghdadi, vice-président de l’Association des Centraliens Supélec du Maroc

ALM : Quelle est la finalité de ce 6ème Forum ?

Said El Baghdadi : C’est un forum que nous avons créé il y a bientôt dix ans maintenant et qui chaque deux ans traite d’une thématique importante pour le Maroc et pour le continent africain. La première journée est dédiée aux ateliers d’experts. Durant ces ateliers les experts débattent des thématiques choisies pour le forum et la deuxième journée est une séance plénière à laquelle assistent près de 250 personnes et à laquelle nous convions des dirigeants politiques, des dirigeants d’entreprises et des personnalités de la société civile. Pour cette année nous avons choisi le thème de l’Afrique industrielle co-émergence inclusive.

«L’Afrique industrielle : Pour une co-émergence Inclusive » pourquoi le choix de cette thématique précisément ?

On part d’un constat terrible pour le continent africain, c’est que celui-ci est aujourd’hui sous-industrialisé. L’industrie représente moins de 10% du PIB en Afrique et pourtant le continent regorge de richesses. C’est l’un des continents les plus riches en matières premières et en matière agricole et il est anormal que l’Afrique se contente d’exporter ses richesses à l’étranger pour être transformées et revenir vers elle. Quand on voit le nombre d’Africains qui est près de 1 milliard et qui devrait avoisiner 2 milliards en 2050, quand on voit la richesse des ressources humaines, le potentiel de la jeunesse africaine, on se pose la question pourquoi ce continent n’arrive pas à décoller industriellement? L’une des principales contraintes est le financement, l’autre contrainte c’est le choix des industries à développer. L’objectif des ateliers organisés auxquels nous avons convié des experts est justement de proposer des recommandations qui vont dans le sens de l’industrialisation de l’Afrique. A l’issue de ce Forum nous allons publier le livre blanc de l’Association des Centraliens Supélec. Dans ce livre, nous allons lister l’ensemble des recommandations que nous allons transmettre aux décideurs politiques, aux entreprises et aux patrons d’associations. Il sera publié sur notre site web.

Comment le Maroc peut-il contribuer à cette industrialisation de l’Afrique ?

Le Maroc peut contribuer d’abord par son expérience, notamment par les plans qu’il a déjà élaborés. Quand on voit le Plan Maroc Vert, quand on voit le Plan Emergence par exemple, ce sont des expériences qu’on peut partager avec nos pays frère africains. Mieux encore la PME et l’entreprise marocaine peuvent tirer profit de cette alliance Sud-Sud. Il y a énormément d’opportunités qu’il faut saisir. Les phosphates c’est déjà le meilleur exemple. On voit bien qu’OCP a entamé des investissements un peu partout en Afrique subsaharienne. Dans le domaine des énergies renouvelables nous savons que Masen a des projets qu’elle est en train de déployer un peu partout en Afrique aussi. On peut également citer l’industrie sucrière avec Cosumar qui est en train d’installer des usines un peu partout, ou encore en cimenterie… il y a énormément d’opportunités qui ont réussi au Maroc et qu’on peut déployer dans les autres pays africains.

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