ALE : quid des transferts ?

Dans l’optique d’éclaircir les enjeux cruciaux derrière les accords conclus entre le Maroc et les Etats-unis, la BCM-Wafbank et le Cercle d’amitié franco-marocain ont invité Christian de Boissieu, professeur à l’Université Paris I, président délégué du Conseil d’analyse économique auprès du 1er ministre Français et auteur de nombreuses publications. Aussi invité à débattre, un public représentatif des personnalités engagées dans le développement du Maroc. Cette rencontre, s’est tenue le jeudi 8 avril à Casablanca.
Dans son mot d’ouverture, Khalid Oudrighi, P-dg de BCM-Wafabank, a aussitôt cadré le débat : «Nous espérons qu’à travers cette conférence, vous pourrez affermir pour nous, tout à la fois la vision que nous devons avoir d’une économie mondialisée et de la place que nous pouvons y tenir ainsi que de l’enjeu que représente le grand défi des accords de libre-échange ». Pour sa part, Nezha Lahrichi, conseiller auprès du Premier ministre a essayé d’orienter le débat sur l’impact direct sur le pôle financier. D’entrée, le professeur De Boissieu a commencé par donner son point de vue sur l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis. « La vie n’est pas un jeu à somme nulle », a-t-il laissé entendre. Un mois après la conclusion de cet accord, la nouvelle stratégie américaine, affirme-t-il, n’est que la résultante de l’échec des accords de l’OMC. La stratégie américaine vise l’instauration d’accords bilatéraux, voire régionaux, en attendant le déblocage des accords au niveau de l’organisation mondiale. « Ce genre d’accords n’est qu’un substitut imparfait dans l’attente d’un probable succès de Doha », explique Christian de Boissieu. Cette approche manque assurément de cohérence. La close de la nation la plus favorisée, à titre d’exemple, implique une uniformisation des négociations à deux, puis y succède une autre plus large. Par conséquent, le déséquilibre paraît inévitable pour le pays le moins avancé.
Toutefois, là n’est pas le fond du problème. « Il faut toujours garder en vue que la concurrence vient d’ailleurs. La Chine et l’Inde sont deux foyers concurrentiels plus menaçants », a-t-il mentionné.
Par contre, le professeur De Boissieu à attirer l’attention du public sur un point de première importance : « Rien n’a filtré au sujet des engagements financiers. L’asymétrie doit être atténuée par le volet transfert ». Cette donne est, du moins, favorisée par le traité de Barcelone.
L’accompagnement du processus d’association avec l’Union européenne par un dispositif de transfert, public et privé, donne plus de crédibilité et d’efficacité aux accords. La réponse au chômage de masse est l’investissement de masse. « Or, cet accord, comme livré, est assurément l’OMC moins », ironise le professeur de Boissieu.
Pour l’Europe, ce genre d’accord est de nature à stimuler ses initiatives. La situation de concurrence est le meilleur argument opposable aux monopoles. Mieux coordonner les investissements existants est de nature à doter l’Europe d’arguments supplémentaires. Pour les pays destinataires, la meilleure réponse à ces défis passe par une montée en gamme, plus de productivité mais essentiellement ne pas délaisser l’innovation et la recherche et développement. Aussi, le soutien de l’opinion publique est une composante-clé de réussite.
Enfin, en réponse à une interpellation au sujet de l’impact de l’ALE avec les USA sur le volet financier, Christian De Boissieu était direct : « Le Maroc n’a pas la Bourse qu’il mérite.
La consolidation du secteur passe nécessairement par la mise en place des instruments qu’il mérite ». Le raisonnement du professeur prend appui sur la situation paradoxale du marché financier marocain. Au moment où les banques sont surliquides, l’économie, elle, est sous liquide. La relance passe par la réconciliation des deux parties. « La connexion n’est pas totale », conclut De Boissieu.

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