À l’épreuve de la mondialisation

Conformément aux objectifs que le séminaire permanent « développement alternatif » s’est fixé depuis son lancement en 1998 avec l’appui de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al-Saoud, les travaux des chercheurs ainsi que leurs interventions font l’objet d’un recueil édité par la Fondation. L’édition 2003 a été dirigée par le professeur Driss Khrouz. Pour l’universitaire, la mondialisation des échanges, sous l’emprise de la spéculation financière internationale, incite à un nouvel examen des questions économiques en général et celles du développement en particulier. « Les modalités d’action et de réaction des acteurs se sont totalement transformées. La mondialisation de la marchandise véhicule une nouvelle conception de la culture et de l’être, l’avoir tend de plus en plus à prédominer », précise Driss Khrouz. De support matériel et de cadre d’organisation sociale du travail humain, le marché est de plus en plus présenté comme une finalité, comme un ultime objectif. «Veut-on en faire une valeur ?», s’intérroge -t-il. L’histoire de l’humanité, est-il rapporté, enseigne que les phénomènes politiques et économiques ne valent que par les valeurs humaines et culturelles qui les supportent. L’économique n’ a de sens que par rapport à une éthique sociale et à ses fondements spirituels et philosophiques. C’est l’une des raisons majeures qui expliquent l’exacerbation des questionnements religieux, éthique et culturel depuis trois décennies. «C’est ce qui permet aussi de comprendre le poids des intégrations économiques régionales », estime Driss Khrouz. Le premier axe du séminaire a porté sur l’économie solidaire et les formes locales de développement. Miguel Angel martinez a renseigné sur le développement social, mondialisation et citoyenneté. Aït Haddou et M. Jaouad, de leur côté, ont traité de l’économie sociale au Maroc : approches méthodologiques et acteurs en présence. Quant à Michèle Kasriel, elle a renseigné sur l’organisation du champ associatif entre mythes et réalités. Mohamed Fouad Ammor a axé son intervention sur le développement local à l’épreuve de la mondialisation. En résumé, la mondialistion financière et technologique est l’expression économique du libéralisme politique. Elle est un pouvoir. Des contre-pouvoirs sont naturellement engendrés. Il ne s’agit pas de génération spontanée mais d’articulation entre les phénomènes globaux. La nature et l’action de l’Etat sont en cause. La conception et l’organisation de l’entreprise, du travail et du syndicalisme sont fortement interpellés. Le politique, en tant qu’expression civique de la chose publique, est ébranlé. « Face à ces questions nouvelles, les anciennes réponses en sont plus adaptées. Des réponses mieux appropriées sont nécessaires. Cela suppose au préalable de comprendre la dimension et les implications de cette équation qu’est la mondalisation », estime le professeur Khrouz. Le développement local et toutes les formes de l’économie sociale ne sont pas des phénomènes nouveaux. La mondialisation ne l’est pas non plus. Ce qui est nouveau c’est la façon dont ils s’expriment et évoluent sur le terrain au fur et à mesure que la finance et les nouvelles technologiques de l’information et de la communication transcendent tous les obstacles traditionnels, et déterminent en toutes libertés, leurs choix en fonction de leurs seuls intérêts et projets. Au Maroc, comme dans tous les pays du monde, l’intérêt de plus en plus grand que la société porte au développement local et à l’économie solidaire n’est pas une simple question de conjoncture ou un effet de mode. «On peut avancer que ce sont les exigences nées des mutations sociales et économiques qui ont rendus cela indispensable et urgent. », explique le professeur Khrouz.

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