À quoi sert l’office du tourisme ?

À quoi sert l’office du tourisme ?

Dans son large bureau donnant vue sur le Oued Makhazin, du nom d’une célèbre bataille, le nouveau directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), Abbès Azzouzi, n’en est pas à sa première confrontation avec les anciens  cadres de cet établissement octogénaire, datant de 1917… Pourtant, ni le silence des lieux, ni l’atmosphère détendue qui s’en dégage ne semblent trahir, de ce climat de tension que l’on devine dans les communiqués syndicaux adressés régulièrement à la presse.  L’on s’attendait à trouver une petite Kosovo, des éclats de voix, un personnel embrigadé, le brassard rouge au bras, prêt à en découdre. L’on découvre une sorte de  Suisse aseptisée, des couloirs dégagés, respirant le détergent, et  un personnel presque invisible, mis au pas sûrement par le nouveau système d’évaluation des compétences.
Mais, passé cette fugace impression de calme, la réalité reprend vite le dessus. Les cadres de l’ONMT sont à couteaux tirés. Du fond de son bureau,  le nouveau directeur général tente depuis sa nomination, le 23 juillet 2004, de s’imposer à un personnel qui lui reproche d’être un «parachuté», un «homme qui n’a rien à voir avec le secteur».
Des qualificatifs qui font juste sourire le principal intéressé, devenu désormais Calife à la place du Calife. Mais qu’a-t-il fait depuis une année à la tête de l’ONMT ? Les opérateurs du secteur, ceux de Tanger en tout cas, lui reprochent de faire peu de «terrain». En fait, Abbès Azzouzi est en train de restructurer.
Dans le silence de l’entre midi et deux de ce vendredi 10 juin, et entre deux coups de dents sur un sandwich froid (Il  est déjà à l’horaire continu), le directeur général explique sa stratégie . L’homme livre l’avancée de son chantier en un seul chiffre : 100 millions de dirhams. C’est désormais le coût de fonctionnement de l’ONMT au terme de l’année 2005. En d’autres termes, ces charges après avoir constitué jusqu’à 40% du budget global de l’Office retomberont à 22% à la fin de l’exercice en cours.
 Un succès relatif puisque obtenu au forceps, avec des méthodes musclées, aime-t-on à le rappeler de source syndicale. Azzouzi s’en défend. Les quarante personnes parties l’ont fait à travers une formule du départ volontaire. Des allègements intervenus sans doute entre 2003 et 2004, car, pour l’année en cours, la formule de départ volontaire sommeille encore dans les couloirs du ministère des Finances, en attendant l’approbation.
Outre ces quarante départs, le DG parle d’une dizaine de fonctionnaires fantômes démasqués et donc congédiés.
Côté syndical, on reproche à M. Azzouzi de faire le vide pour mieux recruter.
«Les partants ont été très vite remplacés par des cadres recrutés par l’actuel directeur Général», explique-t-on. De plus, poursuit le même syndicaliste, «en 2005 nous n’avons pas eu un seul départ volontaire. Mais par contre, il y a eu beaucoup d’arrivées volontaires» !
Le nouveau DG a apporté dans ses valises, en effet, neuf cadres, issus de secteurs divers. En tout, entre l’arrivée de Azzouzi à l’ONMT et la date d’aujourd’hui, il y aurait 22 recrus, déclare-t-on de source UGTM. Ces contractuels ont été toujours tolérés par les Finances, la coutume à l’Office voulant que chaque nouveau directeur apporte deux fidèles avec lui. Mais, témoigne un ancien de l’Office, « jamais nous n’avons eu un tel ras de marée » !. «C’est anti-statuaire, la Cour des Comptes doit venir vérifier par là », lance-t-il. Il faut le dire, Abbès Azzouzi, n’a fait que suivre la politique de son prédécesseur, Fathia  Bennis qui avait imposé six contractuels dont certains sont aujourd’hui nommés à des postes importants. « La Direction des Marchés » aurait ainsi été taillée sur mesure pour Jamal Klito, aujourd’hui nommé en Allemagne. Il sera remplacé par une nouvelle recrue venue de Coca Cola et qui, visiblement, est en train de s’acclimater au tourisme.
De plus, ce qui n’est pas pour calmer les esprits, ces «contractuels» perçoivent,  pour la plupart cinq fois le salaire d’un cadre échelle 10 ou 11. Azzouzi explique les nouveaux apports par la nécessité de l’Office de se recentrer sur son métier de base, à savoir la promotion. Convaincu de la justesse de sa démarche, l’homme fort de l’ONMT a pris des décisions pour le moins impopulaires.
 Le personnel est désormais obligé de signer une feuille de présence et de rendre compte de ses activités dans des rapports réguliers. De plus,
«l’évaluation ne se basera plus sur l’ancienneté mais la compétence», déclare le directeur général qui, du coup, vient de supprimer la prime annuelle que percevait chaque employé. «Désormais seuls ceux qui le méritent l’auront ». Cette «restructuration » touche aussi le personnel de l’ONMT à l’étranger. Des toilettages  ont visé le bureau de New York, désormais rattaché à la représentation de la RAM, presque dès le lendemain de la nomination de Azzouzi.
Quant à la représentation de Barcelone, mise en place sous l’ère de Fathia Bennis, elle ne sera pas fermée, mais deviendra une simple dépendance de l’ONMT -Madrid : «pourquoi deux gros salaires de délégués dans un même pays?» s’interroge M. Azzouzi qui entend rattacher le bureau catalan à celui de Madrid.
Mais problème tout de même. Des cadres rappelés à l’extérieur se retrouvent sans fonction précise à Rabat, parce qu’il n’y a pas de «postes vacants ».  Malgré cet élan dans la restructuration, les effectifs de l’ONMT restent importants. En tout, 120 personnes au demeurant siègent, 80 dans les délégations à l’étranger et le reste (soit une centaine), éparpillé dans les écoles de formation et les délégations du ministère du Tourisme. La guerre de la restructuration est loin d’être gagnée. Ces chantiers internes menés parfois avec passion ont-ils distrait le directeur général de l’ONMT au point d’oublier l’immensité de l’action promotionnelle en externe?  A l’entendre, la réponse est évidemment non. L’Office est en train de mettre en place un chantier triennal avec des objectifs par marché basés sur un certain nombre de critères dont les arrivées, les nuitées et les durées moyennes de séjour. Un projet qui, gageons-le, n’aura pas les mêmes retards que la réforme de la TPT qui n’en finit pas d’être annoncée.

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