A qui profitent les recettes du tourisme ?

A qui profitent les recettes du tourisme ?

Peter Keller n’y va pas par quatre chemins. Pour cet expert, directeur du Tourisme du gouvernement suisse et président de l’AIEST (Association internationale des experts scientifiques du tourisme),  «ce ne sont pas tous les pays qui doivent faire du tourisme».  A l’exemple de l’industrie automobile, exclusivité d’une dizaine de nations de par le monde, « il y a des pays à vocation touristique et d’autres qui ne le sont pas», martèle-t-il lors d’une conférence-débat tenue le 18 mars en marge de la réunion du Comité exécutif de l’association qu’il préside. «Que peut rapporter le tourisme à une pauvre île du Pacifique, ne présentant pas de grands attraits et n’ayant pas des infrastructures ? », s’interroge l’expert.
 Partisan du tourisme en tant que discipline scientifique, M. Keller ne pouvait aborder un sujet aussi délicat en faisant économie des chiffres et des études comparées. «La part du tourisme dans le PIB est d’autant plus élevé que ce pays est pauvre», remarque-t-il, avant de ranger le Maroc dans les pays intermédiaires, ceux qui sont en plein essor.
Justement, entre le Royaume, qui regorge «d’attractions culturelles et naturelles» et la Suisse «qui n’a que ses montagnes», deux pays au demeurant différents, se pose pourtant un même problème : celui de la répartition de la manne touristique. «Je suis surpris de voir dans une étude récente (celle du Haut Commissariat au Plan en l’occurrence) que la périphérie de Marrakech est l’une des plus pauvres du Maroc », s’étonne Othman Chérif Alami, président d’Atlas Voyages et l’un des sept Marocains membres de l’AIEST.
Présent et également membre de cette association (il fut le premier Africain et Arabe à y être admis d’ailleurs), Abderrahim Daoudi, du ministère du Tourisme, rappelle que la réflexion entamée depuis un certain temps au Maroc, raffermie par l’INDH, a débouché sur la visite de délégations officielles marocaines dans certains pays touristiques afin de s’imprégner de leurs démarches.
En Suisse, il y a des mécanismes de redistribution de la manne touristique, des  grandes agglomérations vers les centres ruraux. Au Maroc, où les professionnels du tourisme ont accepté de doubler leurs contributions dans la taxe de la TPT (promotion touristique), «ne faudrait-il pas réfléchir à consacrer une partie de l’argent aux régions», suggère M. Alami.  Un vœu pieux ? En tout cas, avec ou sans répartition, les recettes du secteur sont en pleine expansion, rappelle l’Espagnol Augusto Huescar Martinez, membre de l’AIEST, mais qui s’exprimait sous sa casquette d’expert de l’Organisation mondiale du tourisme. «Il  y a un problème de redistribution de richesses du tourisme au sein d’un même pays, mais pas entre les Etats. En 1957, 97% du tourisme international étaient concentrés dans 15 pays, l’Europe Occidentale et l’Amérique du Nord notamment ».
En 2005, le rapport tend vers l’équilibre avec 50% de la manne touristique concentrée dans les pays émergents et, le reste, dans les 15 pays ». Cette redistribution des cartes, accélérée par la mondialisation et l’arrivée de nouvelles destinations dans l’échiquier des voyages, s’effectue avec une croissance très forte. Entre 1950 et 2005, les recettes du tourisme ont augmenté 36 fois. Mais à qui profitent-elles ?
Cette croissance ne profite pas aux destinations abonnées au tourisme de masse (faible valeur ajoutée) et à ceux qui n’ont pas une stratégie d’implantation dans les pays émetteurs.
 « A l’exemple des Egyptiens, des Tunisiens et des Grecs, le Maroc gagnerait, explique M. Alami, à installer ses propres  TO même mono-destinations, dans certains pays ».  Une option possible avec l’Open Sky. C’est vrai, mais tout cela implique une volonté politique, rappelle Augusto.
Le débat, qui a passé en revue l’actualité touristique, se referme sur les budgets de promotion touristique, en augmentation depuis 2001. L’AIEST publiera prochainement les résultats de son étude sur le marketing touristique.

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