Alerte chez les Céréaliers

Alerte chez les Céréaliers

Le cadre réglementaire du secteur céréalier marocain a été mis en place par les pouvoirs publics dans le but de protéger l’agriculture nationale, d’une part, et de préserver le pouvoir d’achat du consommateur, d’autre part. « Cependant, en dépit d’un double système de protection et de subvention, ni la culture céréalière marocaine, ni le consommateur final n’en profitent réellement » estime les analystes de la BMCE Capital Bourse dans une note de recherche de juillet 2003. La complexité du circuit et la diversité des intervenants rendent, en effet, le système moins efficace que prévu. Les agriculteurs locaux n’arrivent à écouler qu’une partie de leur production au tarif fixé par l’État, le reste étant vendu à des spéculateurs à des prix dérisoires. Au bout de la chaîne, se réalise une compensation entre la Farine Nationale de blé Tendre (FNBT) et la farine de luxe, de telle sorte que les prix de vente des deux produits sont presque identiques. Pour leur part, les importateurs souffrent toujours du système de tarification douanière qui les pénalise. En réponse à leurs doléances, et afin de limiter les importations en 2003, année où la récolte est bonne, les pouvoirs publics ont mis en place une nouvelle grille. Ainsi, pour les céréales primaires dont le prix est inférieur ou égal à 1000 DH le quintal, les droits de douanes sont fixés à 135 % pour le blé tendre et 75 % pour le blé dur. Au-delà de 1000 DH, ils sont respectivement de 2,5 % pour chaque catégorie. « Toutefois, force est de constater que ce nouveau système continue à défavoriser ceux qui importent au meilleur prix » estiment les analystes. Dans ce sens, les opérateurs de la filière tirent la sonnette d’alarme. Les prix du blé à l’international, suite notamment à la canicule en Europe, sont repartis à la hausse. Le stock en farine nationale a été presque liquidé. Il y a lieu, par conséquent, de revoir en urgence, la grille tarifaire des droits de douane. De source bien informée, l’appel a été entendu par les autorités gouvernementales. Une baisse des droits de douane sur le blé tendre serait consentie. Ils passeraient à 90 % contre 135 % actuellement. La filière blé tendre, toujours subventionnée, induit un coût pour le budget de l’État évalué à près de 2 milliards de DH par an, réparti entre 1,5 milliard de DH pour la subvention à la consommation et 0,5 milliard de DH pour les primes d’intervention, telles que le stockage (2 DH la tonne par quintal) et la marge de rétrocession (8,80 DH le quintal). En vertu de ce système et pour protéger la production céréalière nationale, le prix du blé tendre vendu au Maroc est fixé dans une fourchette oscillant entre 250 DH le quintal et 280 DH le quintal quel que soit son cours sur les marchés internationaux. En outre, face à l’important poids financier induit par le maintien des subventions, les pouvoirs publics réfléchissent à une refonte du système actuel. Sous réserve des conséquences sociales, l’abandon des aides à la FNBT est à l’ordre du jour. De même que la fixation d’un prix de vente des céréales par les agriculteurs, bien supérieur aux cours internationaux, pourrait être suspendue. À défaut d’une mise à niveau globale de l’amont céréalier marocain, sa reconversion semble inéluctable à terme. Les coûts économique et social seraient certainement lourds à supporter pour une économie encore fragile, d’autant plus que le Maroc se trouve actuellement engagé dans des négociations avec l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique pour l’établissement de zones de libre-échange. Pour sa part, l’aval de distribution du secteur ne devrait pas être fortement affecté par cette restructuration dans la mesure où son intervention resterait limitée à l’importation, au stockage et à la commercialisation des céréales. La réforme du système actuel, qui pourrait être matérialisée par l’abolition des prix de référence en douane et la libéralisation des prix de vente au public, devrait permettre à ces opérateurs d’améliorer leurs niveaux de marge.

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