Abderazzak El Mossadeq n’est plus

Abderazzak El Mossadeq n’est plus

La voiture, une BMW, « a percuté une remorque dont le chauffeur a subitement freiné pour éviter de percuter un camion qui le précédait. Au moment du freinage, l’arrière de la remorque a déraillé, bloquant ainsi les deux voies du couloir de l’autoroute », nous déclare un témoin oculaire. Le couloir ainsi fermé, le peu de distance qui séparait les deux véhicules ne lui laissait aucune chance. Le choc est direct, violent. Au volant de sa voiture allemande, Abderazzak El Mossadeq, ancien ministre délégué chargé des Affaires générales, des Affaires économiques et de la Mise à niveau de l’économie, n’a pu rien faire pour éviter l’accident. Mort sur le coup. Les airbags qui se sont déclenchés ne lui étaient d’aucun secours. La nouvelle tragique de son décès brutal a suscité un grand émoi dans le microcosme politique et économique où le défunt comptait de nombreux amis.
La disparition de M. El Mossadeq a mis cruellement fin à une vie et une carrière remplies, entamées dans les amphithéâtres des grandes écoles d’ingénierie, d’un côté comme de l’autre du pupitre et achevée dans ce grand théâtre qu’est la vie politique, avec ses moments de gloire et de succès comme ses moments de déchéance et l’obligation d’en sortir. Par la petite ou la grande porte ? C’est selon. Mais on gardera de ce personnage hors du commun sa jovialité, sa bonne humeur, son dynamisme et sa simplicité, mais aussi et surtout son intelligence et sa capacité de travail. A l’époque où il était en charge des Affaires générales, son entourage nous racontait qu’il était à son bureau avant tout le monde. A 7h30, il n’était pas étonnant de le voir s’activer dans les couloirs. C’était un grand sportif. Il n’y avait qu’à le voir pour s’en rendre compte.
A 56 ans, Abderazzak El Mossadeq avait plus d’une leçon de jeunesse à donner. D’élégance aussi. Même s’il a toujours eu du mal à fermer le bouton de son col. Il disait que c’était la marque indélébile de l’aise et le confort des années paisibles et décontractées dans l’enseignement, du temps où il était enseignant vacataire à l’INSEA (Institut national de la statistique et de l’économie appliquée, Rabat) de 1972 à 1983. Une fonction qu’il a occupée parallèlement à plusieurs autres postes administratifs. Le tournant a eu lieu en 1998, date à laquelle il a été nommé directeur général de l’Administration des douanes et impôts indirects. Depuis, d’une administration bureaucratique, déficitaire, la douane a fait bien du chemin.
Simplification des procédures, assainissement, optimisation des résultats, valorisation de ressources humaines. Et c’est à lui qu’on doit cette mue qui a tout d’une révolution. L’homme n’aimait pas pour autant parler de lui. Il laissait ses actes témoigner de ce qu’il est. Mais s’il est un signe particulier qui l’a toujours caractérisé, c’est bien les mathématiques. Car El Mossadeq faisait partie de ceux pour qui cette discipline était un état d’esprit, une ligne de conduite, une façon d’être. Une manière aussi de voir les choses. Difficile donc de le considérer comme un politique à part entière. Lui s’en défendait. «Si ne pas être politique veut dire la non appartenance à un parti politique, je vous le concède, c’est un fait. Si c’est l’absence de la politique que vous insinuez, ce serait grave. Un individu, un citoyen, quel qu’il soit, avec le peu de moyens intellectuels dont il dispose, fait de la politique», nous avait-il déclaré lors d’une précédente interview. Mais cela ne veut pas dire que l’on doit s’adapter passivement à une réalité donnée mais faire en sorte de pousser les autres à adhérer à ses idées, convictions et projets. «S’adapter revient à s’effacer et faire s’effacer toute valeur ajoutée que l’on peut apporter à sa société et sa communauté. Ce n’est pas non plus essayer de plaire. Une société peut vouloir telle ou telle chose. Mais il se peut que les conditions ne le permettent pas ou que, sur le long terme, ce choix peut s’avérer infructueux», tranchait-t-il. «Le consensus a ses limites. Parfois, il est même synonyme d’inaction, de stagnation. Il faut le chercher, dans la mesure où il faut toujours chercher à ce que les autres acceptent d’aller avec vous, de vous accompagner.
L’objectif est non pas de dégager un consensus mais de susciter de l’adhésion». Un mode de pensée, une personnalité et des actions qui étaient de ce fait loin de faire l’unanimité. Ses sorties médiatiques, avant qu’il ne soit écarté des Affaires générales, ne lui ont pas apporté que des compliments. «J’ai des idées et je les défends, et je réagis naturellement, spontanément et sans calculs, quand mes convictions sont ébranlées. Ce sera à l’Histoire de prouver si j’ai raison ou pas. A l’heure d’aujourd’hui, l’Histoire n’a pas encore dit son mot. Ses détracteurs, oui. Le dernier remaniement ministériel avait coûté son poste à celui pour qui la mise à niveau était tout sauf de l’assistanat. Pour lui, les choses étaient claires : « le temps de la facilité est terminé. Il faut se battre.
Le marché est de plus en plus concurrentiel. Il a ses lois qu’il faut respecter, ses règles qu’il faut maîtriser. Se contenter de bâtir des édifices, d’importer du matériel, d’embaucher des gens et gagner facilement de l’argent dans un marché protégé n’est plus envisageable. Il ne suffit plus de savoir fabriquer. Il faut savoir vendre». Communiquer, c’est rappeler des vérités et informer sur ses objectifs, ses visions. L’homme en savait quelque chose. Même si son entourage a toujours eu du mal à le suivre. Mais on finira tous par le faire…un jour.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *