Abdelouahed Fikrat: «Le Maroc a fait de l’adaptation l’une de ses priorités»

Abdelouahed Fikrat: «Le Maroc a fait de l’adaptation l’une de ses priorités»

Entretien avec Abdelouahed Fikrat, secrétaire général du ministère de l’environnement

J’espère que nous allons avoir des pistes encore plus intéressantes pour aller de l’avant. L’enjeu c’est d’avoir des financements et convaincre les pays développés à financer ce type de projets.

ALM : Quel est l’objectif de la réunion d’aujourd’hui ?

Abdelouahed Fikrat : La métrique d’adaptation, comme vous l’avez certainement entendu dans la séance d’ouverture, est quelque chose de difficilement appréhendable aujourd’hui et est sur la table des experts de plusieurs pays, de plusieurs organisations y compris des experts nationaux. L’objectif c’est de débattre ensemble pour essayer de clarifier quelques principes et essayer de sortir quelques orientations qui vont nous servir, notamment à la COP22 à Marrakech, pour pouvoir mettre cela dans le canal de prise de décision. En résumé, il s’agit en fin de compte de dire quand on veut présenter un projet d’adaptation en tant que tel pour le financer par la communauté internationale, comment l’argumenter ? Comment justifier que c’est un projet qui est réellement lié à l’adaptation aux changements climatiques? La difficulté vient du fait que très souvent on n’a pas la capacité de démontrer que ce projet va contribuer en termes chiffrés comparativement par exemple à l’atténuation. Car pour l’atténuation, il suffit de regarder quel est le volume de CO2 ou de gaz à effet de serre qui était réduit en faisant un projet d’atténuation.

Donc là, la mesure est très facile et peut parfaitement comparer les projets. Pour l’adaptation c’est beaucoup plus compliqué. Une des pistes est de mesurer l’impact des projets d’adaptation par la sauvegarde que nous allons faire en termes de dégâts si nous ne faisons pas ce projet. Par exemple dans un territoire donné si je ne fais rien je vais avoir des inondations, qui sont les conséquences des changements climatiques. Des inondations violentes qui vont avoir des répercussions graves en termes de dégâts, il faut l’espérer, les moins humains possibles. On peut faire une estimation des dégâts causés et c’est à travers ces dégâts que nous allons dire si on fait un projet d’adaptation. Nous allons pouvoir préserver et éviter tant de dégâts en termes de dollars ou en termes de territoire qui seront protégés, qui seront résilients, etc. ça c’est l’une des pistes, qui est trés liée à la logique des assurances. Une autre piste, c’est celle des populations qui seront rendues résilientes grâce à ce type de projets. Si je construis un barrage dans un territoire donné, cela va me permettre de garantir à une population de tout un bassin la possibilité de continuer à vivre, de continuer à faire de l’agriculture. On peut à partir de là calculer le nombre de populations concernées. En somme, ce sont quelques pistes mais qui malheureusement ne sont pas facilement identifiables et qui sont difficiles à agréger et c’est pour cela qu’il y a ce débat aujourd’hui. J’espère que nous allons avoir des pistes encore plus intéressantes pour aller de l’avant. L’enjeu c’est d’avoir des financements et convaincre les pays développés à financer ce type de projets.

  

Quel sera l’apport du Maroc en matière d’adaptation durant la COP22 ?

Le Maroc a fait de l’adaptation l’une de ses priorités. Nous sommes attendus par les pays en voie de développement, notamment les pays africains. Nous avons une responsabilité de pouvoir avancer sur ce dossier-là et de pousser à ce que la communauté internationale donne de l’importance à l’adaptation. Parce qu’aujourd’hui, c’est l’atténuation qui a souvent la primauté. Sur ce côté-là la présidence marocaine entend bien faire valoir cette logique. Le Maroc, en tant que pays partie et avec le ministère qui est responsable de la négociation directe au niveau de la communauté internationale, va défendre cela. Il faut qu’on ait une quote-part importante pour les projets d’adaptation, pour notre pays, pour l’Afrique et pour les pays en voie de développement en général.

Leila Ouchagour

(Journaliste-stagiaire)

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