Alcool : L’ambiguïté de la loi

Alcool : L’ambiguïté de la loi

La décision, ou plutôt le rappel, de la wilaya de Marrakech d’interdire les boissons alcoolisées sur les terrasses les cafés et restaurants de la ville ocre ne semble pas faire que des heureux. Si certains restaurateurs, invoquant des raisons de sécurité pour leurs clients, approuvent cette mesure, d’autres par contre, crient à la restriction pure et simple de leur «liberté», au grand dam de ces mêmes clients, mais aussi des restaurateurs. Pourtant, au sens le plus étroit, il s’agit d’un simple rappel de la loi, cette fameuse loi qui interdit à tout Marocain de consommer l’alcool et par ailleurs, limite la consommation de ces boissons à des endroits autres que les terrasses. Bref, ce service ne devrait désormais être offert qu’à l’intérieur des établissements.
Mais à voir la conjoncture, les motivations de cette interdiction seront sujettes à de nombreuses interprétations. Mais, si on se réfère à l’actualité de ces deux derniers mois, cela ressemble fort à une campagne d’assainissement qui ne dit pas son nom. Car, dans la foulée, les bars et les boîtes de nuit se seraient vus rappelés à l’ordre, concernant notamment l’horaire de la fermeture.
Ce qui n’est pas sans «déranger» plus d’un. Si la ville de Marrakech continue à drainer autant de touristes, presque sans effort, c’est parce que le visiteur, marocain ou étranger, s’y sent bien, libre de profiter de ce qui se présente à lui, sans avoir à se cacher. Pour Mohamed Nouri, restaurateur, cette décision intervient à un moment où « nous assistons régulièrement à des actes d’agression de la part de certains passants, clochards, qui n’hésitent pas à harceler les touristes attablés sur des terrasses, soit ou voler ce qu’il y a sur ces tables». Cette décision trouve donc toute sa légitimité dans la légère hausse de la petite criminalité dans la ville. «D’autant que plusieurs restaurants et cafés ne respectent pas les normes», ajoute M. Nouri qui précise que le restaurant qu’il gère, «Le Tivoli», ne dispose pas de terrasse, mais d’un grand jardin, retiré de quelques mètres de l’avenue.
Un avis que ne partagent pas d’autres restaurateurs, pour qui une telle démarche ne serait pas sans avoir de fâcheuses conséquences quant à l’affluence des touristes et des clients au sein de leurs établissements, et dont certains voient d’ores et déjà dans cette mesure une forme de restriction de leur liberté.
Parmi eux, Ibrahim Rimili, président de la Fédération des restaurateurs de Marrakech. «Cette décision ne date pas d’aujourd’hui. Interdire à des Marocains de s’attabler en pleins terrasses pour boire des boissons alcooliques, pour des questions de moralité, peut aisément se comprendre. Ce qui est moins aisément compréhensible, c’est que cette décision s’applique également aux touristes étrangers». Pour lui, le problème se situe moins au niveau de cette mesure qu’au niveau de toute la réglementation liée aux alcools au Maroc. «D’un côté, on accorde des licences et des autorisations de servir de l’alcool. De l’autre, on limite ce service. Il faut savoir ce que l’on veut.
Marrakech est une ville touristique. Et qui dit tourisme, dit satisfaction du client. On assiste là au risque de ne pas répondre à cette condition, à force de retreindre», précise M. Rimili.
Entre la volonté d’attirer plus de touristes et de leur assurer un minimum de confort et les soucis de sécurité et de moralité, le choix semble difficile à faire.

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