À l’épreuve de la libéralisation

Son devenir dépend de sa capacité à amortir les chocs qui résulteront de l’ouverture sur les marchés européen et américain. Malgré les fréquentes sécheresses qui frappent le Maroc, le secteur agroalimentaire continue à peser fortement dans l’économie nationale. Il emploie un peu plus de 40% de la population active et permet de générer environ 18% du produit intérieur brut (PIB). Financièrement, le chiffre d’affaires généré par les activités liées à ce secteur se situe à hauteur de 60 milliards de DH, soit 34% du chiffre d’affaires industriel et 5,3% du PIB national.
Cet apport économique substantiel fait de lui, le premier secteur industriel du pays devant la chimie et le deuxième employeur avec le textile avec 103.600 emplois directs.
Quant aux exportations agricoles, elles rapportent près de 30% de la valeur des exportations totales en devises bénéficiant ainsi pour la plupart d’avantages comparatifs liés au faible coût de la main-d’œuvre et des techniques modernes de production. Le secteur de l’agro-industrie demeure, pour sa part, axé sur le marché intérieur avec l’écoulement de 75% de la production totale, le reste étant exporté.
Son apport représente 36% de la valeur ajoutée totale du secteur industriel avec près de 1.640 entreprises dont la moitié sont des établissements publics. Ce secteur se caractérise également par une dualité horizontale qui permet de distinguer deux sous-secteurs, l’un moderne et basé sur les techniques de production intensives orientées vers l’exportation et l’autre traditionnel et très faiblement équipé ayant comme objectif le marché intérieur. Pour la première catégorie, elle est constituée des conserveries : fruits, légumes, et poissons. Quant à la seconde, elle comprend principalement les produits de base : farine, sucre et huile.
D’autres produits sont partie intégrante de l’industrie agroalimentaire. Il s’agit des produits laitiers, les jus, les plantes aromatiques et médicinales, le vin, les boissons, les huiles d’olive, les pâtes alimentaires et le café soluble.
Malgré son importance de sa part dans l’économie nationale, la productivité du secteur agricole demeure encore faible en raison de plusieurs contraintes naturelles, techniques et économiques. La sécheresse et la pénurie en eau ont entraîné ainsi l’accentuation du phénomène de l’exode rural vers les périphéries de villes et par conséquent l’abandon de l’activité agricole par les familles installées dans les petites exploitations agricoles.
C’est ce qu’explique le choix par le Royaume, pour garantir une production agricole soutenue, l’implantation des barrages et la réalisation de petite et moyenne alternatives hydrauliques (lacs collinaires, la réfection de canalisation et les citernes). Sur un autre volet, au-delà des contraintes climatiques, la libéralisation pèse lourdement sur l’avenir des producteurs agricoles. En effet, l’activité agroalimentaire fonctionnait historiquement sous le contrôle presque total des pouvoirs publics pour des raisons de politique d’autosuffisance alimentaire. Cet interventionnisme s’est atténué sous l’effet du processus de Barcelone et la multiplication des accords d’association avec l’Union Européenne. L’érosion du statut préférentiel dont ont toujours bénéficié les exportations a entraîné leur chute de 3% alors qu’elles réalisaient auparavant dans la décennie 80-90 une croissance à deux chiffres (entre 8 et 15%). Cette tendance baissière a encouragé le virage des exportateurs vers le marché intérieur. Ce dernier sera un marché à grand enjeu surtout après la constitution de la zone de libre-échange avec l’U.E d’ici 2010. Autre challenge qu’affronte le secteur, les conséquences de l’accord de libre-échange avec les Américains. La conclusion d’un partenariat avec les USA suscite des inquiétudes parmi les professionnels. Ces derniers plaident pour un traitement qui dépasse la vision purement commerciale surtout que les producteurs ne sont pas prêts à une libéralisation ni à court ni à moyen terme.

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