ADM affiche sa bonne santé

ADM affiche sa bonne santé

Entretien exclusif avec Anouar Benazzouzdirecteur général de la Société nationale des autoroutes du Maroc

Un résultat net positif en 2017, un investissement de 3 milliards DH en 2018, 20 milliards DH de dette réaménagée…

 

ALM : 2017 marque un nouveau cap dans votre stratégie déployée depuis deux ans. Comment se présente cet exercice sur les plans financier et opérationnel ?

Anouar Benazzouz : 2017 est une année exceptionnelle. On peut dire aujourd’hui que notre stratégie présentée il y a deux ans, portant sur la restructuration financière et la satisfaction client, commence à porter ses fruits. Le bilan est très positif. Notre chiffre d’affaires a augmenté de 10% pour atteindre environ 3 milliards de dirhams hors taxe. De même, notre résultat net ressort à un niveau positif. Il est à 45 millions de dirhams alors qu’il était de moins 4 milliards de dirhams en 2016 et de moins de 2 milliards une année auparavant. Notons que la stratégie engagée est venue apporter une ingénierie financière visant la réduction du coût de la dette annuelle. Elle a également pour ambition de satisfaire les attentes de nos usagers en améliorant nos services que cela soit en termes de sécurité, de confort ou de fluidité. Les avancées enregistrées dans ce sens sont importantes. Au lieu de crier victoire, nous devons aujourd’hui consolider ces résultats positifs et poursuivre le chantier ouvert, à savoir le reprofilage de la dette, la restructuration financière, l’accélération de l’automatisation et la sécurité. C’est notre responsabilité et notre ADN.

Comment se caractérise le process de gestion de la dette existante ?

Nous avons un stock de 41 milliards de dirhams avec des taux d’intérêt et devises différents. Nous avons réussi à gérer 50% de la dette, soit 20 milliards de dirhams. Il est utile de souligner que le reprofilage de la dette dépend des bailleurs de fonds et de l’obligataire. Nous sommes dans une phase de gestion active. Nous intervenons en continu pour baisser le taux et allonger la durée. Chose qui nous permet d’avoir un compte d’exploitation charges et produits à la fois équilibré et positif. En ce qui concerne le reprofilage de la dette, nous avons travaillé avec nos investisseurs sur des aspects nouveaux au Maroc. Nous avons pu, à titre d’exemple, sortir à trente ans alors que l’obligataire à 30 ans n’existait pas auparavant. Nous avons également procédé au remboursement par anticipation d’une partie de la dette en dinar koweïtien, soit l’équivalent de 3 milliards de dirhams.

Quels sont les autres faits ayant marqué l’exercice 2017 ?

Je citerais la modernisation des exploitations. Quand on place le client au centre de nos priorités, il faut lui présenter des services de qualité. A cet effet, le télépéage «Jawaz» doit travailler de manière continue, et ce avec un nombre d’usagers important. Alors que nous ne comptions que 40.000 clients en début d’année, nous avons atteint plus de 200.000 fin 2017, soit une croissance d’environ 200% par rapport à l’année dernière. Une progression qui est quand même impressionnante. Il faut dire que Jawaz a atteint sa vitesse de croisière en 2017. On mesure cela non seulement par le nombre des usagers et leur feedback positif mais également par la fluidité du trafic au niveau des gares de péage. Il faut savoir que la capacité d’une voie automatique (télépéage) est huit fois supérieure que celle d’une voie manuelle.

Au lieu de crier victoire, nous devons aujourd’hui consolider ces résultats positifs et poursuivre le chantier ouvert, à savoir le reprofilage de la dette, la restructuration financière, l’accélération de l’automatisation et la sécurité.

Comptez-vous lancer de nouveaux services à court et moyen termes?

Nous voulons étendre Jawaz aux poids lourds. Nous menons actuellement des tests pour les autocars et poids lourds. S’ils sont concluants nous procéderons cette année à la généralisation de ce service. Cela permettra de soulager définitivement le trafic. Nous œuvrons également à améliorer le volet information pour rester connectés directement avec les usagers. C’est dans cette optique que nous nous sommes dotés de la plate-forme «ADM Trafic». Il s’agit d’un système d’information relié à des équipements installés sur le terrain qui permet aux usagers de s’informer et visionner en temps réel ce qui se passe sur l’axe autoroutier.
Certes, cette application n’est pas encore lancée officiellement, mais elle suscite déjà l’intérêt d’un bon nombre d’usagers. ADM Trafic enregistre à ce jour plus de 50.000 visites.

A combien s’élève le montant des investissements prévus pour l’année en cours et quels seront les principaux chantiers engagés dans ce sens ?

Nous avons identifié une enveloppe d’environ 3 milliards de dirhams. Un investissement de 2 milliards de dirhams sera lié à l’élargissement du contournement de Casablanca, et ce de Ain Harrouda jusqu’à Berrechid (2×3 voies). Nous sommes actuellement en phase d’adjudication de l’entreprise qui conduira ce chantier difficile dans la mesure où la circulation ne sera pas suspendue au cours des travaux. A titre d’exemple, sur l’axe de l’aéroport Mohammed V nous enregistrons des pics de 70.000 à 80.000 véhicules. C’est quelque chose d’unique. Nous n’avons jamais fait des travaux auparavant avec ce genre de trafic. Le deuxième projet prévu pour 2018 concerne l’amélioration de la sécurité. Nous investissons dans l’infrastructure pour améliorer la sécurité des usagers, en l’occurrence les glissières, les murs de clôture et les bandes sonores. Ceci s’inscrit pleinement dans le cadre de notre stratégie «Agir 2018-2020» dont l’objectif est de baisser de moitié le taux des accidents mortels qui est de 24 accidents par milliard de véhicule-kilomètres. La troisième partie de l’investissement sera dédiée à la fluidification du trafic et l’automatisation des gares de péage.

Vous avez tardé à renouveler votre partenariat avec l’Etat. A quand un nouveau contrat programme ?

Pour définir avec l’Etat un plan d’aménagement du territoire ambitieux, il a fallu que ADM soit à l’équilibre en termes de gestion de dette. Nous sommes actuellement en discussion avec les deux tutelles, à savoir le ministère de l’économie et des finances et le département des transports. Nous étudions ensemble la bonne formule à utiliser et les principaux axes à prioriser. De nombreuses simulations ont été faites avec nos deux tutelles. Ce projet sera dévoilé au moment opportun.

La dimension écologique s’inscrit pleinement dans votre plan d’action. Où en êtes-vous dans ce sens et particulièrement en ce qui concerne l’installation de bornes électriques sur l’axe autoroutier ?

Des bornes électriques seront installées dans deux mois tout au long de l’axe reliant Tanger à Agadir. Nous nous sommes fixé un deadline d’ici le Ramadan pour terminer l’installation de ces bornes et permettre aux conducteurs de voitures électriques de voyager en toute sérénité. Nous travaillons également sur la mise en service d’une petite station solaire qui va générer de l’électricité pour l’utilisation des autoroutes avec l’ambition de disposer de 100% d’énergies renouvelables. Pour la stabilisation des talus, nous utilisons des plantes autochtones et qui ne nécessitent pas beaucoup d’eau. Et pour ce faire, nous procédons à la multiplication des semences avec les riverains, leur créant ainsi des activités génératrices de revenus. En parallèle, nous avons réhabilité 325 écoles tout au long de l’axe autoroutier. Il s’agit d’écoles rurales, créées par ADM depuis une dizaine d’années, et que nous rénoverons très bientôt.

Qu’en est-il de ADM Académie?

Nous pensons actuellement à élargir ADM Académie pour l’Afrique. Nous scellons dans ce sens deux coopérations, notamment avec les Japonais. Cette collaboration porte sur l’inspection de ponts et ouvrage d’art. Nous leur permettons également d’utiliser ADM Académie afin de ramener des experts japonais et former à la fois les gens d’ADM et nos collaborateurs africains dans le métier d’autoroute. Rappelons qu’ADM Académie a été lancée en 2015 pour accompagner la transformation d’ADM. Cette dernière est aujourd’hui constructeur et exploitant du réseau autoroutier. Nous comptons au quotidien le passage de 380.000 véhicules le jour, soit 800.000 passagers à servir et satisfaire. Nous avons tout un travail de fond à mener pour garantir confort à nos clients.

Quels sont vos autres projets orientés Afrique ?

Nous disposons d’une filiale baptisée «ADM Projet» qui opère en Afrique précisément en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Nous recevons de plus en plus de demandes pour accompagner les entreprises africaines dans l’élaboration d’un schéma autoroutier et le montage de dossiers de financement. Nous considérons que notre savoir-faire est à leur disposition pour qu’ils bénéficient de notre expérience sur les autoroutes marocaines.

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