Amal Cherif Houat : «La réussite du programme intégré est tributaire de l’implication de tous les acteurs de l’écosystème»

Amal Cherif Houat : «La réussite du programme intégré est tributaire de l’implication de tous les acteurs de l’écosystème»

Entretien avec Amal Cherif Houat, fondatrice et DG du cabinet Attitudes Conseil

Depuis le discours du 11 octobre 2019, les regards sont tournés vers le programme intégré d’appui et de financement des entreprises. Ce dispositif finalisé et lancé en janvier dernier donne à l’ensemble des acteurs une lueur d’espoir. Attitudes Conseil fait partie des opérateurs qui ont longtemps milité pour la cause de la TPE. Amal Cherif Houat dévoile ses attentes quant à ce nouveau cap.

ALM : Le programme intégré d’appui et de financement des entreprises est désormais sur les rails. Quelle lecture faites-vous de ce dispositif ?

Amal Cherif Houat : Nous saluons chaleureusement cette initiative royale qui vient insuffler une nouvelle dynamique à l’entrepreneuriat et ce en facilitant l’accès des petites entreprises et porteurs de projets au financement. Ce dispositif vient compléter les efforts consentis auparavant, notamment en termes d’accompagnement et de promotion de l’esprit et la culture d’entrepreneuriat. Il est à rappeler que les Marocains ont la fibre entrepreneuriale dans le sang. D’ailleurs le commerce et l’artisanat sont des leviers de l’économie nationale. Et à travers l’histoire nous avons des cas d’entrepreneurs qui servent de modèle. Certes, ils n’ont pas fait de parcours académique, mais ce sont des personnes qui ont percé et réussi à inscrire leurs noms dans le monde des affaires.

Ce dispositif marque-t-il une rupture avec les expériences passées ?

La rupture consiste en la création de l’écosystème financier, du fait que l’accès au financement représentait un obstacle majeur pour les TPE et auto- entrepreneurs. Nous n’allons pas nier l’effort consenti par la CCG en termes de garanties mais cela restait insuffisant pour combler le besoin des entrepreneurs et porteurs de projets. De même, l’initiative nationale pour le développement humain (INDH) lancée par le Souverain a donné cette impulsion à l’entrepreneuriat, notamment des femmes et jeunes issus de milieux défavorisés. Donc, la volonté de développer l’entrepreneuriat existait depuis toujours, il manquait cet accélérateur. Je dirais que l’accélérateur a été lancé lors du discours royal du 11 octobre 2019 et concrétisé par le lancement du programme intégré et éventuellement ces taux bancaires qui défient toute concurrence.

Selon vous quelles seraient les forces du programme intégré ?

De par les expériences vécues, j’ai la conviction que ce programme réussira à coup sûr. Pour la simple raison que le Maroc dispose aujourd’hui de toutes les structures et les expertises requises. La réussite du programme intégré est tributaire de l’implication de tous les acteurs de l’écosystème : les banques avec leurs offres et taux d’intérêt encourageants, les CRI et Régions avec leur orientation et sensibilisation, le mentoring de la CGEM, etc. Nous devons mettre la main dans la main pour réussir ce pari.

Mis à part l’implication des acteurs, quels seraient les bons ingrédients pour la réussite de ce dispositif ?

La recette est simple : diagnostic, formation et évaluation. Ce sont là les trois principaux ingrédients à suivre. Il faut miser par ailleurs sur l’éducation financière. C’est l’un des piliers de la stratégie nationale de l’inclusion financière. L’éducation financière est un outil redoutable pour l’accompagnement de la TPE et porteurs de projets dans toutes les phases de la création de leurs activités. Elle leur permettra de fixer des objectifs et de savoir comment les atteindre. Il faut apprendre aux gens ce qui est une trésorerie, de gérer un budget et les sensibiliser à l’épargne. L’entrepreneur n’a pas besoin de crédit autant qu’il a besoin d’améliorer sa production, son management et réduire ses charges de fonctionnement. D’où l’importance de l’éducation financière. Nous devons changer notre façon de faire. Il n’est plus possible de travailler comme avant.

Peut-on tirer un trait sur les expériences passées et dire qu’à travers ce programme le Maroc ouvre une nouvelle page de l’histoire de l’entrepreneuriat ?

Il est utile de signaler que les expériences passées ont été très enrichissantes. Personnellement, je dirais que grâce à elles nous sommes aujourd’hui dans cette phase de construction et d’accélération. Pour ne citer que le programme Moukawalati et jeunes promoteurs, ces projets-là ont promu l’acte d’entreprendre. Et il y a pas mal de gens qui ont réussi durant ce cap.

Qu’est-ce qui justifie l’échec des autres ?

Le problème était en termes d’accompagnement. Les mécanismes qui ont été mis en place ont été standards et par conséquent n’ont pas été bien appropriés par l’ensemble. Et pour cause : les profils sont différents et les attentes aussi. Il y avait des gens qui se sont lancés dans l’entrepreneuriat parce qu’ils ont entendu dire que les banques octroyaient  des crédits. Pour ne pas rester dans la précarité, ils ont décidé de se lancer dans l’aventure sans aucune connaissance de ce qu’est un entrepreneur ou encore environnement et activité entrepreneurials. Certes, le financement est quelque chose de primordial, mais l’accompagnement financier et non financier est indispensable. Nous devons doter les entrepreneurs d’outils qui assureront la survie de leurs entreprises. Je vous assure que cela marche et a des impacts significatifs sur le développement de leurs activités. D’ailleurs, nous avons mené dans le cadre du compact I du Millennium Challenge un programme à travers lequel nous avons accompagné 400 TPE et 200 activités génératrices de revenus issues du programme Moulawalti. Cet accompagnement qui s’est étendu sur deux ans (2010-2012) a donné de très bons résultats. Malheureusement, il n’a pas été démultiplié  pour cibler une large tranche de TPE.

Sur quoi portait cet accompagnement ?

Nous avons réussi à sauver 96% de l’effectif accompagné. Le process consistait à diagnostiquer les failles de chaque TPE. Une fois les difficultés identifiées, nous avons mis en place des outils d’accompagnement appropriés. De là nous avons introduit deux sortes de coaching, à savoir le coaching entrepreneurial et le coaching bancaire. L’objectif étant d’intégrer l’identité de l’entreprise, d’identifier ses droits et devoirs, de lui apprendre comment gérer sa relation avec la banque, etc. Ces efforts ont permis aux bénéficiaires de tripler, voire quadrupler leur chiffre d’affaires.

Attitudes Conseil a longtemps été engagé dans l’accompagnement et l’assistance technique des TPE. Que préparez-vous pour ce nouveau cap ?

Notre démarche s’inscrit pleinement dans le grand chantier ouvert actuellement au Maroc, à savoir le «Nouveau modèle de développement». En appui à cette vision royale, nous lancerons prochainement un nouvel espace dédié aux TPE que nous baptisons «Microlabs solutions». Les Microlabs que nous comptons lancer à partir du mois d’avril dans la région de l’Oriental se veulent un nouveau format d’accompagnement sur des aspects particuliers de l’entreprise, (financement, gestion, commercialisation, évolution). Il a pour particularité d’établir une évaluation et un suivi permanent des entités accompagnées. Nous dévoilerons les détails de ce projet au moment opportun mais tout ce que je peux vous garantir c’est qu’il apportera aux bénéficiaires des solutions appropriées à leurs besoins et ce dans une logique de co-construction.

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