Architecture : La loi qui fâche

Architecture : La loi qui fâche

L’ordre d’un côté, le désordre de l’autre, les salons en deçà des murs, la rue au-delà, la loi 16-89, ou plutôt la révision qui en a été proposée par le ministère de l’habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville suscite la polémique et enflamme les passions. Plus précisément c’est le réaménagement de son article 4 qui sème le trouble dans les esprits et dans la rue. Après avoir manifesté un jour plus tôt dans le centre de Rabat, les étudiants de l’Ecole nationale d’architecture (ENA) ont tenu mardi un sit-in devant le ministre de tutelle.

Objectif : le même que celui avoué la veille : protester contre l’ouverture de l’exercice du «sublime art» aux diplômés du secteur privé. Un air de déjà vu. Il y a quelques mois, le ministre de la santé, Lhoussaine Louardi, membre du PPS lui aussi, avait succombé à cette même tentation d’ouvrir l’accès des services de santé de l’Etat aux diplômés des écoles privées. Il a fait machine arrière depuis. Au conseil de l’ordre, et plus nettement dans les rangs des étudiants de l’ENA, on ne désespère pas d’arriver au même résultat.

Et on y croit d’autant plus fort que le Parlement s’est montré sensible aux arguments des architectes. «La commission devant laquelle a atterri le projet a montré de l’intérêt pour nos remarques. Notre souhait est que la Chambre des conseillers en fasse de même le jour où elle débattra du projet».

En attendant, l’amendement a déjà eu un résultat inespéré : celui de rassembler à nouveau les membres de l’ordre national des architectes autour d’un projet commun. Cela fait si longtemps que cela ne lui est arrivé, «si longtemps que le ministère a dû penser qu’il n’y avait personne pour s’opposer à son passage en force». Il est vrai que les enjeux sont d’une importance capitale.

La loi 16-89, c’est le texte qui fixe le cadre général de l’exercice du délicat métier d’architecte : l’accès aux études, leur contenu, leur évaluation, l’exercice de l’activité, la distribution des commandes et la répartition territoriale des cabinets à un moment où leur concentration dans les grandes villes pose problème. Pour tous, pour les tenants de la pertinence de sa récente «mise à niveau» comme pour ceux qui soutiennent le contraire, ce texte est réellement la pierre angulaire de l’architecture au Maroc. L’architecture ! Un métier à l’intersection de l’art, de la culture, du patrimoine matériel et de la production industrielle moderne.

Une profession dont les pratiquants, quand bien même ils ne se compteraient pas sur les doigts de la main, ne seraient pas en nombre suffisant. 3.500, selon une source proche de l’ordre national des architectes : 1.500 dans le secteur public et 2.000 dans le privé. Un effectif qui croît de quelque 150 impétrants chaque année.

C’est en fait à ce niveau que se situe la pomme de discorde qui divise actuellement. Les architectes formés dans les écoles privées peuvent-ils prétendre aux mêmes droits que ceux adoubés au sein de l’ENA? Oui, dit le ministère qui met en avant l’égalité des chances et le libre accès à l’emploi. Non, répondent l’ordre et les étudiants de l’ENA qui affirment que la qualité de l’enseignement privé n’est pas aux normes.

Ce qui est impardonnable dans le cas d’une profession qui décide du cadre de vie et qui engage la sécurité des personnes, ajoute-t-on de source proche de l’ordre.
«Impardonnable aussi qu’avant d’engager une réforme aussi cardinale, on n’ait pas pris l’avis de l’institution ordinale». Plus, l’ordre pense que ce faisant on a failli au principe de participation et de transparence «dont on se gargarise à longueur de temps aujourd’hui».

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