Aquaculture au Maroc: Entre potentiel et manque à gagner

Aquaculture au Maroc: Entre potentiel et manque à gagner

En effet, si la nouvelle stratégie de développement du secteur des pêches maritimes au Maroc repose sur l’axe de la durabilité dont l’objectif est d’assurer une ressource exploitée durablement pour les générations futures, cet objectif ne pourrait être atteint sans un véritable développement de l’aquaculture. C’est ce qui se dégage de la toute récente étude publiée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère de l’économie et des finances et intitulée «Potentialités de l’aquaculture dans la dynamisation des exportations marocaines des produits de la mer».

L’aquaculture en manque de productivité

Selon l’étude, la production aquacole au Maroc ne représente pas plus de 0,1% du total de la production halieutique nationale avec un volume de production annuelle moyenne ne dépassant pas 400 tonnes. Ce secteur s’est heurté à de grandes difficultés, aussi bien à l’échelle nationale qu’au niveau de ses débouchés externes, entravant sérieusement son développement et sa survie. Actuellement, l’aquaculture marocaine est axée principalement sur les huîtres plates et la palourde européenne dont l’élevage est pratiqué dans la baie de Dakhla et la lagune de Oualidia ainsi que sur le bar européen et la daurade royale produits par deux entreprises aquacoles exerçant encore leurs activités le long de la côte méditerranéenne (à M’diq). De même, le secteur aquacole marocain s’est caractérisé ces dernières années par une baisse importante de sa production déjà faible auparavant et par une réduction du nombre d’entreprises aquacoles en activité.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

La régression qu’a connue l’aquaculture s’explique en grande partie par les difficultés auxquelles fait face le secteur aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale et qui entravent sérieusement son développement et sa survie. Il s’agit en premier lieu des problèmes environnementaux qui peuvent apparaître suite à une gestion inappropriée des sites d’élevage. Ensuite il y a les restrictions sanitaires à l’export, la concurrence extérieure et les contraintes à l’investissement. Sur ce dernier point, l’étude de la DEPF explique que l’aquaculture est une activité fortement capitalistique dans la mesure où la mise en place d’unités de production exige des travaux d’aménagement et de viabilisation des sites ainsi que des équipements importants, ce qui induit des coûts à l’entrée considérables.
A cela s’ajoute le cycle de production pour ces activités qui est relativement long avec une commercialisation de la production qui n’intervient qu’après 2 ou 3 ans du démarrage du projet. Sans parler de la complexité d’accès au foncier et au domaine public maritime. A noter également qu’avant l’adoption de la nouvelle stratégie en cours, l’absence d’une vision de développement du secteur a été en grande partie responsable de la non réussite des projets d’élevage engagés.

Les recommandations de la DEPF

D’après la DEPF, pour saisir les opportunités offertes et garantir les conditions de réussite de la nouvelle stratégie aquacole mise en œuvre par notre pays, certains enjeux suscitent immanquablement diverses préoccupations d’ordre économique, environnemental et social et appellent à une coordination entre les différents intervenants dans le secteur. A cet effet, elle recommande de faire la promotion de la conservation et de la planification des côtes et des terres continentales pour une exploitation rationnelle des ressources, renforcer les moyens de financement et diversifier les marchés pour garantir la durabilité à l’aquaculture.

A cela la DEPF rajoute la possibilité d’adapter le modèle de développement de l’aquaculture marocaine à ses propres ressources et ses conditions spécifiques et la nécessité de gagner en indépendance et en intégration verticale des fermes aquacoles en produisant au Maroc les alevins, naissains et les aliments nécessaires au développement de l’activité aquacole. De même la direction préconise d’explorer le marché domestique des produits d’aquaculture, qui demeure peu développé comparativement à d’autres pays.

Les atouts du Royaume

En plus de potentialités naturelles en termes de diversité de zones favorables pouvant abriter des activités aquacoles (les lagunes, les baies, la pleine mer ou les zones basses en bordure de mer) et de capital humain disponible et qualifié, le Maroc dispose d’atouts stratégiques pour développer le secteur aquacole.

Ainsi, les accords commerciaux permettant aux produits marocains un accès privilégié aux marchés demandeurs ainsi que la proximité des marchés demandeurs sont autant d’éléments qui offrent un climat d’affaires favorable au développement de cette activité.

De même, la consommation nationale des produits de la pêche et de l’aquaculture est en évolution permanente. L’important accroissement démographique que connaît le Maroc, conjugué à l’évolution des modes de consommation, le développement significatif du tourisme, le déploiement de la grande distribution sur l’ensemble du territoire marocain et le développement des infrastructures de pêche, laissent présager un avenir prometteur au secteur de l’aquaculture.

 

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