Agadir fait une bonne pêche

C’est au pas de course que Mohand Laenser a inauguré la troisième édition du Salon Agadir Fish Morocco, tenu du 14 au 16 avril dans la capitale du Souss. Incertain jusqu’à la dernière minute, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes, était accompagné du wali d’Agadir, Rachid Filali. Tenu sous le haut patronage de Sa Majesté, cette édition a vu la participation de 140 entreprises nationales et étrangères. Plus de 18 nationalités différentes, française, espagnole, marocaine, belge, turque.
Quelques petites déceptions cependant : les responsables de la  seule entreprise chinoise qui avait réservé un stand de longue date, envoyé son matériel et réglé les derniers détails avec les organisateurs, ne feront jamais le déplacement pour cause de visa non délivré par l’ambassade du Maroc à Pékin. De même, la société Easy Ice ne pourra jamais présenter sa belle machine au public, la Douane ayant bloqué ce matériel. A noter la présence de la Turquie via  deux chantiers navals. Le stand français CLS, spécialisé dans les techniques de localisation et d’évaluation des ressources, a fait sensation. Les représentants de cette entreprise sont venus à Agadir avec des propositions de stations de suivi de la flotte. Ce procédé est couplé à des outils informatiques qui permettent au bateau de communiquer en temps réel.  Mais  c’est l’Espagne et surtout la Gallicie qui est venue en force.
L’inspecteur général du ministère espagnol de l’Agriculture a arpenté tous les couloirs du salon, à l’inverse de l’inspecteur du ministère des Pêches maritimes, qui n’était pas de la fête. Petite déception aussi au niveau des visiteurs, 5 000, soit le même nombre que l’année dernière. «C’est en déça de nos prévisions, souligne, le directeur de la Chambre des pêches maritimes de l’Atlantique -Centre, Abdelfettah Zine, qui relève par ailleurs un taux de satisfaction important par rapport aux objectifs visés par le salon. Outre les  expositions sur les nouveautés technologiques et la présentation de nouveaux équipements, ce sont les colloques, tenus en parallèle durant trois jours dans un hôtel de la place, qui  ont retenu l’attention des opérateurs marocains. Au menu, des présentations sur l’état des lieux et de la flotte en termes d’espèces et de captures. Les méthodes d’évaluation et le plan de pêcherie ont été aussi mis en exergue. Des professionnels ont appelé à une meilleure concertation dans l’élaboration de la stratégie, à l’inverse de ce qui se passe ailleurs.
C’est ce qui se passe en France et au Canada, deux pays où  le procédé de la «pêche sentinelle» est mis en exergue, avec des entreprises de pêche mises à contribution notamment pour l’évaluation des ressources. Autre temps fort, lors de la deuxième journée, le débat sur la typologie des flottes par rapport aux espèces à pêcher. Un sujet rarement abordé dans le secteur, mais qui est indissociable de la mise à niveau et de la valorisation des ressources. Les industries de la farine de poisson, actualité oblige, n’ont pas échappé au débat. Pour survivre, ces activités sont condamnées à monter en gamme et investir dans de nouveaux équipements. Une charte d’objectifs a été d’ailleurs signée en marge de l’événement entre la FENIP (Fédération nationale des industries de la pêche) et les Chambres de la Pêche maritime. Charte que Abderrahmane Yazdi, chef de fil du syndicat des marins pêcheurs, refusera de signer, arguant qu’il faut d’abord mener des consultations en amont.
Le moins que l’on puisse dire c’est que les opérateurs marocains de tout bord sont convaincus de la possibilité de doubler les agrégats du secteur. Pour cela les besoins sont connus, ports bien équipés, flotte remise à neuf, fonds de modernisation. Reste à savoir comment valoriser les produits. La valeur ajoutée du secteur de la pêche reste assez faible pour le moment. «En comparaison, note M. Zine, la Norvège, avec un million de tonnes de production réalise cinq millions de dollars à l’export, alors que le Maroc, avec 1,5 million de tonnes pêchées annuellement, 200 espèces de poissons commercialisables,  dépasse à peine le million de dollars». Un tel gap s’explique par la faible valorisation des captures au Maroc. « Quand, note un opérateur,  le sabre est capturé par un chalutier marocain en bois, acheminé au marché national, il est vendu à 5 dirhams le kilo.
Le même poisson pêché par un palangrier portugais, conditionné et mis dans un sac en plastique, vaut 50 dirhams le kilo dans le marché portugais. Du reste, le salon a été clôturé sur une note d’optimisme justifiée par les prévisions mondiales du secteur. La consommation mondiale de poisson croît de 3 à 4% l’an. D’autre part, alors que le prix de la viande est sur une courbe descendante, le poisson connaît une appréciation en rapport avec la demande. Et si jusque à la fin des années 90, les pays développés attiraient 80% des ressources, l’on assiste à une redistribution en faveur des pays en développement. Autant d’arguments qui militent pour un rapide règlement des problèmes en suspens dans ce secteur, vital pour l’économie marocaine. Trouvera-t-on le bon cap, d’ici à la prochaine édition du  salon, en décembre 2006 ?

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