Accroître l’offre et sécuriser les investisseurs

Accroître l’offre et sécuriser les investisseurs

ALM : Quel est votre regard sur la reprise boursière ? Est-elle durable ? M’hammed Skalli : La reprise actuelle dure en réalité depuis près d’un an. En cela, elle diffère des quelques soubresauts qu’a connus la Bourse lors de la fameuse baisse entamée depuis fin 1998. Aussi, elle traduit un changement de mentalité important au niveau des investisseurs : le marché n’est plus en anticipation baissière. Certes, le trend haussier est timide et fragile, mais il n’en reste pas moins réel. En ce qui me concerne, j’estime que la reprise est là. Concernant sa durabilité, la question est plus délicate, mais je pense que dans des conditions politiques, macroéconomiques et financières favorables, cette hausse peut être « cultivée ». La taxation des plus-values, la mise en application tardive de la carotte fiscale, la seconde réforme qui tarde à venir ou encore la relève d’un dynamique programme de privatisation. Ne pensez-vous pas que ce sont autant de raisons ayant contribué à la chute boursière de ces dernières années ? Evidemment, ces facteurs n’ont rien favorisé. Mais j’aimerais néanmoins que nous nous tournions vers l’avenir, et, tout en évitant de reproduire les mêmes erreurs, nous capitalisions sur la confiance retrouvée d’un certain nombre d’investisseurs. C’est ce que je voulais dire en utilisant le terme « cultiver ». Quelles sont les doléances des professionnels pour une relance durable ? Il convient de s’attaquer aux deux grands problèmes qui ont touché la Bourse dans les années 90 : la faible offre de titres et la volatilité des investisseurs. Concernant la faible offre de titre, la défiscalisation à l’IS pour les entreprises qui franchissent le pas est une bonne disposition. Il conviendrait de la reconduire, car elle est venue trop tard ou trop tôt, c’est-à-dire pendant une longue période de défiance des investisseurs. Personnellement, je pense qu’une telle disposition gagnerait à être adaptée ; par exemple, à toutes les OPV de plus de 15 % du capital à destination du grand public, institutionnels ou OPCVM, de façon à encourager les entreprises déjà cotées à ouvrir leur capital davantage aux petits porteurs. Concernant la volatilité des investisseurs, du travail a aussi déjà été entamé, il faut capitaliser dessus et faire déboucher ces processus. Cela demande un pragmatisme politique fort, mais je pense que le gouvernement actuel en dispose. Je rappelle qu’il s’agit d’un produit d’épargne en Bourse défiscalisée de l’IGR à moyen terme pour les personnes physiques, et d’une nouvelle réglementation permettant aux compagnies d’assurances d’affecter naturellement les investissements boursiers en face de leurs ressources « longues ». Les acteurs du marché appellent à une meilleure clarification afin de réconcilier marché et solidarité. Pour eux, une fiscalité adaptée à l’épargne s’impose. Quel est votre commentaire ? Je pense que la fiscalité doit, ainsi que vous le mentionnez s’attacher à encourager l’investissement au Maroc tout en favorisant une répartition égalitaire des « fruits de l’expansion » pour reprendre une expression consacrée. Ces deux contraintes sont en général antinomiques, mais dans le cas d’espèce, les mesures proposées plus haut réconcilient les deux objectifs. Car ces mesures se proposent tout simplement de mettre à la disposition des entreprises plus de ressources financières et à meilleur coût, tout en faisant participer beaucoup plus de personnes physiques au capital des entreprises-phare du pays. Aujourd’hui, moins de 0,5 % des Marocains sont propriétaires de l’économie marocaine, ne pourrions-nous pas se donner l’objectif que ce chiffre soit décuplé ? Pensez-vous après les prestations macro-économiques du ministère des Finances, des décisions seront prises pour faire de la Bourse un moyen de financement ? Je pense que la volonté de l’Etat en général et de M. Oualalou en particulier est que le Maroc fasse partie du club des pays où les outils de financement de leurs économies sont variés et modernes. Ça n’est pas par hasard que notre pays ait si bien vendu la 2ème licence GSM, Maroc Télécom ou la Régie des Tabacs. Cela est dû au fait que la stratégie du pays depuis une vingtaine d’années est de moderniser les structures économiques et les circuits de financement. Le succès de la sortie récente du Trésor sur le marché Eurobond est très symptomatique du capital confiance dont jouit le pays au niveau des milieux financiers internationaux. La stratégie de modernisation de la Bourse des valeurs de Casablanca est un élément important de cette confiance et, à mon avis, le ministère des Finances en a tout à fait conscience. Et ceci, d’autant plus que les échéances auxquelles seront confrontées les entreprises marocaines – et je pense aux différents accords de libre-échange – nécessiteront des financements importants à leur niveau.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *