Amendis-Tétouan, un an après

Amendis-Tétouan, un an après

ALM : Plus d’une année après vous êtes installé au Maroc, quel bilan faites-vous de votre activité?
Patrick Rousseau : Lorsqu’on a entamé nos activités à Tétouan, la situation ne favorisait pas un décollage rapide de nos projets : manque de moyens, situation financière difficile, absence de projets d’investissement, problèmes de fonctionnement et d’approvisionnement dus à des litiges avec les fournisseurs, sureffectif qui, de plus, était mal réparti, tarifs excessivement bas et qui étaient en grande partie la cause de cette situation. Jusqu’en 1995, la régie produisait, elle-même, son eau pour un coût inférieur à 1DH/M3. Sa santé financière était alors correcte. Mais depuis la rétrocession à l’ONEP des ouvrages de production, le prix d’achat est de plus de 3 DH/M3, ce qui justifie les pertes qu’accusait la régie. L’entrée en la matière était loin d’être de tout repos. Tout cela a impliqué une remise à niveau tous azimuts. À commencer par les tarifs. Dans les textes, et suite à l’appel d’offres auquel nous avons répondu, cette hausse n’était pas une surprise.
N’empêche que cette hausse des prix a suscité un mécontentement général de la population tétouanaise. Quelle a été votre réaction?
Dès la première facture du mois d’avril 2002, nous avons été confrontés à un mécontentement de la population qui est allé très loin. Notre position a été d’emblée d’expliquer, de communiquer sur les raisons sous-jacentes à ces hausses. Cela a été d’autant plus difficile que pendant les premiers mois, nous ne pouvions pas apporter de grands changements au niveau de la qualité des services, encore moins dans les travaux qui n’étaient pas prêts. Amendis-Tétouan a par la suite entamé des actions techniques par un coup de poing. Aussi, la société s’est fixée comme priorité d’améliorer la notion clientèle. La notion d’abonnés a cédé le pas à la notion de clients.
L’année 2002 a été consacrée en premier lieu aux études et à la réorganisation des services. Qu’en est-il dans ces deux volets? À quels résultats avez-vous abouti ?
Sur le plan interne, nous avons procédé à une restructuration de l’effectif et à des programmes de formation, que ce soit au niveau de l’administration, de l’informatique ou dans la gestion clientèle ou bien des techniques pour apporter de bonnes pratiques en eau, électricité et assainissement. Cet été, l’effort a été entrepris au niveau des ressources humaines, composées d’un personnel de 1400 personnes, vis-à-vis desquelles nous avons entrepris des efforts de remotivation. Pour la clientèle, nous avons tenté de répondre aux mieux aux exigences des clients, chose qui n’était pas dans l’air du temps. La direction clientèle a été dotée des outils nécessaires à un service de qualité. Par exemple, nous avons cet été installé des guichets permanents 7j/7j en faveur des estivants et des non résidents. Pour ces derniers, un système d’acompte a été installé et qui permet aux clients de payer leurs factures à travers des prélèvements bancaires. Un Centre d’appel 24h/24h a également été inauguré. À cet égard, un effort considérable a été consenti pour profiter aux zones côtières, et par extension, aux touristes qui s’y rendent. Au jour d’aujourd’hui, aucune faille majeure n’a été signalée. Une reprise de la confiance de la part des consommateurs n’a pas tardé à suivre.
Quels sont les grands chantiers de 2003 pour Tétouan? À combien s’élève le montant global de vos investissements ?
Le programme d’action a démarré par des travaux de renouvellement et d’extension du réseau, de création de nouveaux réservoirs, même si dans l’attente de l’approbation à la fin 2003 du schéma directeur que nous avons tracé, les grands travaux n’ont pas encore commencé. Des aspects environnementaux, fonciers et autres entrent dans ce cadre, ce qui requiert sa validation par les autorités de tutelle. Ce qui est désormais sûr, c’est que la durée de vie des grandes infrastructures d’Amendis se prolongera au-delà de la durée de vie du Contrat (25ans). Cela étant dit, beaucoup de chemin a été parcouru. Le montant global des investissements prévus s’élève à 4 milliards DH, dont 1,5 milliard a été alloué à l’assainissement. Notre premier projet à ce niveau est d’épurer l’oued Martil, dont la propreté d’avant et la beauté des lieux suscitent tant de nostalgie auprès de la population tétouanaise.
Qu’en est-il du rendement des réseaux d’eau et d’électricité ? Quels sont vos objectifs dans ce sens ?
Les déperditions en eau potable étaient considérables. Entre fuites d’eau, sous comptage et pertes commerciales, les pertes d’eau étaient de l’ordre de 50 %. Amendis a élaboré à cet égard un plan d’action visant la limitation des dégâts et l’amélioration du rendement. Sur le plan technique, un effort a été entrepris pour stabiliser les pressions, détecter les fuites et réparer les défections. Commercialement, un dispositif de lutte contre la fraude a été mis en place. Entamé depuis quatre mois, ce dispositif a permis de réaliser des économies de l’ordre de 5 % pour atteindre 55% de rendement. D’ici la fin de l’année, notre objectif est de 60 %. En électricité, le rendement a été correct même si nous avons accusé une baisse en ventes de moyenne tension, ce qui a un effet négatif sur l’évolution du rendement. Pour l’assainissement, et vu l’enjeu environnemental et la qualité de vie qui y sont liés, nous prévoyons pour l’année prochaine de procéder à la collecte et au traitement des eaux usées. Nous avons jusque-là réussi à limiter les dégâts que peuvent entraîner des événements pluvieux.
Amendis a réussi à lever pas moins de 940 millions de DH auprès de six des principales Banques marocaines. Quel a été l’objectif de cette levée de fonds? Et, en termes de chiffre d’affaires, quels sont vos projets pour 2003?
Le recours au financement des banques était prévu depuis notre installation au Maroc. Notre business plan en terme d’investissements s’appuie à la fois sur notre capital propre, des résultats d’exploitation ainsi que l’apport des banques. La nouveauté a été que cette levée de fonds a été effectuée auprès de banques marocaines. Le chiffre d’affaires prévu pour 2003 est de 550 millions DH. Mais il est en grande partie composé d’achats puisqu’on ne produit pas, mais on commercialise. Globalement, nous restons dans la ligne des objectifs que nous nous étions tracés initialement, surtout en cette période estivale ou notre activité connaît une hausse importante.

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