Accords de libre-échange : Des copies à revoir

Accords de libre-échange : Des copies à revoir

Pour le nouveau modèle économique, une stratégie du commerce attendue en 2025

Des secteurs stratégiques ou symboliques agonisent sous l’impact de la concurrence déloyale pratiquée par de nouveaux entrants rodés et outillés pour écouler leurs produits finis.

Bénéfiques ou pas, les Accords de libre-échange (ALE) sont incontournables dans un environnement ouvert où la mondialisation est là pour créer des marchés. Les menaces ont également été enregistrées depuis quelques années et pour l’heure, le gouvernement marocain repense sa stratégie commerciale pour construire un nouveau modèle économique conformément au discours royal du 13 octobre 2017. En attendant, des secteurs stratégiques ou symboliques agonisent sous l’impact de la concurrence déloyale pratiquée par de nouveaux entrants rodés et outillés pour écouler leurs produits finis car fortement soutenus par leur pays d’origine.

Le cas de la Turquie revient sur toutes les lèvres dans une salle comble un jour de ftour à Casablanca. Et c’est la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Hassan II de Casablanca, dans le cadre de son cycle de conférences, qui a remis sur le tapis cette problématique tant les enjeux sont cruciaux.

«Le sujet est plus que  d’actualité compte tenu des difficultés des opérateurs à résister à une ouverture des frontières qui laisse s’installer une concurrence déloyale enregistrée dans plusieurs secteurs pour ne citer que le cahier scolaire avec la Tunisie», introduira à juste titre.Pr Abdellatif Komat, doyen de ladite faculté. L’universitaire citera le cahier. Les opérateurs du secteur du textile dénoncent l’arrivée en puissance depuis des années déjà de leurs homologues turcs. Au-delà de leurs performances industrielles locales, ces derniers  sont soutenus par leur gouvernement pour écouler en masse leurs produits issus du textile notamment. Ils bénéficient non seulement d’une subvention de 50% sur la location du fonds de commerce mais également sur le montant investi dans la campagne commerciale…

L’événement organisé, à trois semaines des élections présidentielles au sein de l’Amith (Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement), marquera la forte présence d’opérateurs du secteur en quête d’assurer leur survie devant une concurrence acerbe. «Le Maroc aurait-il mal négocier certains ALE, notamment avec le gouvernement turc qui rafle la mise dans le secteur textile précisément dans la commercialisation des produits finis ? ». Les opérateurs de textile présents et sous couvert d’anonymat -car déjà fragilisés- sont tous unanimes à le dire… «Dans la plupart des pays industriels, les Etats ont œuvré d’abord pour la baisse des coûts de transport avant d’ouvrir les frontières avec les autres pays. Le Maroc, pris dans les élans des négociations et son ouverture vers le reste du monde, n’a pas connu ce privilège», précisera l’universitaire et doyen de la faculté. La finalité des ALE quand ils sont bien gérés est d’obtenir un secteur industriel structuré pour une économie génératrice d’emplois. Ce n’est pas le cas aujourd’hui alors que l’Etat avançait la création de 500.000 postes !

M. Komat rappellera que dès 1960, le Maroc s’est inscrit dans une politique d’ouverture. Preuve en est les accords négociés et signés en avril 1994 à Marrakech par la majeure partie des puissances commerciales du monde. Par essence même, l’instance a pour but de favoriser l’ouverture commerciale. «En 1996, le Maroc a signé des ALE avec 56 pays», rappelle le doyen de la faculté. «Selon les défenseurs, ces accords inciteront les entreprises à davantage de compétitivité. D’autres et une large majorité sont très réticents et remettent en cause les ALE qui, pour eux, limitent le développement industriel». La critique est aux pratiques de dumping qui menace les industriels… «Les apports des ALE ont été, toutefois, identifiés dans des industries tournées vers l’export comme l’automobile, l’offshoring, l’agroalimentaire et l’aéronautique». L’universitaire plante le décor du débat et rappelle dans le même sens que «les accords ont favorisé les investissements directs étrangers (IDE) les portant à près de 25,7 milliards de dirhams en 2017». Cet indicateur a, par ailleurs, augmenté de 28,6% à fin 2018 atteignant les 33,5 milliards de dirhams. Toujours est-il que la balance commerciale demeure déficitaire pour ne citer que la contre-performance enregistrée avec la Turquie et qui a triplé en 3 ans pour atteindre les volumes inquiétants de 12,4 milliards de dirhams en 2017. Les chiffre sont têtus. La conclusion aussi. «Le moteur étant l’industrie, la problématique de l’emploi ne peut être résolue de cette manière». Le rappel de M. Komat se justifie à plus d’un titre. L’alerte sera faite aussi vers le secteur sidérurgique où l’acier représente un symbole à travers le société Maghreb Steel.  …./….
…./…..
Cette activité, stratégique pour le Maroc, souffre sur les marchés mondiaux des pratiques de dumping de la part de l’Inde. «Le challenge du Maroc sera de développer une offre exportable», en déduira le doyen de la faculté qui insistera également sur la nécessité que le gouvernement soutienne les entreprises exportatrices. Les enjeux sont énormes sur le plan social, économique et bien entendu politique.

«Voilà pourquoi les accords de l’OMC doivent être respectés». Une phrase courte et qui résume tout. Un tel tableau, brossé par un académicien, ne laissera pas indifférent la directrice générale du commerce au ministère de l’industrie. Zahra Maafiri a conforté la position du doyen de la faculté en confirmant que la stratégie du commerce à l’horizon 2025 sera élaborée dans ce sens. Les travaux ont d’ailleurs déjà été menés pour débattre de la position du Maroc dans le reste du monde. C’est dans ce sens que la représentante du ministère a rappelé les donnes qui ont changé et qui doivent être absolument prises en compte pour ne citer que le protectionnisme clairement affiché par le président Donald Trump, l’impact du Brixit et la Route de la Soie. D’autres paramètres entrent en jeu pour ne citer que l’univers du digital…

L’experte insistera, également, sur la confiance nécessaire entre le public et le privé. Edifiant.  De son côté, Mohammed Hassar, président du CA de la Société marocaine des tabacs, aura un discours nuancé, malgré la menace des nouveaux entrants dans le secteur positionnés dans la commercialisation et la distribution (voir encadré). «L’idée n’est pas de renier les Accords de libre-échange, ni leur portée, mais de mettre en place les mécanismes permettant de garantir une concurrence saine et loyale entre la production nationale et les importations, et de s’assurer de la pleine réciprocité quant à l’accès aux autres marchés», affirmera-t-il. De son côté, Karim Tazi, président actuel de l’AMITH, abondera dans ce sens en précisant que «le monde est en train de changer. La supply chain aussi. Ce n’est pas le principe des ALE qui est remis en cause mais leur gestion. Que reste-t-il du secteur textile puisqu’il a enregistré une perte de 20.000 emplois sans aucune réaction de la part des pouvoirs publics?»

Un clin d’œil à la question de confiance entre public-privé ?

Le fait est que le fléau principal qui mine la bonne marche des accords de libre-échange est la concurrence déloyale. Aujourd’hui, les règles sont faussées. Le ministère en est conscient. L’heure est à l’action et non plus à la réflexion.

Mohammed Saad Hassar, Pt du CA de la Société marocaine des tabacs, un rappel qui en dit long… 

« (…) Libre-échange ne signifie pas forcément échange libre. Dans le cas du secteur des tabacs, l’abrogation des monopoles de l’importation et de la distribution des tabacs manufacturés a commencé le 1er janvier 2010. Bien que la suppression des monopoles n’ait pas été une obligation formelle exprimée par l’article 37 de l’Accord euro-méditerranéen, le gouvernement du Royaume du Maroc s’est engagé à une libéralisation complète de ce secteur.

Malgré cette libéralisation de fait depuis plus de 14 ans, aucun opérateur n’a manifesté son intérêt pour la fabrication. Tous se sont concentrés sur l’importation et la distribution, contrairement à la SMT qui a continué à appuyer sa stratégie sur une chaîne de valeur complètement intégrée localement, de la graine au consommateur. (…) Au sud de la Méditerranée, alors que seul le Maroc a effectivement libéralisé ce secteur, les autres pays ont soit continué à garder des monopoles d’Etat, soit ont multiplié des barrières non tarifaires pour restreindre l’accès à leurs marchés. Pour commercialiser des cigarettes en Turquie, en Algérie ou en Egypte par exemple, il est ainsi nécessaire de disposer d’une usine sur place ou de passer par un fabricant local (…)».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *