Adil Douiri étale sa stratégie

ALM : Le département de l’Artisanat vient d’être rattaché à votre ministère. Avez-vous un plan pour développer ce secteur laissé à la traîne par rapport à la vision 2010 ?
Adil Douiri : Je viens à peine de prendre en main ce secteur. Je ne suis donc pas en mesure d’annoncer un plan d’action dans l’immédiat. Ceci dit, il y a quelques mois nous avions élaboré, le ministère du Tourisme et le département de l’Artisanat, un plan d’action conjoint Artisanat-Tourisme. L’objectif, c’était de coordonner nos actions communes au Tourisme et à l’Artisanat.
Maintenant c’est beaucoup plus large que cela. Il s’agit de développer globalement le secteur de l’Artisanat, en plus de son intersection avec le Tourisme. J’ai besoin de quelques semaines d’immersion dans le secteur pour avoir une idée claire et faire les choses par ordre de priorité.
En ce qui me concerne, j’ai toujours la même philosophie. Nous sommes dans un pays en développement. Et, dans une telle situation, il est demandé au gouvernement et aux pouvoirs publics de faire du développement et non la gestion du développement.
Donc, nous sommes là pour développer les secteurs. C’est l’approche développeuse, volontaire qui consiste à grandir, à structurer, à fixer les objectifs de doublement, de triplement, qui nous convient.
A partir de cette donnée, je pense que le plan d’action que nous allons mettre en place sera volontariste et donnera la visibilité à tous les opérateurs. Parmi les objectifs qui seront fixés, il y aura certainement l’augmentation des volumes notamment à l’export, sur les marchés internationaux où il y a des places à prendre. Bien sûr, tout cela est préliminaire. J’ai besoin d’abord d’approfondir pour dresser un plan d’action. Il y a un potentiel énorme à exploiter.
Sur la balance de paiement, la rubrique Artisanat pèse à peine 600 millions de dirhams, non compris les exportations indirectes et les achats effectués sur place par les touristes. Vu le potentiel marocain, ce chiffre est dérisoire. Il y a donc à faire pour dynamiser la filière et aussi améliorer l’environnement quotidien des artisans en leur assurant, notamment, une couverture sociale, projet que l’actuel Premier ministre avait lancé il y a quelques années quand il occupait le département de l’Artisanat.
Donc l’Artisanat n’est pas un fardeau de plus pour le ministère du Tourisme ?
Ce n’est pas un fardeau, loin de là. C’est un autre secteur à développer comme le tourisme, à la différence près que quand le gouvernement a pris ses fonctions, tout était en place. Il y avait une partition déjà écrite, la vision 2010, laquelle bénéficiait du soutien de SM le Roi et de l’implication de tous. C’était un programme qu’il fallait juste bien exécuter. Alors que pour l’Artisanat, la partition peut être complétée, la stratégie reste à écrire. Mais dans les deux cas, il s’agit de secteurs à développer.
Qu’en est-il du plan Azur, un élément clé de la vision 2010 ?
Sur Azur, il y a des sorts divers et variés. Sur les six stations, deux sont techniquement vendues. Il s’agit de Saidia (Berkane) qui sera aménagée par Fadesa et Mogador (Essaouira) par un consortium dirigé par Thomas & Piron.
Les négociations sur la station de Mazagan (El Jadida) sont en bonne voie et aboutiront d’ici quelques semaines avec le Sud Africain Kerner. Pour Lixus (Larache), un consortium formé de Thomas Piron, adjudicataire de la station de Mogador, un développeur de golf, Colbert Porco et un groupe marocain, Delta Holding est en phase de négociation avancée. On en saura un peu plus d’ici quelques semaines. Enfin, il y a deux stations dont l’offre sera relancée. Remarquez que pour l’un deux, le Taghazout, le choix de l’aménageur-développeur avait été fait bien avant la mise en place du Plan Azur. Actuellement, nous préparons une consultation qui mettra en concurrence les aménageurs-développeurs. Vu la notoriété de la destination, il n’y a aucun risque là-dessus. Il reste aussi à relancer Plage Blanche dont l’appel d’offres avait été déclaré infructueux.
Donc, dans les semaines qui viennent, si nous concrétisons avec les deux stations, nous aurons déjà un total de quatre sur six et bientôt cinq sur six avec Taghazout dont la rentabilité n’est pas à démontrer.
Comment aider des destinations comme Tanger ou Agadir qui ne bénéficient pas de la même attention que Marrakech?
Pour simplifier les choses, je répondrai en me referant aux Programmes de Développement régionaux du Tourisme (PEDER) tels que prévus par le contrat programme. Ce sont des plans-produits qui définissent des stratégies région par région, avec toutes les infrastructures d’accompagnement. Presque tous les PEDER ont été lancés depuis que je suis arrivé. On a lancé le PEDER de Fès, d’Agadir, de Tanger, de Tetouan et de son littoral, celui de Ouarzazate et de Zagora.
Seul celui de Meknès-Tafilalet n’est pas encore en application. Ces PEDER sont faits sur la base de l’étude marketing, du positionnement de la ville par rapport à son marketing et d’autres paramètres…avec l’implication de la wilaya des agences urbaines. Ils permettent de mobiliser les professionnels. Les PEDER de Fès et d’Agadir sont les plus avancés. Ce dernier, très ambitieux, divise la ville en trois zones. La première, concerne Agadir vers la médina de Cocopolozzi, et définit comme mode d’hébergement adapté, des riads et des petits hôtels de charme qui permettront de commercialiser la ville en vol direct régulier vers une clientèle de type golfique relativement individuelle plutôt que Tour Opérateur. La seconde division concerne Agadir centrale qui inclut le Founty I jusqu’à l’ancien Agadir et qui est adapté à un tourisme de type balnéaire urbain. On travaille à ce niveau sur un programme urbain de correction de la ville. Il y a des boulevards, des promenades en fond de mer, des espaces shopping qu’il faut aménager…Le troisième morceau concerne Taghazout. Voilà l’exemple concret de l’application des PEDER.
Pourquoi certains CRT n’ont encore ni sièges ni budget alors qu’ils sont érigés en outils essentiels dans la politique régionale du tourisme ?
L’une de mes missions c’est de mettre en place des CRT.Ce sont des endroits où les professionnels doivent convaincre les élus sur la base de leurs programmes, les pousser à voter des budgets pour lancer des actions, mettre en place leur stratégie. Les communes sont souveraines. Le ministère se charge de lancer diverses actions comme des appels d’offres pour les PEDER. Bien sûr nous sommes aux côtés des professionnels pour participer à la mobilisation des élus.
Autre remarque concernant la vision 2010. N’est-elle pas trop focalisée sur les volumes de touristes plutôt que sur les recettes?
Je pense que c’est le produit qui définit la recette. Dans les plans, les programmes de développement, la proportion des cinq étoiles, celle des 4 étoiles dans une destination donnée permettent de définir la recette unitaire. Justement, le but du PEDER c’est de réaliser un développement cohérent. Prenons l’exemple de la ville de Fès.
Les études marketing ont montré que cette ville à trois types de clients qui en font une destination indépendante.
Des clients aisés, fortunés, jeunes (35-45) et relativement preneurs de risque de par leur jeune âge, désirant vivre une expérience complètement dépaysante. Cette clientèle est prête à prendre un niveau de risque élevé.
La deuxième catégorie mise en évidence est la clientèle âgée, généralement aisée et ayant besoin d’un niveau de confort et de protection plus élevé que la cible I. Troisième type de client est constitué de gens qui achètent des excursions et des forfaits et qui sont sensibles à l’aspect coût.
A partir de l’identification de ces trois catégories de clientèle, on trace trois zones d’aménagement : la médina, avec des maisons d’hôtes et des parcours pour les plus jeunes. Pour la zone 2, il s’agit d’unités de type Palais Jamai qui regarde la médina, mais qui n’est pas dans la médina. La cible 3, elle, ne place pas la médina dans ses priorités ; elle est prête à résider plus loin à condition seulement que les tarifs ne soient pas élevés. Dans ce schéma, la cohérence de l’investissement veut qu’on ne construise jamais de 5 étoiles dans la zone 3, qui est une zone de trois étoiles, et qu’on n’ouvre pas de riads dans la zone en surplomb plutôt destinée aux cinq étoiles de luxe.
Comment faire pour répartir l’activité touristique sur toutes les régions touristiques du Royaume?
C’est là l’objectif du troisième volet de la vision 2010. Les deux premiers concernent le plan Azur et le PEDER que j’ai expliqué. Le troisième point concerne le tourisme des niches et le trourisme rural.
Par niche, j’entend le balnéaire isolé, les fameux ressorts balnéaires., le développement de la niche de windsurf à Dakhla, le golf, les niches de sport (aéronautique, parachute) à Béni Mellal, les croisières et le tourisme rural, les gites qui rapportent souvent plus que l’agriculture. Il s’agit de tourisme à petite échelle qui vise des volumes de 1.000, 2.000 et 5.000 personnes mais qui peuvent influer sur la vie des régions non touchées par les deux premiers volets du contrat-programme.
Est-ce que les agences de voyages sont impliquées dans la vision 2010 ?
Les agences de voyages à l’international, les Tours-Opérateurs n’ont jamais été aussi fortement impliqués dans la politique touristique qu’avec ce gouvernement. Sur le plan intérieur, les agences de voyages marocaines sont impliquées dans le développement du tourisme intérieur.
En ce qui concerne ce volet, l’univers des clients par type de comportement permet de déterminer trois types de touristes. Tout d’abord une certaine catégorie socioprofessionnelle compatible avec la clientèle internationale, qui peut voyager dans les mêmes conditions mais qui demande juste un ajustement de prix à la baisse. Le produit correspond à cette clientèle, mais il y a juste un problème de commercialisation. Quand on achète chez un TO étranger, on bénéficie d’un prix bas alors que le Marocain, lui, achète au plus fort, parcequ’il n’y a pas de grossiste au Maroc. Le rôle du gouvernement c’est donc de contractualiser la naissance des TO marocains, pour qu’ils deviennent grossistes. Cela permettra de vendre à des prix cassés.
La troisième catégorie de Marocains ne peut pas voyager même avec des prix cassés.. Pour ces gens-là, le gouvernement est en train de choisir des zones, des petits ressorts qui seront construits à bon marché.
La subvention de l’Etat à ce niveau est indispensable puisqu’il s’agit d’une activité fortement saisonnière. Cette clientèle ne voyage qu’une fois par an en moyenne.
La politique touristique reste quand même subordonnée au transport, aérien en particulier. Que pensez-vous du Low-Cost de la RAM ?
Comme vous le savez, le gouvernement a signé agressivement des contrats de vols réguliers avec des compagnies internationales. En même temps, nous avons construit un modèle avec le ministère du Transport, pour mesurer les lits et leur correspondance avec les rotations, les liaisons, les sièges aériens offerts sur la destination. Le modèle est prêt, les signatures ont commencé avec les compagnies aériennes.
On développe l’aérien sur le point à point, sur Agadir, sur Fès, sur Marrakech, Ouarzazate. Dans cette stratégie de démarchage et d’ouverture agressive de l’espace aérien marocain sauf sur Casablanca, la RAM comme n’importe quel acteur du marché a été mise devant la stratégie du gouvernement. D’où sa décision de créer une compagnie aérienne à bas coût pour faire face à la concurrence. Atlas Blue est donc une réponse adéquate pour la RAM. Vu de son côté à elle, c’est une réponse appropriée.
Donc il faut être optimiste pour le tourisme marocain ?
Il faut l’être d’autant plus que les chiffes 2004 marquent un rebond très net par rapport à 2003. Il y a des marchés sur lesquels on a des résultats exceptionnels comme l’Espagne. C’est l’impact direct de l’ouverture des nouvelles lignes aériennes.

• Propos recueillis par
Abdallah Chankou et Adam Wade

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