Agadir : Une stratégie novatrice

Après s’être dotée d’une stratégie de développement économique et social, fruit d’une démarche novatrice au niveau national, la région de Souss-Massa-Drâa passe à l’action. Le Conseil régional a émis un avis favorable, lors de sa session de septembre 2004, au sujet de la création d’un Fonds de développement régional (FDR).
Conformément à l’étude sur la stratégie, achevée fin avril 2004 par le cabinet international McKinsey, l’équipe de la banque d’affaires Attijari Finances, plus particulièrement celle dédiée au capital investissement, s’est attelée à la tâche. C’est assurément une première : pour le Maroc et pour la banque d’affaires.
Le FDR (premier du genre au Maroc) est un outil d’accompagnement qui permettra à la région du Sous-Massa-Draâ d’adopter une approche novatrice à partir d’une vision claire et précise. Les quatre mois derniers, passés à ficeler les aspects juridiques et techniques du montage, ont donné lieu à un dossier complet et chiffré. Ce nouveau travail diffère de celui communément pratiqué de capital développement, d’investissement ou de risque. Cette riche expérience serait bien profitable aux autres régions du Royaume qui sont en phase d’adopter la même démarche déjà mise en chantier par le Souss-MassaDraâ.
L’objectif visé à travers ce fonds est la contribution, par des investissements en fonds propres et quasi-fonds propres dans des projets ou des entreprises susceptibles d’avoir un impact structurel sur la région en termes d’emplois, de croissance économique, d’exportations, de valorisation des ressources naturelles, ou encore de mise à niveau des infrastructures régionales, au développement de la région tout en satisfaisant à l’exigence de rémunération des capitaux investis.
Ce fonds se caractérise par son mode d’intervention, en fonds propres et quasi-fonds propres. Son capital est souscrit par la région et d’autres investisseurs, comme la BP, la CDG, Attijariwafa Bank ; le Crédit Agricole, les sociétés d’assurance ainsi que les opérateurs privés de la région du Souss. Par ailleurs, ce fonds pourrait être ouvert aux hommes d’affaires de la communauté autonome des Canaries. Sa gestion sera confiée à des professionnels de la finance. Pour limiter le niveau de risque supporté, il sera procédé à la création d’un portefeuille de participations (minoritaires dans des PME) suffisamment diversifié. Cette approche vise à traduire dans les faits le plan d’action décliné, le 31 mai 2004, par les responsables de la région, lors d’une réunion tenue au siège de la Région d’Agadir.
Un vrai travail de ratissage du potentiel de développement de l’économie de la région de Souss-Massa-Drâa a été présenté par le président du Conseil régional, Aziz Akhannouch sur la base de l’étude réalisée par l’un des plus prestigieux cabinets d’études stratégiques, McKinsey.
L’étude a passé au crible tous les leviers de croissance pour les prochaines années, mais aussi les faiblesses, avant d’établir une stratégie globale pour toute la région. L’approche adoptée, ainsi que les idées qui la sous-tendent, ne manquent pas d’originalité dans la mesure où le diagnostic est réalisé à la fois par secteur (30 secteurs ont été identifiés), par zone géographique (la région a été découpée en 10 zones), et par domaine d’action (30 domaines d’action ont été retenus).
Ainsi, un listing de 70 dossiers pour une mise à niveau totale de la région Souss-Massa-Draâ a été établi. Une dizaine de dossiers ont été retenus pour êtres suivis de façon prioritaire.
Il s’agit de la gestion des ressources hydriques, de l’agriculture extensive, du désenclavement aérien de la région, de la valorisation de la pêche, d’une politique fiscale et budgétaire efficace, de la création d’une plate-forme agro-technologique et de micro-entreprises autour du secteur du tourisme.
Ces choix ont été retenus partant des secteurs locomotives de l’économie locale, en l’occurrence l’agriculture moderne, le tourisme et, dans une moindre mesure, la pêche, qui constituent le socle de l’économie de la région.
Souss-Massa-Draâ est la première région exportatrice de produits agricoles du pays, Agadir est la première station balnéaire, et la pêche mérite assurément un traitement meilleur.
Sur le plan touristique, Agadir accueille aujourd’hui quelque 650.000 touristes par an, soit 4 millions de nuitées. Le tourisme dans la région mobilise 150 000 emplois et crée une valeur ajoutée de 7 milliards de DH. Selon le scénario optimiste retenu par l’étude, la région peut recevoir en 2015, 1,5 million de touristes, soit 8,6 millions de nuitées, générant une valeur ajoutée de 15 milliards de DH pour 250 à 300 000 emplois. Ce scénario est réalisable car, avec les projets en chantier dans le cadre du plan Azur, le potentiel de croissance est important à condition qu’il soit soutenu par d’autres mesures, parmi lesquelles figure en premier lieu le désenclavement de la région sur le plan aussi bien terrestre qu’aérien.
Dans ce sens, les vols directs sur Agadir à partir des marchés émetteurs devraient se multiplier. Actuellement, Agadir reçoit 69 rotations par semaine, et selon l’étude de McKinsey, le nombre de rotations devrait être porté à 269 en 2010. Ainsi, l’extension de l’aéroport d’Agadir Al Massira, à l’horizon 2010, devient impérative, sinon il risque de constituer un goulot d’étranglement par sa capacité réduite et par les coûts de stationnement qui restent élevés. Cet aéroport accueille aujourd’hui un million de passagers alors que, non loin de là, les Iles Canaries en accueillent 15 millions. À cet effet, le conseil régional de Souss Massa Draâ, en collaboration avec la Chambre de commerce d’Agadir, du CRT et les élus est en contact avec les responsables canariens pour récupérer une partie de ce flux, à partir de la mise en place d’une navette. C’est dans ce sens que la région des Canaries représente un partenaire de choix.
Selon le plan, et grâce au FDR, la création de petites entreprises dont l’activité est liée au tourisme est désormais une priorité. D’une part, il s’agit de développer des petites niches liées aux activités sportives nautiques, aux sports dits extrêmes, aux centres de remise en forme, etc.
Aussi, il s’agit d’initier des activités pointues comme des projets d’industries cinématographiques, autour de Ouarzazate. De moderniser l’artisanat, et de mettre en valeur les richesses culturelles et celles de l’arrière-pays, notamment en favorisant les liaisons routières. Cette multitude d’activités devra être accompagné par une politique en matière de formation aux métiers du tourisme et par la construction d’infrastructures sanitaires de niveau. Le projet global sera piloté par un comité de pilotage général, présidé par le wali Rachid Filali et le président de la région Aziz Akhannouch. Ils se chargeront du suivi, selon la priorité du dossier, avec les comités thématiques et techniques.
Une structure légère (5 à 6 personnes) sera mise sur pied pour chaque projet. Ce fonds va démarrer avec une enveloppe initiale de 20 à 50M d’Euros. Grâce à l’effet de levier économique induit, les investissements pourront atteindre sur la base de 20 millions d’Euros jusqu’à 1,2 milliards de DH dans les secteurs préalablement identifiés comme prioritaires dans la stratégie.
Ce projet pilote pour l’ensemble du royaume, ouvre la voie pour le reste des régions. Compte tenu de son originalité, l’approche gagnerait toutefois à être reproduite pour un développement national durable, sain et équilibré.

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