Ahmed Squalli: «Nos ambitions nécessitent plus d’audace dans la réglementation du secteur»

Ahmed Squalli: «Nos ambitions nécessitent plus d’audace  dans la réglementation du secteur»

Le Royaume du Maroc, affaibli par son importante dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur, pourra enfin grâce à son plan de développement des énergies renouvelables réduire cette dépendance établie à 98% en 2009 à 82% à l’horizon 2030. Le Maroc sera également le seul pays arabe à produire plus de la moitié de son énergie à partir des ressources renouvelables, allégeant ainsi l’impact de la volatilité des cours des matières premières sur sa facture énergétique et répondant à l’augmentation constante des besoins énergétiques par habitant tout en préservant l’environnement. Une stratégie énergétique nationale a été déjà lancée dans ce sens en 2009. Année qui a été couronnée par le lancement officiel du plan solaire marocain qui, précisons-le, connaît aujourd’hui une très importante consécration avec l’inauguration à Ouarzazate de la plus grande centrale solaire d’Afrique et du plus grand Complexe solaire thermodynamique (CSP) du monde : La centrale Noor I.

ALM : Quel est le potentiel du Maroc en matière d’énergies renouvelables ?
 

Ahmed Squalli : Le potentiel du Royaume en énergies renouvelables est très important, ceci est  aussi connu que reconnu. En outre, depuis six ans environ, de grands programmes ont été lancés pour exploiter ce potentiel. Ils concernent à la fois le solaire, l’éolien et l’hydraulique. Ces programmes avancent à grands pas et il est même prévu que les objectifs soient atteints avant la date fixée, c’est-à-dire 2020. Le Maroc  intègre parfaitement ces énergies renouvelables dans son mix énergétique  de façon que celles-ci représentent 42% des capacités installées pour la production d’électricité. A plus long terme, un nouvel objectif vient d’être fixé, plus précisément à l’horizon 2030, les énergies renouvelables devront représenter 52% des capacités installées.

Et la part du solaire dans tout cela ?

L’énergie solaire contribue pour le tiers. Ce même taux sera maintenu pour les ambitions précédemment citées. En 2030, le solaire participera à hauteur de  5.000 MW de capacité installée. Ce qui est très significatif puisque cette production est établie à 2.000 MW en 2020. Nous allons plus que doubler nos capacités.

Qui dit multiplication des projets, dit hausse significative des investissements. A cet effet, que représentent le savoir-faire en logistique, la mise service et l’installation en termes de coûts ?

Ces investissements sont très capitalistiques. Les entreprises locales n’ont actuellement ni les ressources ni le savoir-faire pour mener des projets de cette taille. D’où le recours à des groupes internationaux reconnus sur le marché énergétique.  
A vrai dire, c’est l’un des plus gros défis auxquels nous devons faire face au Maroc.  Si ce n’est le vrai défi. Développer une industrie et un savoir-faire locaux devant aller de pair avec les objectifs énergétiques du Royaume. Nous sommes au début du chemin mais ceci est réalisable.

La réglementation y est-elle pour quelque chose ? Est-elle en phase avec nos ambitions?

Nous avons l’impression que les efforts fournis en matière de législation sont très limités.  Pour encourager l’entrée du secteur privé et accompagner l’accompagnement et l’intégration des PME et des PMI dans le marché énergétique, il est urgent que le Maroc adopte une réglementation plus ouverte et surtout plus audacieuse.

Le Maroc dispose de la plus grande centrale solaire d’Afrique et du plus grand complexe solaire thermodynamique (CSP) du monde. Cela rehausse-t-il son positionnement dans la région MENA ?

Bien évidemment. On peut dire aujourd’hui que le Maroc est en position de leadership dans la région en termes d’avancées en matière d’énergies renouvelables. Les efforts du pays sont salués à l’échelle mondiale et font de lui l’acteur le plus important dans la région. La station Noor I qui sera inaugurée dans les jours à venir, à côté de tous les autres programmes entamés ou d’ores et déjà opérationnels, fait du Maroc un modèle à suivre dans le domaine. Nous sommes passés à la vitesse supérieure de la phase planification à la phase de concrétisation. Pour cela, nous sommes cités en exemple à l’international.

Quel rôle avons-nous à jouer dans la transition énergétique de l’Afrique ?

A l’opposé de la région MENA qui est très alerte par rapport à la question des énergies renouvelables et qui se donne les moyens d’y investir, le reste des pays de l’Afrique est moins avancé dans ce domaine. Ces pays ont beaucoup d’ambition mais peu de programmes. Ils affichent cependant leur désir de s’inspirer de notre expérience. Et c’est justement là où le Royaume détient un rôle à jouer. Le potentiel africain est très important et nous devons développer un savoir-faire assez solide afin d’accompagner ces pays pour la réalisation de leurs projets énergétiques.
 

Qu’en est-il de la faisabilité d’un marché commun d’électricité dans la région ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’idée n’est pas du tout farfelue. Concrètement, pour aboutir à un marché commun, il faut mettre en place une infrastructure d’échanges, c’est-à-dire des réseaux interconnectés dans la région.  Ceci est déjà réalisé sur le pourtour méditerranéen. Le Maroc  est déjà connecté à ses voisins: avec l’Espagne avec deux connexions de 600 MW chacune ou encore avec l’Algérie.

Le Maroc abrite en novembre prochain le sommet mondial pour le climat ; la COP22. Concrètement, quel profit peut-on en tirer ?

Il s’agit là de l’un des événements les plus en vue à l’international. La COP21 a propulsé la France sur la scène mondial.

Etre hôte de la COP22 est un gage de confiance et de crédibilité pour notre pays. C’est un événement qui fera parler du Maroc et aidera dans l’accompagnement de ses projets par les organismes financiers internationaux. Cet événement ne sera pas sans retombées politiques pour le Royaume, il sera conforté  dans son positionnement d’acteur solvable et d’interlocuteur de marque à ce niveau. S’ajoutent à cela les avantages économiques et sociaux que la COP22 fournira au Royaume, notamment à la ville de Marrakech qui recevra pendant 15 jours des milliers de convives du monde entier. Ceci sans omettre de citer le poids psychologique que représente un sommet mondial de cette ampleur sur tous les acteurs dans le domaine énergétique. C’est un catalyseur qui nous poussera et nous obligera à redoubler d’efforts afin de mener à bien non seulement la COP22 mais l’ensemble de nos projets dans le cadre de la transition énergétique du Royaume.

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